« Millénium Blues  » de Faïza Guène…

«  Le monde a changé à partir du forfait Millénium. Désormais, on se parlerait sans limites. On pourrait se dire autre chose que l’essentiel. La jeunesse devenait Millénium, le monde, sous nos yeux, était en train de devenir Millénium. J’ai le Millénium Blues. Vous l’avez aussi  ? Est-ce qu’on en guérira un jour  ?  »

De la fin des années 1990 à nos jours, Zouzou promène sur son époque son regard d’enfant, d’adolescente, puis de jeune femme, et enfin de mère, tout cela dans le désordre ou presque.
On suit par épisodes, par âges, le parcours tourmenté de ce personnage, reflet de sa génération, bousculée par l’arrivée du nouveau millénaire.
Chaque épisode fort de la vie intime de Zouzou est lié de près ou de loin à un événement de notre vie collective. La coupe du monde 1998, le 11 septembre 2001, le second tour de l’élection présidentielle de 2002 ou encore la Grippe A…
Mais si le monde change à un rythme de plus en plus rapide, une chose demeure  : l’amitié qui lie Zouzou à Carmen, et qui va traverser le temps et les épreuves.
Tout commence à Paris, par un accident, en août 2003, en plein cœur de la canicule…

Parution :
10/01/2018 chez Fayard.

« être »de René Belletto.

« Héros et narrateur de l’aventure, je n’ai pas voulu (comme le lecteur l’apprendra et comme il en apprendra les raisons) que mon nom figurât sur la couverture du livre. Ah oui, « aventure » : je ne parle pas de ces prestigieuses aventures de jadis, comme écrites d’avance, ni de ces aventures sans lendemain errant à jamais entre les murs du désespoir, non, mon désir était plus ambitieux, je voulais me concevoir au cœur d’une aventure sans aujourd’hui, comme si le grand livre du Destin avait brûlé dans l’incendie de quelque bibliothèque.
Mais alors, pourquoi m’inquiéter à ce point quand Nathalie me téléphona en pleine nuit et m’annonça qu’elle craignait pour sa vie ? Je lui dis que j’arrivais au plus vite. Je traversai la ville en voiture. Toute sa maison était éclairée, la porte du rez-de-chaussée entrebâillée. J’entrai. Personne en bas. J’appelai. Nulle réponse. Je montai au premier, le cœur battant. Qu’allais-je découvrir ? Le spectacle qui m’attendait dans sa chambre dépassait mes craintes les plus inimaginables. »

 Jubilatoire. drôle parce qu’excessif.

Être est le 21éme livre de René Belletto aux éditions P.O.L.

 

René Belletto a reçu le prix du livre Inter et le Prix Fémina pour l’Enfer. Il est traduit dans le monde entier.

« Déchirer les ombres » de Erik L’homme.

9782702163030-001-T

La vengeance d’un homme auquel on a tout pris, même la raison. 
Un amour condamné au destin des étoiles filantes… 
Officier français de retour d’Afghanistan, grande gueule désespérée par ce qu’est devenue la France, personnage hors norme, Lucius Scrofa surgit avec sa Harley Davidson chez son ancien lieutenant. Anastasie, la nièce de ce dernier, est là, jeune, lumineuse. Elle est fascinée par cette force de la nature qu’est Scrofa, il est séduit par sa fraîcheur. Après une nuit d’amour, ils partent tous les deux en Harley pour ce qu’Anastasie découvrira être la dernière virée de Scrofa, une cavale furieuse et mystique à travers le pays, une course vers l’ultime sacrifice.
Réflexion sur le sel de la vie et l’évolution de notre monde, plaisir de la route, montage de fusils à pompe, scènes de passion truculentes… Une histoire d’amour et de mort tout en dialogues.
Éditeur : Calmann-lévy. (03/01/2018)

« Comilédie » de Jacques Cauda.


