La lecture des Pierres de Roger Caillois.

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Dans « La lecture des Pierres » , Roger Caillois choisit des minéraux qui sont des moteurs pour l’imagination, des paésines (pierres représentant un paysage et apparaissant comme ça dans la nature. Le merveilleux à l’état spontané.

Cet ouvrage dévoile les plus belles pierres de l’exceptionnelle collection de Roger Caillois à travers des photographies inédites, réalisées en collaboration avec le Muséum national d’histoire naturelle de Paris (MNHN), qui a reçu en dation une grande partie de la collection.

Essayiste, académicien, Roger Caillois se passionne très tôt pour les « pierres curieuses, qui attirent l’attention par quelque anomalie de leur forme ou par quelque bizarrerie significative de dessin ou de couleur ». Il aborde le monde minéral dans une vision toute personnelle où art et sciences naturelles font éclore une image nouvelle de l’univers.

 

Photographies

François Farges, MNHN

 

Textes

Roger Caillois

Massimiliano Gioni, préface

Henri-Jean Schubnel, postface

Gian Carlo Parodi, MNHN, lexique

 

Relié, 190 x 253 mm

432 pages.

Deux romans graphiques pour raconter la guerre et l’exil.

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Ça commence par une enfance en Syrie. difficile ici de ne pas penser à Riad Sattouf et à son « Arabe du futur ». Cependant, la comparaison s’arrête aux premières pages. Car Hakim nous embarque dans son existence à lui, celle d’un jeune syrien rêvant d’un avenir radieux dans un pays qui bascule dans la guerre. Aîné de sa fratrie, il part d’abord au Liban, puis en Jordanie, enfin en Turquie. C’est là que s’arrête le premier tome de ce lon²g voyage, mis en dessin par Fabien Toulmé. Une histoire vraie qui met un visage, une trajectoire, sur ceux qu’on appelle, de façon distanciée et indifférenciée, les migrants.

« L’Odyssée d’Hakim, 1.de la Syrie à la Turquie » de Fabien Toulmé. (Encrages/ Delcourt, 304 p)

9782203148611

c’est un récit croisé entre deux espaces-temps, avec l’amour pour fil conducteur. Le premier se situe dans l’Allemagne contemporaine et met en lien Karsten, un jeune Allemand, et Neyla, une réfugiée syrienne. Le second déroule une passion au pied des bouddhas de Bâmiyân, en Afghanistan, en 1939, entre deux femmes aventurières éprises de liberté. avec son trait reconnaissable entre tous, Zeina Abichared pose son noir et blanc net et graphique sur la plume de Mathias Énard qui s’aventure pour la première fois en terrain dessiné.

« Prendre Refuge » de Zeina Abirached et Matthias Énard. Casterman, 399p.

Gérard Chaliand: Feu nomade.

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Dans une lettre manuscrite (reproduite en fin de livre), datée du 25 novembre 1959, André Breton écrit à Gérard Chaliand : « c’est comme un très beau chant de haleur, cela en a le rythme et ce qui est halé va très loin ». Il parle de « La marche têtue », la première partie de ce livre qui en rassemble cinq.

Chant de haleur, en effet, donc lyrique, qui célèbre et ce sans effusions, la Terre, ses paysages et ses hommes, « Terre ma terre / je coule ton sable dans ma main / et comme les doigts / je chante tes cinq continents », jusque dans leurs excès – la guerre – porteurs d’une énergie dont Chaliand semble avoir voulu qu’elle guide ses pas sa vie durant. Si le lecteur ne connaît pas le parcours de l’auteur, rappelons que cet octogénaire a mené une existence de grand curieux des choses de ce monde, des gens et de leurs cultures diverses ; anticolonialiste actif (durant la guerre d’Algérie), il a participé par la suite à de nombreuses guérillas, a beaucoup voyagé (l’essentiel de son temps) en zones de guerre, tout en exerçant toutes sortes de métiers, depuis le Nord Viêtnam de 1967 , en passant par l’Erythrée, le Salvador, le Haut-Karabagh par exemple, jusqu’à l’Irak où il se rend encore chaque année depuis 1999. Contributeur exceptionnel à la géopolitique, on lui doit de nombreux atlas politiques et historiques, de non moins nombreux ouvrages politiques ou de stratégie militaire, sans compter son œuvre littéraire (mémoires, théâtre, traductions, livres pour enfants…). On aura compris qu’on ne peut avoir affaire à des postures de la part d’un tel homme, engagé dans la vie, dans l’aventure, dans l’écriture. Et ce haleur va effectivement nous emmener très loin, dans les multiples recoins de notre planète, dans ceux du temps qui nous emportera tous. Mots d’énergie et de lutte donc pour cet homme libre.

