L’EPOQUE 2020/8: ESPACE

Après les Époques 2018 et 2019, voici le huitième de cette nouvelle Époque 2020 avec le peintre Niala : ESPACE  . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

Espace

L’EPOQUE 2020/8

« Espace »
Niala
Acrylique s/toile 61×46

Je n’ai pas toujours su étonner l’oiseau

Qui comblait le vide de mes pensées

Et à peine éclose de son absence

J’écrivais aux bernaches

Pour que l’on m’arrache d’un temps

Qui me mangeait

Et me faisait vivre de profil

Dans les trouées décisives et nues

Des raisons d’être

Loin tellement loin des roses

 

Alors je lui réclamais l’espace

Et la nécessité des mains

Que je lui abandonnais

Donnait naissance à des fenêtres

À des maisons

Qui deviendraient loin des villes

La matière amoureuse que l’on pénètre

L’haleine doucement chantante d’une vie facile

 

Barbara Auzou.

L’EPOQUE 2020/7: MORTINATALITÉ

Après les Époques 2018 et 2019, voici le septième de cette nouvelle Époque 2020 avec le peintre Niala : MORTINATALITÉ  . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

mortinatalité

Mortinatalité le 7 de l’Epoque 2020
Niala
Acrylique s/toile 92×73

 

Derrière la nuit haute qui dispense des prières de peu

Il y a un autre lieu que le lieu

Un havre dont j’ai la garde et la jouissance

Dans l’aspic de la langue sans haine réveillé

Et l’absence de dieux y déroule son sein long

En toute liberté pour y faire doucement monter

La colonne du chant dans une pavane d’osselets et d’enfance

Avec eux ma part d’immortalité  mon nom dans une étoile gonflée

De mains mamelon sucé frontons et fontaines

Subviennent à la faim du monde jamais rassasiée  J’accouche

Bouche ouverte d’une nouvelle naissance

Merveilleusement nu

Ouvrier irrémédiable de l’horizon

Et du méat troublé des choses vertes

 

Barbara Auzou.

Une note de lecture de Claude Luezior à propos de L’Epoque 2018/Barbara Auzou/Niala.

      Certains livres de Luezior sont traduits en langues étrangères et en braille.  Il reçoit de nombreuses distinctions, dont le Prix européen ADELF-Ville de Paris au Sénat en 1995 ainsi qu’un Prix de poésie de l’Académie française en 2001 (Hélène Carrère d’Encausse). Le Prix de poésie Hélène Rivière de l’Académie rhodanienne des Lettres lui est décerné en compagnie de Philippe Jaccottet (Grand Prix) en 2001. Luezior  est nommé Chevalier de l’Ordre national des Arts et des Lettres par le Ministère français de la Culture en 2002. En 2013, le 50e prix Marie Noël, dont un ancien lauréat est Léopold Sédar Senghor, lui est remis par l’acteur Michel Galabru, ancien membre de la Comédie française

https://claudeluezior.weebly.com/

Un grand merci à Claude Luezior…Sa note de lecture sera reprise prochainement sur différents sites dont http://incertainregard.com/

 

Barbara AUZOU et NIALA, L’Époque 2028, Les Mots Peints, Éditions Traversées, Virton (Belgique), 2019, 133p.

C’est bien connu : peinture (dessins, photographie ou arts graphiques) et écriture peuvent se compléter à merveille. Le visuel met le mot en exergue, lequel, à son tour, lui donne du signifiant. Il est bien entendu que chacun peut se suffire à lui-même, mais cette synergie artistique apporte indéniablement un supplément d’âme.

Presque invariablement, les livres pour enfants (mais pas seulement !) sont abondamment illustrés, souvent, de belle manière… Ce d’autant que nous vivons dans un monde multimédia. Avouons-le : n’a-t-on autrefois feuilleté notre Michel Strogoff pour découvrir d’abord les dessins avant de nous immerger dans le roman? On distinguera l’écrit à la source d’une peinture, de textes eux-mêmes inspirés par l’artiste. Bien sûr, Hugo était tout les deux à la fois, mais assez rares sont les poètes-peintres.

Nous ne parlerons pas ici des livres d’art décrivant les œuvres, parfois de manière informative mais souvent sur un mode académique ou ennuyeux : cela est un autre chapitre.

Trêve d’introduction : la pédanterie nous guette… Ce bel ouvrage de la poétesse Barbara AUZOU et du peintre Alain Denefle-dit-NIALA est là, sans que nous en connaissions les racines, ni les arcanes. D’emblée, les feux sont doubles en leurs constellations communes ou respectives : à picorer çà et là, dans un premier temps, la démarche de l’un par rapport à l’autre n’est pas évidente, ce d’autant que les poèmes et les toiles ne se font pas face mais se suivent d’une page à la suivante. Peut-être les auteurs ont-ils d’ailleurs eu raison, chaque approche gardant ainsi davantage son autonomie… Cela dit, certains termes ou titres de tableaux (jardin, chevelure verte, À la butée des étoiles) reviennent dans les textes, lesquels ne sont nullement descriptifs.

Tout contexte et toutes proportions gardés, NIALA nous fait penser à Chagall (comme le suggère Lieven Callant dans une récente recension) et à Louis Delorme, voire à Klimt (p. 59). Des personnages abondants et suspendus, des couleurs chaleureuses enchantent le rêve et « collent » magnifiquement au foisonnement imaginaire de l’écrivain. On peut lire sur Internet que NIALA serait classé comme un artiste primitif moderne (sans lien, d’ailleurs avec l’Art Deco) : laissons les docteurs de l’art se disputer sur les termes, l’essentiel étant bien l’émotion.