Les héros de ce roman hors-norme de Jacques Cauda sont deux fœtus jumeaux, le narrateur et son double, Sosie, particulièrement vifs et bavards, qui cherchent à se délivrer de leur mère par une voie singulière. Faisant fi du Noli tangere matrem dont se prévaut Lacan à la fin d’un texte célèbre, le terrible duetto coud le vagin maternel, comme l’adorable Eugénie de Mistival dans La philosophie dans le boudoir. Commence alors pour eux une longue odyssée les menant des lobes placentaires jusqu’à l‘« aureille senestre» en empruntant la veine cave ascendante, traversant le diaphragme, jusqu’aux épaules. C’est que, comme nul ne l’ignore, de Sade à Rabelais il n’y a qu’un pas. D’ailleurs, tout en préparant ce « À boyre! » qu’éructa Gargantua dès sa venue au monde (on boit beaucoup dans Comilédie), avant même d’être à l’air libre, les deux jumeaux se sont mis à causer, causer littérature, philosophe, théologie… Et Jacques Cauda de préciser que son roman « est à lire comme l’urinoir de Duchamp se regardait; comme une entreprise de démolition de la littérature, un éloge du mauvais goût. » Un délice donc pour tout ceux qui en ont un peu assez de l’autofiction, du politiquement correct et de la prose académique trop bien léchée.

Mais qu’en est-il de la mère que le cheminement de ses jumeaux entre utérus, entrailles et organes divers ne semble pas trop perturber ? Elle se nomme Rose. Pas Rrose Sélavy, mais Rose Keller. Il s’agit de cette jeune femme que Sade aborda le 3 avril 1768, le jour de Pâques, place des Victoires, puis qu’il conduisit à Arcueil où, après l’avoir fustigée, il entailla son dos avec un canif, avant de couler sur ses plaies un onguent de son invention. La belle n’a jamais mentionné de rapport sexuel, mais saurons-nous un jour la vérité sur ce point ? En tout cas, la progression des deux fœtus jumeaux au travers du corps maternel provoque toutes sortes de rencontres plus ébouriffantes les unes que les autres. Dante, Casanova, Diderot, Baudelaire, Joyce bien sûr, Faulkner ou Picasso, mais aussi Thomas d’Aquin, maître Eckart et Pascal. Et cela occasionne des formules savoureuses: « Ma Matisse et papa coud »« Une femme a un conin et parfois de Kooning ». Roussel, Brisset et même Verheggen sont du voyage. Dans ce livre la bibliothèque est en feu, l’érudition copule avec le comique le plus débridé. Mme de Maintenon devise avec Emma Bovary, les noms et les mots dansent la gigue. Confession de l’auteur: « Je commence, comme Stendhal et Freud, à préférer le plaisir de l’écriture à celui de la lecture. »

Puis brusquement, tandis que le transit des jumeaux s’accélère dans la veine cave de la parturiente, la course folle devient celle d’une rame de métro fonçant dans le sous-sol parisien. Se trouve là toute une compagnie de joyeux fêtards parmi lesquels le célèbre abbé de Choisy qui aimait à s’habiller en femme et se faisait appeler Madame de Sancy, qui accompagnera désormais les jumeaux jusqu’au terme. S’organise alors une partouze à laquelle participent Pascal, Racine, Furetière, jusqu’à Verlaine. À la station Montparnasse, ce sont toutes les pensionnaires d’un bordel qui entrent en scène. Elles entourent gaiement Rose bientôt mère. « Une immense batterie de plumes se répand sur toute la ligne: hirondelle, rossignol, fauvette, huppe, perdrix… » Puis c’est enfin la délivrance. Comilédie. Comme il est dit.

Jacques Cauda qui est peintre et photographe tout autant qu’écrivain, a réalisé les dessins et les collages qui scandent son roman et qui, contrairement à l’image du linge parant Buffon en train d’écrire, ne sont pas là pour soutenir l’inattention.

Un article de Jean-Claude Hauc pour Les Lettres Françaises.

Comilédie, de Jacques Cauda
Editions Tinbad. 176 pages

Une réédition d’actualité: « De l’éducation des femmes » de Choderlos de Laclos.

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Extrait :

O femmes ! Approchez et venez m’entendre. Que votre curiosité, dirigée une fois sur des objets utiles, contemple les avantages que vous avait donnés la nature et que la société vous a ravis.
Venez apprendre comment, nées compagnes de l’homme, vous êtes devenues son esclave ; comment, tombées dans cet état abject, vous êtes parvenues à vous y plaire, à le regarder comme votre état naturel ; comment enfin, dégradées de plus en plus par une longue habitude de l’esclavage, vous en avez préféré les vices avilissants mais commodes aux vertus plus pénibles d’un être libre et respectable.