« Que je boive à la source et me rompe le cou
si votre temps court j’irai plus vite encore.
Je creuse les reins
je m’emplis d’océan.
Ma liberté m’arrache la poitrine
veut briser tous les corps et me briser moi-même
j’arrache les forêts je les jette à la mer
et je courbe sanglant le temps qui me détruit. »

Cette belle vitalité, aux accents parfois colériques, refuse la tiédeur et l’immobilité ; il lui faut le mouvement, le feu, la glace, la passion. « Je ne sais que vivre ma vie et la poursuivre / comme on traque une bête qui parfois se dérobe / et parfois meurt en criant. / Nous n’avons aimé que cette chasse / et cette image du chasseur / la douceur des visages / la chair des mots / et les nuits solaires. » écrit Chaliand dans « Feu nomade », la troisième partie, qui donne son titre au livre. Cette image du chasseur, pour esthétique qu’elle puisse paraître, est d’une grande justesse. L’homme a passé sa vie à traquer une existence qui soit plus flamboyante, ou rien ne soit paresseusement dilapidé. C’est pourquoi une telle intransigeance d’existence et d’écriture laissent parfois affleurer une certaine causticité vis-à-vis de la faiblesse des êtres humains : « Alors camarades / on ne s’est donc levés que pour ça ? / Tout le sang et les rêves de nos vies pour un écho brisé / Et vos dictatures policières tempérées par la corruption. »

Que l’on ne croie pas pour autant cet homme-là hautain ou dénué de tout sentiment. La deuxième partie du livre, intitulée « Les couteaux dans le sable », regroupe une quinzaine de poèmes d’amour ; elle est dédiée à la compagne de sa vie (selon l’auteur), la sociologue et écrivaine Juliette Minces et ont été écrits entre 1955 et 1958. En peu de pages finalement, on retrouve tous les éléments habituels du genre – difficile – mais là aussi avec un brio et une fulgurance qui ne démentent pas la ferveur des autres parties de ce recueil. L’idéalisation d’abord : « C’était il n’y a guère, au bord d’une mer acide, / tu nageais, / et tes épaules paraissaient plus légères que l’écume. » avec la déclaration d’amour sans ambigüité, « Je t’aime, la gorge nouée aux fibres de l’été / chaque aube m’éveille tes yeux au fond de mon regard / ma femme heureuse jusqu’au bord des paupières. », ensuite la louange du corps de l’aimée, en images délicates, « Ta cuisse où perle le long filet de vie intérieure. / Et le merveilleux éclatement de ton ventre, / séjour nocturne d’obscures espérances / dans le jaillissement de la redoutable fleur / à jamais offerte / fruit de la seule Apocalypse. », aussi la souffrance liée à l’absence, « Tout me manque, / jusqu’à cette femme précieuse et nue dont j’ai soif. »

