Les Mots-Peints: Le Chaos.

Vous pouvez retrouver ce tableau ici.

Le Chaos

IN TEMPORALIBUS
NIALA/1983
Le chaos
Huile s/toile 92×73

Puis la nuit a grandi sur le désaccord

de tes seins de terre

brandis comme des racines

aveugles et le couvert

reste mis sur une table sans convive.

Où ira t-on par la ruine

sinon vers un peu plus d’humanité encore?

L’orage et l’explosion au cœur du désir

déjà nourrissent les chancres du souvenir

et la brouette triste de nos corps

gémit sur le fer et sur la mort.

L’orgueil sculpté par l’envie

pend désormais comme un cri

arraché à nos bouches sinistres.

Au galop, l’apocalypse

à cru sur les chevaux du désastre,

en piétine toujours le caillot humide.

Les traîtres fenêtres de la dépossession

s’ouvrent sur des gouffres vastes

que l’on reconquiert lentement

sur le tumulte de l’initiation.

 

Barbara Auzou.

 

 

 

 

Barbara Auzou.

Les Mots Peints: Notre jardin bleu V.

Voici Notre jardin bleu V, fruit de ma trente-quatrième collaboration avec le peintre Niala, que vous retrouvez ici.

La série « Notre jardin bleu » est disponible à la vente ici.

P1050736

NOTRE JARDIN BLEU 5
NIALA/2018
Acrylique s/carton toilé 46×38

Puisque tu me regardes

Tu sais que les ombres qui s’attardent

Ne peuvent rien contre nos plus fiers chevaux

Lancés à l’assaut de la clarté apaisée

Et que le sabot au sablier

Comme des enfants de grand sommeil

Nous sommes partis pour rester

Par le murmure et le reflet

Fidèles aux fruits vermeils

Et à l’eau volage déroutée

De son lit convenu.

 

Puisque tu me regardes d’un oeil nu

Comme une fleur retournée sur la fraîcheur de la terre

Tu sais comme la beauté mène l’obscur à la lumière

Et que rien ne peut la déranger

Qu’un coeur martelé d’un savoir obtus

Porté sur des couches de vêtements usés.

 

Le jardin bleu a franchi la fenêtre de la chambre

Comme on s’ajuste aux choses de toujours

Et le ventre des collines a revêtu son ambre

Pour enjamber la margelle du jour.

 

Comme un grave écho de toi

Attendant son retour

Regarde-moi.

 

 

Barbara Auzou.

Les Mots-Peints: Notre jardin bleu IV.

Voici Notre Jardin Bleu IV, ma trente-troisième collaboration avec le peintre Niala, que vous retrouvez ici.

notre jardin bleu 4

(Notre Jardin Bleu IV,  Niala /2018/ Acrylique S/toile/61×46 )

 

Et nous nous sommes éveillés

dormant encore sur l’élan

de la liberté des corps

au jardin bleu érigé contre

la ferraille usée

des passagères rencontres

qui laissaient un goût de sang

à nos bouches éprouvées.

 

J’ai planté mon âme

au cœur de tes rosiers anciens

qui dessinaient les ruelles artisanes

de notre Éternel besogneux;

 tu t’es niché au creux

de l’asile transitoire

que racontait cette histoire

d’eau libre et de feu.

 

Au bleu pavot du matin,

nous avons mis en dépôt dans nos mains

jointes

l’oiseau chaud de nos poumons

nous promettant que son vol n’emprunte

jamais la triste artère du commun.

 

 

Barbara Auzou.

 

Les Mots-Peints: Notre Jardin Bleu III.

Voici Notre Jardin Bleu III, ma trente-deuxième collaboration avec le peintre Niala, que vous retrouvez ici et .

notre jardin bleu 3

(Notre Jardin Bleu III,  Niala /2018/ Acrylique S/toile/61×46 )

Nous avons rangé dans nos poches

la perle corrompue

des saisons et celle du sens de la fête

versée dans l’abus,

la fausse épaisseur

et les clameurs inouïes

lancées vers l’idole d’une heure

promptes à vous faire une vie parfaite.

 

 

Nous n’avions pas d’idole mais toute une vie

pour entourer les pierres d’une tendresse particulière

et accrocher comme on aime

nos yeux aux boutons ouverts

de la fleur rescapée de l’indifférent système.

 

 

Notre jardin bleu est de ceux où l’on sème

la contemplation muette et le chant de nos oiseaux

résonne de branche en branche

sans se cogner jamais aux couloirs du dimanche

et à ses familiales querelles.

 

 

Notre jardin de fortune promet le cadeau

de fruits ronds frissonnant encore de leurs eaux

et nous les déposons aux paumes de la lune jumelle

qui couche son lit à l’ombilical de nos rêves

entre la fraise, la menthe, et le persil.

 

 

Il arrive qu’on y croise la nuit

les blanches grand-mères de nos enfances

et on les regarde reprendre leur danse

ravies.

 

 

ô Marthe, Louise et Jeanne,

le tilleul frondeur pénètre encore par la fenêtre

pour chaparder la madeleine de vos tisanes.