Si ce tableau fidèlement tracé vous laisse de sang-froid, si vous pouvez le considérer sans émotion, retournez à vos occupations futiles. Le mal est sans remède, les vices se sont changés en mœurs.
Mais si au récit de vos malheurs et de vos pertes, vous rougissez de honte et de colère, si des larmes d’indignation s’échappent de vos yeux, si vous brûlez du noble désir de ressaisir vos avantages, de rentrer dans la plénitude de votre être, ne nous laissez plus abuser par de trompeuses promesses, n’attendez point les secours des hommes auteurs de vos maux : ils n’ont ni la volonté, ni la puissance de les finir, et comment pourraient-ils vouloir former des femmes devant lesquelles ils seraient forcés de rougir ?

Apprenez qu’on ne sort de l’esclavage que par une grande révolution.
Cette révolution est-elle possible ? C’est à vous seules à le dire puisqu’elle dépend de votre courage.
Est-elle vraisemblable ? Je me tais sur cette question ; mais jusqu’à ce qu’elle soit arrivée, et tant que les hommes régleront votre sort, je serai autorisé à dire, et il me sera facile de prouver qu’il n’est aucun moyen de perfectionner l’éducation des femmes.

 De l’éducation des femmes
De Choderlos de Laclos
Préface de Geneviève Fraisse
Editions des Equateurs (Janv. 18)

« Chemins perdus » de Jacques Réda.

Chemins perdus

Pareils aux inquiets, aux longs velléitaires
Qui n’auront jamais su choisir un seul chemin,
Tous ceux que j’aperçois, lorsque je passe en train,
Filer à travers bois, dans l’épaisseur des terres,
Me paraissent chacun devenir, tour à tour,
Celui que j’aurais dû suivre sans aucun doute.
Je me dis : la voici, c’est elle, c’est la route
Certaine qu’il faudra revenir prendre un jour.
Mais aussitôt après, sous la viorne et la ronce,
Un sentier couleur d’os ou d’orange prononce
Sa courbe séduisante au détour d’un bosquet,
Et c’est encore un des chemins qui me manquaient.
Puis le bord d’un canal donne une autre réponse
À ce perpétuel élan vers le départ.
Mais je vous aime ainsi, chemins, déserts et libres.
Et tandis que les rails me tiennent à l’écart,
Vous venez vous confondre au réseau de mes fibres.

In Retour au calme, poèmes, © Gallimard, 1989, p. 59

« Chambre simple » de Jérôme Lambert.

téléchargement (4)Ils vivent au bord du monde, seuls, enfermés, dépossédés d’eux-mêmes ; la rumeur du dehors ne leur parvient plus qu’assourdie. Ils ont peur la nuit, comme de vieux enfants, « encerclés par la ville qui ne connaît pas sa chance, celle de la bonne santé et des corps souples ». On les appelle rarement par leur nom, plutôt par leur numéro de chambre, rangés derrière le terme générique de « patients » ou encore d’« allongés », comme dit Maxime, l’infir­mier trop sensible, lui-même surnommé Cœur de beurre. Les voix se succèdent, se répondent, se font écho. Soignants, malades et visiteurs composent peu à peu, comme autant de confidences à fleur d’émotion, le portrait impudique d’un hôpital immense, une ruche aseptisée, cloisonnée, hyper organisée, de couloirs sans fin et de services aux noms savants et terrifiants. Le texte est sec, précis, clinique, mais il vibre de mille mouvements infimes, angoisses, attentes, fatigues, souffrances ; profondément humain, trivial, mais aussi sensuel et charnel, car il est d’abord question de corps et de peau. De corps malade et de corps amoureux, à travers la voix de celui dont on ne découvrira le prénom qu’à la toute fin, réduit tout au long du livre à son état de « patient ». Entré à la suite d’une crise d’épilepsie, il semble avoir oublié sa rupture avec son ex-amant, Roman, qui vient chaque jour le veiller et espère refaire l’amour qui s’est brisé. « Si je pouvais, je te le foutrais en perfusion, mon amour pour toi. » Tous les personnages sont nus dans ce roman tendrement ironique, acéré et compassionnel. Il touche d’autant plus qu’il se garde de toute illusion.