Toutefois, c’est en « cavalier seul » (titre de la pénultième partie) que se fait essentiellement la route du poète Chaliand. La solitude du guerrier. Ici, la voix se fait plus élégiaque, une esthétique dessine son architecture, celle paradoxale et composite de la brutalité et de la mélancolie. S’étonnera-t-on que d’innombrables toponymes dressent leurs épines au long de la tige sur laquelle est planté le poème ? Ghardaïa, La Havane, Istanbul, Tel Aviv, Manaus, Dire Dawa, Bagdad… Ne dressons pas une liste exhaustive, cela ne se peut, tous les noms ne sont pas dits de toute façon, ce ne sont que cailloux pour la mémoire, miettes, prétextes. « De vieilles femmes lavent les morts sur des dalles blanches. » Pour ouvrir. Et pour fermer : « Ma vie que chaque jour nouveau prolonge bat toujours la campagne et cherche encore merveille. » Ainsi l’on va de la mort à la vie. Le cavalier, dans sa course heurtée, telle celle de la pièce du jeu d’échecs, affirme sa présence au monde malgré les massacres, les bombes, les horreurs. « Tout cela remonte comme d’un puits, / il n’aurait jamais fallu se pencher. » C’est l’atroce mémoire qui tord les mots, intime à l’auteur l’ordre incontestable de dire, de rendre compte en toute honnêteté : « Longtemps je n’ai pas voulu endosser la douleur de ce passé, / tant le monde était chargé d’aube et de poudre, / avec la joie physique de l’aventure, / les confins guerriers renversant l’ordre apparent des choses, / le danger mené à la cape et l’orage des rencontres. » Une mémoire qui ne s’en tient pas aux anecdotes, fussent-elles extraordinaires mais sait rappeler l’engagement, les illusions, les déceptions, dans une écriture qui nous place de manière implacable dans le nœud du drame. « Dans le désert syrien je ne me suis pas incliné / devant le monument dédié aux charniers des camps. / Les désastres sont intérieurs. » Le film d’une vie défile comme derrière la vitre d’un train, « Le Mékong, le delta du Fleuve rouge sous les bombes, un bras de l’Irrawaddy en pirogue, dans les maquis karen » avec ses questions, « Où se trouve la patrie des oies sauvages quand elles migrent ? », les compagnonnages ou les simples rencontres : le camarade Amilcar Cabral, le poète québécois Gaston Miron, Saddam Hussein… C’est aussi une mémoire de la culture qui connaît l’Histoire ancienne des pays, leurs civilisations. Le grand curieux Chaliand ne pouvait être qu’érudit. Et l’émotion, disséminée, comme dans cette adresse à son père :

« A des années-lumière de ta mort, je rêve de toi à nouveau,
par une de ces nuits moites de mousson.
Je t’entends dire « j’ai rêvé de Tamitza ! 
La petite cousine dont tu étais amoureux.
Tamitza avait treize ans quand elle a été assassinée,
en 1915, avec tous les autres.
Père, que j’ai tant aimé et qui m’a tant donné,
tu es le fil me rattachant à ce passé,
murmuré par les vieilles de mon enfance.
Cette geste qui me fonde,
celle de ton frère aîné, mort dans une cité montagnarde,
après un long siège, les armes à la main,
en paix. »

On ne se rend pas. »

C’est donc toujours l’énergie qui l’emporte, cette volonté farouche du vivre densément, ce goût du combat. On ne se rend pas !

« J’aime l’inquiétude des conflits, l’aguet,
la force ramassée, les décisions prises au tranchant,
l’art patient de changer la faiblesse en force.
Dernière veille avant l’aube,
les sentinelles se relâchent, dans les paupières de la nuit
avant l’assaut brutal, la mort soudaine. »

Tout se passe donc comme si la proximité de la mort faisait gagner en intensité de vie. Pourvu que l’élan soit préservé, mieux : nourri !