 

Barbara Auzou.

Les Mots-Peints: Notre Jardin Bleu II.

Voici Notre Jardin Bleu II, ma trente-et-unième collaboration avec le peintre Niala que vous retrouvez ici et là.

bonne photo notre jardin bleu

 

(Notre Jardin Bleu II, Niala 2018/ Acrylique s/ toile 61×50)

 

 

Que peut-on pour le monde

sinon nous promettre d’arracher

ce que l’on est à son fantôme froid

et notre cheval clairvoyant est rentré

à l’écurie peiné , boitant, mais droit

par la porte à deux battants

ouverte sur sur ce grand tout

aux cendres retombées

sur le végétal à jamais innocent.

 

Nous resterons silencieux

à soutenir notre effacement

par les yeux

par la peau

par ce peu de mots clairs

arrachés à la mâchoire immonde

et la main se souvient et dessine

la saison des corps sous le feu nomade

qui se balance à l’amble de l’abri sédentaire.

 

Les coqs déboutés de leur faconde et de leur fortune

saluent maintenant comme des métronomes

nos nuits de plumes couchées sur papier de verre.

 

Notre jardin bleu est un œuf de lune

dont nous habitons le jaune.

 

Barbara Auzou.

 

 

Les Mots-Peints: Notre Jardin Bleu (I)

Voici Notre Jardin Bleu (I), une nouvelle série pour L’Epoque 2018, après Autan Occitan..

Il est le fruit de ma trentième collaboration avec le peintre Niala que vous pouvez retrouver ici et .

Notre jardin bleu 1

(Notre Jardin Bleu/ Niala/ 2018. Acrylique s/toile. 61 x46 )

 

Au bout de la route franche

qu’on ne foule que de l’âme

sur les courbes de l’unité et de la spontanéité du geste

se trouve un jardin bleu dont la hanche

tremble comme une mariée aux pieds nus

et qui s’émeut de la caresse

d’écume à ses cheveux et de la rondeur

de ses larmes quand le gant de lierre

qu’elle retourne la détrousse dodue

de ses solides trésors d’enfant

tressés sur les mystères

d’un rire innocent.

 

Les arbres déroulent leurs feuilles au flanc

d’un tendre abri. Que célébrer sinon la vie

et la pensée que l’on existe maintenant

la fleur le sein le fruit en leur juste poids

les mousses de la douceur sur le velours de l’appui?

 

L’azur croît pour soutenir la lumière

des mains réciproques qui s’enroulent au hasard

saisonnier des moissons à venir.

Des greniers de la peau qui s’étonnent encore

de leur réserve de sel s’échappent des bourgeons de rires

et quelques boutons d’or.

 

 

Barbara Auzou.

Les Mots-Peints: « La Maison Qui S’apprête ».

Voici  La Maison Qui S’apprête, ma dix-neuvième collaboration avec le peintre Niala  (que vous retrouvez ici et là,) pour la série L’époque 2018.

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(La Maison Qui S’apprête/ Niala 2018/ Acrylique s/ toile. 61×46)

 

 

C’est un chantier silencieux et louable

qui se bâtit en coulisse

et dans la régulière scansion

de la maison qui s’apprête,

bât le pouls en excès raisonnable

et sans malice

sur des viscères au diapason

et au secret de ce qui se projette.

 

Vecteurs de ventres vierges

à contrer les errances revenues

de leurs prisons successives,

les corps ploient comme des arbres ivres

de soleil aux artères traversées d’expérience.

 

Au bout de la route effacée

reverdit le terrain de l’enfance

regagné pas à pas sur l’ignorance

à qui l’on a donné un nom.

 

Et on reste là à écouter

le rouge battement

d’une terre qui donne raison.

 

Barbara Auzou.

 

Les Mots-Peints: Nouvelle Lune.

Voici Nouvelle lune ma dix-huitième collaboration avec le peintre Niala  (que vous retrouvez ici et là.) en ce qui concerne L’époque 2018, les dix autres collaborations concernant la série Autan Occitan.

nouvelle lune bonne photo

(Niala/ 2018/ Acrylique sur toile 65×54)

Le soir prépare l’herbe tendre du matin

Comme une terre d’asile transitoire

Où les couleurs s’éprouvent aux mains

Et au langage de l’arbre familier

Qui réclame un nouveau départ

À la feuille obstinée portée en collier.

 

C’est le chant fragile d’entre-deux nuits,

La crête rouge incendiée

Sur la scie sensible de l’initiation

Et déjà l’enveloppe quotidienne du corps

Se plie au troublant exercice de la disparition

Au souffle bleu d’une surface lavée

À bâtir partout son territoire

Contre la terre mouvante des hâtives fondations

Contre l’orgueil émacié de la lune et ses marées.

 

Les fleurs fugitives ont empoigné un pan du ciel

Et ne connaissent ni le regret

Ni la crainte sèche des lendemains.

Elles peignent du champ des possibles le robuste crin.

 

Les sabots de la traversée martèlent

Notre histoire et trouvent refuge dans le bouquet.

 

Barbara Auzou.