Brigades d’intervention poétiques/ J3: Un peu de poésie chantée…

Un peu de douceur et de Brassens avant …le cross du collège

 

 

Philistins

(Poème de Jean Richepin)

Philistins, épiciers
Tandis que vous caressiez,
Vos femmes

En songeant, aux petits
Que vos grossiers appétits
Engendrent

Vous pensiez, Ils seront
Menton rasé, ventre rond
Notaires

Mais pour bien vous punir
Un jour vous voyez venir
Sur terre

Des enfants non voulus
Qui deviennent chevelus
Poètes

Les Brigades d’intervention poétiques.(BIP)

Pour que la poésie soit un art de vivre et pas un exercice scolaire…

J’ai sollicité à nouveau ( et pour la huitième fois) la venue des brigades d’intervention  poétique dans mon établissement… Ils commencent à entrer dans les classes dès demain, quelle que soit la matière…Je me glisserai doucement dans la salle d’à coté demain pour filmer car chez moi ce sera pour mercredi…J’ai laissé le choix des poèmes aux deux comédiens…

À la suite une classe de sixième écrira des poèmes avec eux sur 6 séances puis mes élèves mettront en voix ces textes écrits par l’autre classe…Ceci nous amène jusque fin janvier pour une restitution finale…

 

 

Le principe des B.I.P. est simple :

Chaque jour, même heure, même classe, deux comédiens viennent offrir la lecture d’un poème aux élèves sans aucun commentaire ; la porte de la classe s’ouvre discrètement, quelques mots s’échappent et voyagent dans les têtes attablées,
une couleur, une musique… la porte se referme discrètement…
Chut…, à demain !

 

juste réfléchir…

 

L’objectif est de « donner » la poésie comme une parole vivante en l’abordant sous toutes ses formes (univers classique, contemporain ou en chant) tout en s’adaptant à la tranche d’âge concernée.


Le jeu varié des comédien(ne)s tantôt fantasque, jubilatoire ou tout en émotion apporte cette parole livrée sous la forme d’une scène ou d’un dialogue long, court, absurde, rigolo ou qui fait réfléchir. La poésie prend une dimension théâtrale sans tomber dans la profération de vers dans une attitude de déclamation ostentatoire.


En combinaison orange, ils amènent ce décalage et offrent aux élèves la possibilité de savourer un moment de complicité, en oubliant l’idée de simple « récitation ».

Brevet des collèges Français 2019 Albert Camus Le Premier Homme (1994) texte et questions, dictée et sujet de rédaction

Voici le sujet de français sur lequel ont planché nos collégiens ce matin…Un bien beau texte mais ENCORE un récit autobiographique…À quand le retour de la poésie?

1

2

3

4

La dictée:

5

Expression écrite

Vous traiterez à votre choix l’un des sujets suivants :

Sujet d’imagination
Devenu adulte, un des enfants de la photographie de Robert Doisneau raconte, comme Albert Camus, les jeux de son enfance. Il évoque la scène représentée sur la photographie.
Vous imaginerez son récit en montrant comment le jeu permet aux enfants, dans un moment de joie partagée, de transformer la réalité qui les entoure.
Vous choisirez d’écrire votre récit à la première ou à la troisième personne.

 

Sujet de réflexion
La littérature, le cinéma et les autres arts permettent de découvrir la vie de personnages fictifs ou réels. Que peut vous apporter cette découverte ?
Vous développerez votre point de vue en prenant appui sur des exemples précis, issus de votre culture personnelle et des oeuvres étudiées lors de votre scolarité.

 

Dire l’amour en 4ème (fin):L’expression du bonheur amoureux…

Pour terminer cette séquence sur une note positive, ce matin c’était l’expression du bonheur amoureux avec « Que serais-je sans toi? » d’Aragon, 1956, (et le poème chanté par Jean Ferrat bien entendu) et « Avant de t’aimer je n’avais rien  » de Pablo Neruda, 1959.

Louis ARAGON
Recueil : « Le Roman inachevé »

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un cœur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

J’ai tout appris de toi pour ce qui me concerne
Qu’il fait jour à midi, qu’un ciel peut être bleu
Que le bonheur n’est pas un quinquet de taverne
Tu m’as pris par la main dans cet enfer moderne
Où l’homme ne sait plus ce que c’est qu’être deux
Tu m’as pris par la main comme un amant heureux.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un cœur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

Qui parle de bonheur a souvent les yeux tristes
N’est-ce pas un sanglot que la déconvenue
Une corde brisée aux doigts du guitariste
Et pourtant je vous dis que le bonheur existe
Ailleurs que dans le rêve, ailleurs que dans les nues.
Terre, terre, voici ses rades inconnues.

Que serais-je sans toi qui vins à ma rencontre
Que serais-je sans toi qu’un cœur au bois dormant
Que cette heure arrêtée au cadran de la montre
Que serais-je sans toi que ce balbutiement.