La cinquième et dernière partie, « Saga si lointaine », est une sorte d’épopée en douze chants, qui va de « Au commencement » à « Maintenant » (à la mémoire de Jacques Lacarrière). Condensé d’une histoire autant universelle qu’individuelle, elle évoque de grands thèmes, depuis l’eau première, où tout baignait, jusqu’au dernier souffle de la saga ; on y trouvera ce qui constituerait des chapitres de n’importe quelle encyclopédie de l’Humanité : la préhistoire « sans autre mémoire que l’empreinte de mains sur des parois », l’apparition (qui donne son titre au chant II) multiple : celle de la religion, de  l’écriture, de la politique, de la pensée philosophique, avec référence à l’épopée première, celle de Gilgamesh : « Tout ce que tu as eu de cher, / que tu as caressé et qui plaisait à ton cœur, / est aujourd’hui couvert de poussière, / tout cela dans la poussière est plongé / tout cela dans la poussière est plongé », Babylone, l’exil des Hébreux, Akhenaton, Zeus ou Gaïa – avec ce coup d’œil sans concession : « On meurt beaucoup ici, à cause de l’au-delà. », et puis les peurs, les préjugés, les haines, les famines, les maladies, les tyrannies et la démocratie ; enfin, pour un regard plus personnel, ce qui constitue les titres des chants VIII à IX : les femmes, la vengeance, la guerre, la beauté.

Concernant les premières, Gérard Chaliand se livre à un bref mais impitoyable réquisitoire contre des siècles de phallocratie et d’asservissement. Cette strophe, par exemple : « Le plus sûr est de coudre leurs lèvres. / Peut-être faudrait-il aussi coudre leur bouche, / porteuse du poison de la séduction et du mensonge. ». Sur la vengeance, le jugement est sans appel également : « Tandis que déjà se noue le cycle de la revanche / il faut prendre la fuite / pour échapper à l’inéluctable vengeance / dont l’horlogerie s’est mise en marche. / Ainsi vit-on avec un acharnement de bêtes / de meurtre en meurtre au fil des couteaux. ». La guerre, qu’il a pourtant souvent accompagnée, ne trouve non plus grâce à ses yeux : « Le cercle des veuves connaît le prix de la guerre / tout ce qui est pour toujours perdu / les débris du monde après le massacre / dans une histoire dont le sens échappe. / Fallait-il aussi égorger les enfants ? ». Heureusement, « La beauté survit au carnage. » car « Elle seule me touche / comme un visage, / aurore nouvelle, / chevaux courant dans la steppe, / mouette portée par les vents, / bond d’un animal sauvage ». C’est sans doute elle la seule salvatrice vers qui se tourner, nous dit Chaliand, avec cette conscience aigüe de l’impermanence., tempérée par cette étincelle qui clôt le livre : « Au-delà de tous les désastres et de la mort / à chaque naissance, le monde recommence. »

Un article Recours au poème.

 

« Trancher » d’Amélie Cordonnier.

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Difficile de faire plus d’actualité que ce premier roman qui dissèque avec finesse et précision la mécanique de la confusion des sentiments dans une situation de violence conjugale. Confusion d’autant plus grande que la violence est verbale (terrible, terrifiante mais… sans trace), que son auteur a toutes les apparences du prince charmant et que cela se passe au sein d’une famille « idéale » qui pourrait figurer au casting des publicités Ricoré. A travers ce texte court à la narration très tendue, Amélie Cordonnier parvient à donner corps à un dilemme toujours difficile à percevoir de l’extérieur. Sans juger, sans s’apitoyer, en décortiquant pas à pas la mécanique de décision.

Trancher. La narratrice ne l’a pas fait il y a sept ans, lors de la première « crise » d’Aurélien, la première fois où son mari, le père de son fils Vadim alors un nourrisson a déversé sur elle un flot d’insultes d’une violence extrême. Dépression, mea culpa, thérapie et basta. Or, après sept ans de calme et la naissance d’un deuxième enfant, la rechute la cloue sur place. Ça éclate n’importe quand, des bordées d’injures plus immondes les unes que les autres. Sauf que cette fois, les enfants sont les spectateurs ahuris de ces démonstrations et que la jeune femme ne peut plus réagir par rapport à elle-seule. Rester ou partir ? Se taire ou parler ? Agir ou faire le mort ? Dire, dénoncer c’est admettre aux yeux de tous, constater son échec, sa faiblesse. Et ne rien faire c’est bientôt ne plus pouvoir regarder ses enfants dans les yeux…