Plongeons dans les poèmes ou la prose poétique mise à la verticale de Barbara AUZOU.

C’est dans un fracas de mots perdus

que l’heure sanguine se disloque

étalant un baume de silence inquiétant

sur les morsures du sel ou du vent

promesse rauque d’un lendemain de chaleur

où la vipère attend.

Textes d’heureuse facture, intuitifs, pudiques, parfois dissonants comme une musique de Stravinsky (on n’est pas loin de Chagall) mais sonnant « juste », riches en images inconscientes (vraiment ?) ou subliminales (cette professeure de lettres modernes s’est-elle imprégnée des surréalistes ?) Toujours est-il que la plume reste en permanence inspirée et forme avec les tableaux un duo homogène et étonnant.

Poèmes de liberté, poèmes d’amour, aussi :

Et, déjà, au ciel du lit, le vent tournait lentement

(Quel forfait pour un printemps !)

qui rendraient plus rouges et plus sucrés

les fruits de l’amour au brûlant compotier.

Ou encore, parmi tant d’autres, ces lignes fortes, cadencées, exprimant les souffrances et le destin…

Toutes les femmes savent cela :

l’impérieux besoin de rentrer chez elles

et de se baigner dans leurs eaux ;

et de l’ombre et de la lumière l’âpre combat,

et la permanence du sang sur la clef perdue

au fond d’un champ

Beauté électrique du verbe, sachant que la plume de Barbara AUZOU est souvent exigeante envers le lecteur. Oui, la beauté mène l’obscur à la lumière (p.129). AUZOU et NIALA ont beaucoup de talents. Trop, peut-être ? Ne pas être trop génial, plaidait le peintre Armand Niquille.

On ne s’en plaindra pas. Ce livre édité par Traversées fera date. Salut les Artistes !

Claude Luezior

http://www.claudeluezior.weebly.com

Une nouvelle présentation de l’Epoque 2018 par Eric Dubois/Le Capital des mots…

Je remercie chaleureusement le poète Eric Dubois…Qui me laisse via mail ces mots adorables…

Je ne suis pas très doué pour les notes de lecture/ recensions poétiques .
En espérant que vous allez trouver des lecteurs aussi heureux que moi en ayant lu ce livre. Que je vais relire encore.
amitiés
Eric Dubois

Pour en lire davantage c’est Sur Le Capital des Mots

Capture

C’est seulement maintenant que l’heure sanguine abdique

entraînant sous sa jupe humide l’odeur lourde

des menthes écrasées d’insectes

que le vent sournois balayait encore tout à l’heure

et la terre qui s’était rêvée sable redevient terre

pour le marcheur emprunté rêvant de garrigues

sous les sarcasmes de la pierre froide statue

chimère de son invariable désir de s’ancrer là

C’est dans un fracas de mots perdus

que l’heure sanguine se disloque

étalant un baume de silence inquiétant

sur les morsures du sel et du vent

promesse rauque d’un lendemain de chaleur

où la vipère attend.

 

Barbara Auzou.

L’EPOQUE 2020/6: FLEURS DE PAROLES

Après les Époques 2018 et 2019, voici le sixième de cette nouvelle Époque 2020 avec le peintre Niala : FLEURS DE PAROLES  . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

fleurs de parole

L’EPOQUE 2020/6
« Fleurs de Paroles »
Niala
Acrylique s/toile 61×50

 

D’un pont à l’autre de nos mots

Gorgés d’un soleil à engrosser toutes les flaques

Là le sang  la vitesse rouge de sa respiration

Là le détail qui approuve l’excès

Et l’avènement de l’essentiel

Le jardin s’est invité dans la maison

Avec le bagage des lèvres et le secret

De l’oiseau pour tout innocenter

Et les fleurs se mettent à caresser l’histoire

À son point d’origine 

Au soupir du terreau on devine

Le sourire renversé de la corolle

Sur ses tiges de sel montant vers les contrées

Du midi toujours

Les volets se referment sur la plate poitrine

Des fenêtres et sur des rires d’enfants

Aux yeux tirant vers la mer

Aux yeux gonflés par l’amour

 

 

Barbara Auzou.

 

L’EPOQUE 2020/5 :LE POUVOIR DE L’OISEAU

Après les Époques 2018 et 2019, voici le cinquième de cette nouvelle Époque 2020 avec le peintre Niala : LE POUVOIR DE L’OISEAU  . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

P1060089 (1)

L’EPOQUE 2020/5 
Le Pouvoir de l(Oiseau
Niala
Acrylique s/toile 61×50

 

Dehors a les yeux tristes mon amour

Il est étourdi par la nostalgie de tout

Et vit comme un agneau égorgé

Et pour que tu existes

Comme un dernier soleil sur ma bouche

Je t’ai habillée de branches de cerisier

Et de feuillages

J’ai convoqué l’oiseau  lui seul sait

Les rituels du passage  l’escalier

Qui mène aux prunelles de l’éternité

Il sait tes tramways  tes colonnes brisées

Et la plaie de tes mains que les plafonds rongent

Il y a des femmes qu’on veut dénuder de leur peau

D’autres avec lesquelles on bâtit des maisons

De pierres autrement charnues que des songes

Et je n’ai d’horizon que ce silence accru

Quand tu t’assois dans ta vie 

Et dans mon regard comme un cheval sauvage

 

Barbara Auzou