 

 

Mon amour, avant de t’aimer je n’avais rien :
j’hésitais à travers les choses et les rues :
rien ne parlait pour moi et rien n’avait de nom :
le monde appartenait à l’attente de l’air.II
Je connus alors les salons couleur de cendre,
je connus des tunnels habités par la lune,
et les hangars cruels où l’on prenait congé,
et sur le sable l’insistance des questions.

III
Tout n’était plus que vide, et que mort et silence,
chute dans l’abandon et tout était déchu,
inaliénablement tout était aliéné1,

IV
Tout appartenait aux autres et à personne,
jusqu’à ce que ta beauté et ta pauvreté
ne donnent cet automne empli de leurs cadeaux.

 Puis pour terminer en beauté, cette étude de Les Amoureux de Saint-Paul -de- Vence de Marc Chagall,( 1958-1960)
marc-chagall-les-amoureux-de-st-paul-de-vence

Lettre de fin d’année à mes élèves

JACK LANG

Alors même que se tiennent les derniers conseils de classe ( que vous ne craignez plus et vous avez bien raison- ils ne sont plus là depuis longtemps pour décider de votre avenir, et tant mieux ,-tout au plus répondent-ils à un simulacre hautement psychologique entre gens hautement bien attentionnés) et que certains d’entre vous désertent déjà mes chaises aux pieds qui se dévissent pour votre plus grande joie, je vous adresse ma lettre de fin d’année….

Je dois vous avouer que cette année ( est-ce mon demi-siècle enfin atteint? Merci pour les mouchoirs que vous m’offrîtes (Non, K, ça ne se mange pas..) et dans lesquels j’ai pleuré de joie mon accession à cet âge canonique) j’ai été fortement marquée par la double injonction contradictoire dans laquelle vous êtes constamment maintenus ,à savoir:

-Appartenir à un groupe quel qu’il soit

-Exiger un traitement individuel au sein de ce même groupe

Rien de nouveau sous le soleil me direz-vous? Eh bien si…

Car si l’envie d’appartenir à un groupe est fort normal, peu nouveau et rassurant à votre âge, vous devenez si tendus vers ce seul désir qu’il mobilise chez beaucoup d’entre vous l’intégralité de votre énergie, n’en laissant aucune part pour l’apprentissage. Je vous avoue que c’est assez effrayant ce vide qui s’installe en vous dès que les regards se posent ailleurs…

Dîtes-vous bien que même s’il peut-être source de belles rencontres, le groupe classe est artificiel et que vous aurez l’occasion de découvrir qu’il en est de même pour tous les groupes ou presque, vous qui êtes friands des grandes ferveurs populaires dont vous ignorez tout.

Et pourtant à l’intérieur de ce groupe si revendiqué, chacun d’entre vous réclame son traitement individuel, parfois justifié, ne pensez pas que je mets là en question les besoins scolaires spécifiques de certains, mais chacun revendique et s’invente des droits en oubliant ses devoirs…

Alors, à K qui me proclame son idole et déclare que l’amour fugace se mange chaud avec des lardons, à L qui me demande des nouvelles de mes pieds de tomates tous les matins, à mes glousseuses de quatrième, à mes sixièmes qui apprennent Molière plus vite que leur ombre, à Kimi, et à tous les autres, je vous souhaite un bel été.

Apprenez à ne pas croire tout ce qu’on vous dit (hormis la parole de vos professeurs bien entendu!) et je réitère: non, tout ne se vaut pas!

Puisse cette douce sensation d’exister pleinement comme un être unique qui ne répond à aucune injonction de mode de cette société qui ne vous veut pas que du bien vous saisir bientôt…

« Impose ta chance, serre ton bonheur, et va vers ton risque.

À te regarder, ils s’habitueront »

René Char.

Votre professeur de français, (non, pas Âgecanonix, K..)

Madame Auzou.

On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans…Et mes élèves…

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Le dernier chapitre des classes de quatrième est DIRE L’AMOUR…Tout un programme …Que j’aime beaucoup en général si ce n’est que la fatigue aidant ce matin je me suis sentie assez désespérée…Allez, je vous offre une petite série de remarques bien énervantes…Tout d’abord, ce poème est étudié en parallèle de celui de Baudelaire , À une passante, sous la dénomination : l’amour fugace…ah , le « fugace »: « c’est un pain chaud avec du fromage et des lardons! »…Mais bien sûr…Vient ensuite un tableau sous lequel il faut répertorier les cinq sens et les images du poème correspondantes…C’est quoi les cinq sens?…Bon, on finit par retrouver les cinq et on les inscrit au tableau…

Vient ensuite le problème du vocabulaire…Ci-dessous en gras tous les mots inconnus de mes élèves…

On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans.
– Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
– On va sous les tilleuls verts de la promenade.

Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin !
L’air est parfois si doux, qu’on ferme la paupière ;
Le vent chargé de bruits – la ville n’est pas loin –
A des parfums de vigne et des parfums de bière…

II

– Voilà qu’on aperçoit un tout petit chiffon
D’azur sombre, encadré d’une petite branche,
Piqué d’une mauvaise étoile, qui se fond
Avec de doux frissons, petite et toute blanche…

Nuit de juin ! Dix-sept ans ! – On se laisse griser.
La sève est du champagne et vous monte à la tête…
On divague ; on se sent aux lèvres un baiser
Qui palpite là, comme une petite bête…

III

Le coeur fou robinsonne à travers les romans,
– Lorsque, dans la clarté d’un pâle réverbère,
Passe une demoiselle aux petits airs charmants,
Sous l’ombre du faux col effrayant de son père…

Et, comme elle vous trouve immensément naïf,
Tout en faisant trotter ses petites bottines,
Elle se tourne, alerte et d’un mouvement vif…
– Sur vos lèvres alors meurent les cavatines...

IV

Vous êtes amoureux. Loué jusqu’au mois d’août.
Vous êtes amoureux. – Vos sonnets La font rire.
Tous vos amis s’en vont, vous êtes mauvais goût.
– Puis l’adorée, un soir, a daigné vous écrire !…

– Ce soir-là…, – vous rentrez aux cafés éclatants,
Vous demandez des bocks ou de la limonade…
– On n’est pas sérieux, quand on a dix-sept ans
Et qu’on a des tilleuls verts sur la promenade.

En fait, ce qui m’a déprimée, c’est la seule méconnaissance des tilleuls…Quand-même…Quant à tapageurs ils en ont trouvé le sens seuls à partir de l’expression « Tapage nocturne », connue de tous cette fois….

T’as vu Arthur? Un village normand t’est plus dépaysant que l’Abyssinie…Et moi mes seules armes sont patience et bienveillance, patience et bienveillance…

Bon, une petite chanson pour la route…

Parcours citoyen et jeu (!!) de l’olive.

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Ce matin mes élèves de sixième participaient à un parcours citoyen mené par un policier d’une commune voisine. Il s’agissait d’aborder le pénal, la protection des mineurs…Vidéos, débats. Ils étaient très intéressés…

Les élèves de sixième sont très jeunes encore et leurs réactions sont encore bien naïves…

Ainsi ont-ils été horrifiés quand ils ont appris que l’accès à la télévision était payant lorsqu’on était incarcéré et que la wifi était inexistante (sacrilège!)…

L’un d’eux a alors demandé : « Mais ils n’ont pas le droit à la wifi même quand ils sont en vacances??? »…et le monsieur de signaler qu’il n’ y avait pas de vacances lorsqu’on était en prison.  Leur vision de l’enfermement carcéral est très idyllique (discours parental?)

Puis sont venues les questions des agressions sexuelles. À la question: combien possédons-nous de parties intimes? La réponse: une seule! a fusé…Ils ont été très surpris d’entendre que la bouche, la poitrine et les fesses en faisaient partie et que toute tentative de forcer l’accès à ces parties du corps était considérée comme un viol…

Là où moi par contre je me suis retrouvée seule c’est quand le policier a demandé à la classe s’ils connaissaient le « jeu » de l’olive…ils connaissaient tous. C’était la première fois que j’en entendais parler.

Alors qu’est-ce que ce jeu de l’olive?

le jeu de l’olive consiste à introduire, par-dessus les vêtements, un doigt dans l’anus d’un camarade.Le jeu de l’olive a pour origine un sketch du Palmashow, des humoristes Grégoire Ludig et David Marsais. L’émission passe sur Canal+ et D8, et est aussi sortie en DVD. Du coup, les jeunes n’ont pas l’impression de faire vivre une agression. Pour eux, c’est une blagueune taquinerie sans importance. Mais les adolescents ne connaissent certainement pas la loi. Le Code pénal précise en effet que : « Toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise constitue une agression sexuelle ». Ce serait donc bien que les parents le leur rappellent, car ce jeu de l’olive est effectivement une atteinte à l’intégrité physique d’un individu.

Voici la vidéo en question:

Quelles conséquences ?

L’adolescent pratiquant ce jeu malsain est punissable pénalement. Il encourt une amende de 75 000 euros et une peine d’emprisonnement de 5 ans.

Un lycéen de 18 ans a été condamné pour violences dans un établissement scolaire à une peine de 35 heures de travaux d’intérêt général en janvier 2018.

À lire ici.

J’ai retrouvé les premières évocations de ce jeu nauséabond dès 2008 mais il semblerait qu’il soit redevenu récemment le grand jeu à la mode dans les cours de récréation…