En choisissant d’écrire ce texte à la deuxième personne du singulier, Amélie Cordonnier nous plonge directement dans la tête de son héroïne qui se parle à elle même (en fait elle s’écrit) pour tenter de comprendre, d’analyser ses réactions, et de trouver la force de trancher. C’est certainement là que tient la réussite de ce roman. Peu à peu se dessine le contexte, le manque d’affection maternelle dont la narratrice a souffert, l’amour fou qui l’a unie et l’unit encore à Aurélien, l’envie de ce cocon familial qui lui a tant manqué. Alors… croire en la guérison ? Mettre l’amour au-dessus de tout ?  Il y a un combat féroce dans la tête de la jeune femme avec d’un côté la douleur affichée d’Aurélien à se voir rechuter et de l’autre, le regard atterré et plein de questions des enfants : comment valider cette représentation des rapports homme/femme auprès d’eux ? Mais, quand l’amour a procuré tant de bonheur, comment croire que la violence peut triompher ?

L’ensemble est très bien mené et très convaincant car il évite les situations trop marquées ce qui permet d’explorer toute la palette des hésitations et des sentiments. Les victimes devraient se sentir comprises tandis que les autres percevront peut-être un peu mieux la difficulté de trancher. Et bravo pour la fin, dans la droite ligne du parti-pris du roman !

« Trancher » – Amélie Cordonnier – Flammarion – 162 pages

« La Plaine » par Gatien Elie.

La Plaine. Gatien ElieL’absence de variation topographique et la monotonie paysagère de la Plaine de Beauce cachent un monde en relief : celui du productivisme agricole mondialisé, d’une région que l’Etat et l’Union européenne ont progressivement transformé en grenier à blé de l’Europe. En une centaine de pages, sept portraits et quelques scènes du quotidien, le géographe Gatien Elie parvient à animer cet espace apparemment plat.

Derrière les machines, des hommes – ou plutôt des chefs d’exploitation. C’est un monde quasi exclusivement masculin, rythmé par l’évolution de la technologie, les cours des prix, les rencontres avec les agronomes, les assureurs, les banquiers… Derrière l’orge, le blé, le colza, les machines sont toujours plus sophistiquées et plus chères, et les produits phytosanitaires omniprésents.

A l’horizon de la Beauce, on voit apparaître l’argent bien sûr, mais aussi la charge mentale des impératifs de production, l’angoisse de l’endettement, de la dépression, du cancer, de l’isolement conjugal, et l’envie d’ailleurs. Malgré tout, « tous continuent. Au rythme des saisons. Inexorablement. Ils poursuivent dans la même direction, celle du productivisme, ils maintiennent le cap, celui de l’augmentation des rendements pour des consommateurs de plus en plus abstraits et lointains. » La Plaine retrace ainsi l’histoire, la géographie et la sociologie du morne consentement au capitalisme de la terre.

Un article de Cécile Gintrac pour Les Lettres françaises.

Gatien Elie, La Plaine. Récits de travailleurs du productivisme agricole Editions Amsterdam, Collection L’Ordinaire du capital, 154 pages.

Marceline Loridan- Ivens.

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Scénariste, actrice, cinéaste, auteure, Marceline Loridan-Ivens est morte mardi 18 septembre à Paris, a annoncé son entourage proche. « C’était une camarade de déportation de maman, cet épisode de leur vie si difficile avait fait d’elles des amies indéfectibles », a rapporté Jean Veil, dont la mère, Simone Veil, décédée en 2017, est récemment entrée au Panthéon.

Dénoncer la violence

Née en 1928, Marceline Loridan, cinéaste mais aussi productrice et écrivaine, a passé sa vie à dénoncer l’injustice et la violence, meurtrie à jamais par sa déportation, à l’âge de 15 ans, à Auschwitz-Birkenau.