D’après un article de Télérama.

Paru le 3 janvier 2018 Roman (broché) Editions:Iconoclaste.)

« Le Parc », un roman graphique d’Oscar Zarate.

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Les parcs londoniens sont sans équivalent. Invitations à la détente et à l’oubli, loin du bruit et de la fureur de la ville si proche, dédiés aux arbres et aux animaux, ils accueillent les promeneurs avec douceur et sans ostentation. Avec ses étangs, ses cygnes, ses canards et sa foultitude de bobos, Hampstead Heath en est la parfaite illustration. Un incident, pourtant, vient briser ces lignes harmonieuses. Ivan, journaliste sanguin et ventripotent, auteur d’un blog à succès, moleste le longiligne Chris, musicien et postier, au motif qu’il a frappé son chien. De prime abord, rien de grave, la scène n’a duré que quelques secondes et il n’y a pas eu de réel échange de coups ; pourtant son souvenir ne cessera dès lors de hanter ces hommes d’âge mûr et leurs proches, comme les ondes excentriques d’un caillou jeté dans une eau paisible.

Très british dans l’approche et le trait, , Le Parc est une excellente comédie de mœurs avec ce qu’il faut d’humour et de péripéties, doublée d’une ode sincère à la nature. Londonien de cœur et d’adoption, l’Argentin Oscar Zarate y célèbre le printemps et les beaux jours retrouvés sans retenue, d’un trait qui exalte la lumière et les couleurs tendres. Cinquante nuances de vert qui, pourtant, n’estompent en rien le sérieux du propos. Fasciné par la violence, Zarate la dissèque à petites touches. Précises et vaporeuses à la fois, ses vignettes montrent comment elle naît, se propage et couve sous la cendre en attendant son heure, comment certains croient la contenir et d’autres s’y abandonnent. Un récit troublant et tout en finesse.

Par Oscar Zarate Éditeur ACTES SUD
Paru le 3 janvier 2018.

« Fratricide » de Patrice Quélard.

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Tout d’abord, je remercie vivement l’auteur Patrice Quélard qui m’a fait parvenir son roman sur une suggestion de Franck  du blog francksbooks…

 

 

 

 

Aperçu:

 

1915 – premier grand conflit mondial.
James Mac Kendrick est nord-irlandais et catholique. Sur un coup de tête, il s’engage dans une unité de soldats protestants de sa province et va découvrir que son pire ennemi n’est peut-être pas là où il croyait le trouver.

Émile Buffet est un conscrit français et un jeune homme bon vivant, transpirant l’assurance. Face aux horreurs de la guerre, il tente de résister jusqu’au jour où une lettre lui parvient et le fait vaciller.

Ludwig Halpern est un sous-officier allemand promis à une carrière militaire d’exception et fait partie des rares à trouver une forme d’épanouissement personnel dans cette guerre.

Ces trois hommes l’ignorent encore, mais la barbarie de la guerre et de ses marionnettistes va lier leurs destins à tout jamais.

Mon avis:

Fratricide est un gros roman qui épouse le souffle du conflit avec brio… On souffre, on pleure, on a froid, on rit aussi et on se pose mille questions sur le pourquoi…Les personnages prennent corps dès les premières pages et nous n’avons aucun mal à être en empathie avec eux, avec une mention spéciale pour l’irlandais, James! Patrice Quélard est parvenu à nous immerger totalement au coeur du conflit, dans son angoisse mais aussi dans ses moments plus légers qui désacralisent le soldat pour mettre l’accent sur l’homme, car là est bien le thème essentiel au fond: comment reste-t-on et comment peut-on rester un homme quand on se trouve plongé dans l’horreur et la bêtise aveugle?

Un excellent roman que je vous recommande vivement! 

Extraits choisis (parmi de nombreux autres marqués au crayon à papier…)

 

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Parution le 03/02/2018 .Editions Les Amazones.