Elle avait notamment coréalisé avec son mari, le documentariste Joris Ivens (1898-1989), des films sur la guerre du Vietnam et sur la Chine maoïste. Elle avait également réalisé seule un long-métrage, La Petite Prairie aux bouleaux(2003).

Dans son livre Et tu n’es pas revenu (avec Judith Perrignon, Grasset, 2015), elle racontait sa jeunesse marquée par la déportation, en 1944, dans le même convoi que Simone Veil, au camp nazi d’Auschwitz-Birkenau, puis à Bergen-Belsen et à Theresienstadt, d’où elle avait été libérée en 1945. Son dernier livre, L’Amour après (également coécrit avec Judith Perrignon, Grasset, 2018), racontait la suite : la liberté recouvrée, la découverte de l’amour, la lente reconstruction d’une survivante.

D’après un article Le Monde.fr

« Les riches au tribunal, l’affaire Cahuzac et l’évasion fiscale ». BD

Les riches au tribunalDate de parution : 05/09/2018 /

  • Scénariste : PINÇON CHARLOT MoniquePINÇON CHARLOT Michel
  • Illustrateur : LECROART Etienne
  • Coloriste : LECROART Etienne
  • Série : RICHES AU TRIBUNAL (LES)
  • Collection : SEUIL – DELCOURT
  • Résumé

    En suivant le procès Cahuzac, les fameux « sociologues des riches » s’associent à Étienne Lécroart pour démonter les mécanismes de l’évasion fiscale, et montrer comment, chez les classes dirigeantes, la fraude se gère en famille.

     

    « Les yeux dans les yeux », Jérôme Cahuzac, ancien ministre du Budget,

     avait assuré ne pas avoir de comptes en Suisse… Monique et Michel Pinçon-Charlot, sociologues, sont spécialistes de la classe dominante. À la faveur du procès Cahuzac, ils décrivent comment la classe au pouvoir, sans distinction de couleur politique, se mobilise pour défendre l’un des leurs et le système organisé de la fraude fiscale.

« Elsa mon amour » par Simonetta Greggio.

Elsa mon amour

Se glisser dans la peau de la romancière qui a fait de vous un écrivain ; intérioriser ses misères et ses splendeurs… Tel est le défi que s’est donné Simonetta Greggio parlant de la flamboyante Elsa Morante (1912-1985) à la première personne, faisant siennes les obsessions et passions d’écriture, les jouissances et souffrances amoureuses de l’auteur de La Storia (1974). « J’écris depuis que j’existe. Avant de savoir écrire, j’écrivais déjà. J’étais écrivain dans le ventre de ma mère. Avant de naître, j’étais écrivain », fait-elle dire à celle qui dès 6 ans écrivait des nouvelles et à 2 ans et demi son premier poème. Que sa mère vendait. Via Simonetta Greggio, Elsa Morante avoue n’avoir jamais voulu être mère, pour ne pas ressembler à sa mère… Qui la laissa ignorer qui était son père — l’amant omniprésent, le mari ? —, mais qui jamais ne douta de son talent. Ainsi s’est chaotiquement construite Elsa Morante, travailleuse acharnée née dans la pauvreté et devenue sainte du verbe : elle vénérait la très mystique philosophe Simone Weil. Mais amoureuse irréductible aussi, qui endura mille chagrins de ses amours tragiques. Pour l’écrivain rival Alberto Moravia d’abord, épousé en 1941, qui la trompa vite et dont jusqu’à sa mort elle ne voulut divorcer. Pour des homosexuels qu’elle harcelait de sa vaine tendresse, tels le cinéaste Luchino Visconti ou le peintre Bill Morrow. Etonnante Morante, pour certains le plus grand écrivain italien du xxe siècle (elle refusait qu’on dise « écrivaine »). Résistante, femme de gauche rebelle et narcissique, tourmentée et bourrue, libre et enchaînée. Peu commode. A travers son sensuel portrait et celui de ses proches — Anna Magnani, Pasolini, Malaparte, Pavese, Fellini, Leonor Fini —, c’est aussi toute l’Italie rayonnante d’art, d’idées et de paradoxes de l’après-guerre que nous fait survoler en zigzag Simonetta Greggio à travers un patchwork de scènes et d’images sans chronologie. On aurait aimé, parfois, traversée plus profonde. Mais Elsa mon amour donne l’envie folle de se plonger dans l’œuvre de la Morante. Quel plus bel hommage ?

| Ed. Flammarion, 240 p

D’après un article Télérama.fr

« Ma dévotion » de Julia Kerninon.

ma dévotionQuelle est la nature du sentiment qui lia toute sa vie Helen à Frank ? Il faut leurs retrouvailles, par hasard à Londres, pour qu’elle revisite le cours de leur double existence. Elle n’espérait plus le revoir – tous deux ont atteint les 80 ans – et l’on comprend qu’un événement tragique a mis fin à leur relation. Dans un retour sur soi, la vieille dame met à plat ces années passées avec, ou loin, de Frank, qu’elle aida à devenir un peintre célèbre. Une vie de femme dessinée dans toutes ses subtilités et ses contradictions. Dans ce quatrième roman, Julia Kerninon, qui a obtenu de nombreux prix pour ses précédents livres, déploie plus encore ses longues phrases fluides et imagées, d’une impeccable rythmique.

Paru en août 2018 aux éditions du Rouergue.

« Des raisons de se plaindre » nouvelles par Jeffrey Eugénides.

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« Tomasina pouvait juger de la fécondité d’un homme à son odeur et à son teint. Une fois, pour amuser Diane, elle avait ordonné à tous les individus de sexe masculin de tirer la langue. Ceux-ci s’étaient exécutés sans poser de question. Comme toujours. Les hommes aiment être objectifiés. »

La gent masculine, voilà le sujet des nouvelles qui composent Des raisons de se plaindre. Leurs petites lâchetés, leur mauvaise foi, leurs erreurs et leurs errances. Leurs soucis d’argent, leurs peines de cœur et leur compétition sexuelle… mais aussi leur charme, leur maladresse. On n’aimerait pas forcément croiser ces personnages dans la vraie vie. Mais l’humour et la cocasserie les rachètent. En somme, ils nous ressemblent

.Les dix nouvelles doucement ironiques qui composent Des raisons de se plaindre ont été écrites au cours des trois décennies écoulées. Chacune est tout à la fois la mise en avant d’un individu — un homme souvent, mais pas toujours — et un coup de sonde dans la psyché collective américaine où l’affrontement entre les grands principes originels et la réalité consumériste a fait le lit d’un désarroi, un mol égarement, une vacuité existentielle tenace. Rien de spectaculaire dans ces destins dont se saisit Eugenides, en toute empathie. Des couples qui patinent ou se défont, des rêves qui se dilatent puis s’évaporent, des illusions qui scintillent puis virent à l’échec… « Les râleuses », la nouvelle déchirante et de toute beauté qui ouvre le recueil, mérite une mention particulière. Jeffrey Eugenides y dépeint l’amitié de deux femmes, l’octogénaire Della et Cathy, de quinze ans sa cadette, et bientôt leur échappée belle. Une évasion face à la mise en marge sociale, la relégation promise à Della hors du monde des vivants qu’encombrent les vieux, les malades, les faibles — « En regardant la neige tourbillonner derrière la vitre, elle a l’impression de contempler l’intérieur de son propre cerveau […]. Sortir sous la neige, y disparaître, cela n’aurait rien de nouveau pour elle. L’extérieur rejoindrait l’intérieur. Les deux fusionneraient. Tout deviendrait blanc. Il suffirait d’avancer. Sans s’arrêter… ».

 

Traduit de l’anglais (États-Unis) par Olivier Deparis.

Paru le 13/09/2018 aux éditions de l’Olivier.