« Le Parfum » de Patrick Süskind…

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Mon article précédent sur « La civilisation des odeurs » de Robert Muchembled me donne évidemment l’envie de relire cet extraordinaire roman de Patrick Süskind…

Ce roman évoque l’étonnant destin de Jean-Baptiste Grenouille, qui possède un sens olfactif incroyable. Ses aventures se déroulent en France au XVIII ème siècle.

Résumé du Roman

Jean-Baptiste Grenouille naît à Paris le 17 juillet 1738. Il vient au monde au milieu de légumes et de poissons avariés, lors « d’une des journées les plus chaudes de l’année« . Sa mère, accusée d’infanticide, est condamnée et décapitée. Le petit Jean-Baptiste est confié à plusieurs nourrices. Aucune d’elle ne le garde. Elles considèrent toutes qu’il est soit trop goulu, soit inquiétant car ne possédant aucune odeur.

L’une des nourrices le ramène au père Terrier, moine au cloître de Saint-Merri. Ce dernier est frappé par l’extraordinaire sensibilité olfactive du nourrisson. Ce don l’inquiète et il se débarrasse vite de Grenouille. Lire la suite

La civilisation des odeurs (16è-début du 19è) par Robert Muchembled.

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Au Moyen Age, on luttait contre la peste…En humant les latrines.Bonnes ou mauvaises, les odeurs? À chaque époque sa réponse, raconte l’historien Robert Muchembled…

Elles sont fétides ou musquées, envoûtantes ou repoussantes. On les suppose diaboliques, mais on s’en fait aussitôt une cuirasse contre la peste…Les odeurs! Elles ont toutes une histoire, religieuse, culturelle, sociale et économique, au moins depuis le moyen-âge, et en pister les remugles ou les fragrances revient à plonger dans la vie quotidienne des sociétés anciennes. Ateliers, échoppes, chambres ou rues, c’est dans tous ces lieux que robert Muchembled, grand arpenteur de l’histoire des mentalités, est allé les débusquer…Où l’on apprend qu’à la fin du Moyen Age, avec le développement de l’urbanisation, on commence à vouloir juguler les mauvaises odeurs, qu ‘on attribuait à la femme des odeurs fétides…jusqu’au développement de la grande industrie du parfum…

La Civilisation des odeurs de Robert Muchembled (16è-début 19è). Editions Les Belles Lettres. (paru le 13/10/2017)

 

 

La poésie de Jean Ristat (né en 1943)

Jean Ristat, né à Argent-sur-Sauldre (Cher) en 1943, est un écrivain et un poète français.

Il a fondé en 1974 la revue et la collection Digraphe, avec un titre proposé par son professeur de philosophie, Jacques Derrida, dont il mettait alors en vers le récent essai sur La Pharmacie de Platon (cf. le supplément à la réédition de 1974).

Il est l’actuel directeur des Lettres françaises, le supplément littéraire du quotidien L’Humanité.

Il est en outre responsable de l’édition complète des écrits d’Aragon, dont il est l’exécuteur testamentaire. 

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Vingt et une heures de formation théâtrale pour les 3èmes 2…

Le projet a été retenu et mes troisièmes vont donc pouvoir bénéficier de 21 heures de formation théâtrale de début janvier à fin février avec Julia Picquet, metteur en scène d' »Anne Frank, le journal. »…En attendant, lecture intégrale et échanges autour du « journal »…

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Dans le journal qui lui fut offert pour son treizième anniversaire, Anne Frank relate sa vision des événements depuis le 12 juin 1942 jusqu’au 1er août 1944.

Il est devenu depuis l’un des livres les plus lus au monde.
Décrit comme le travail d’un esprit mature et perspicace, ce récit donne un point de vue intime et particulier sur la vie quotidienne d’une famille juive pendant l’occupation nazie.

Des marionnettes grandeur nature évoluent autour de la comédienne, dans un univers onirique qui souligne la force et la beauté de ce texte important.

« Dans ce récit d’horreur et d’espoir, tout est fait pour instruire, faire réfléchir, prendre exemple. Merci au Naxos Théâtre de nous offrir un instant bouleversant de Théâtre. L’interprétation magistrale proposée par les acteurs offre un spectacle drôle, puissant, inquiétant et jamais pathétique. »
La Voix du Nord

« Les comédiens ont su offrir un spectacle où se mêlaient humour et tragédie. Ils ont captivé le public dans une mise en scène particulièrement brillante de Julia Picquet. »
L’Echo Républicain

« Première pièce de Julia Piquet, formée à Tourcoing, et déjà un travail d’une remarquable intensité.Il est vrai que le journal intime  de la jeune Anne Frank (recluse pour échapper à l’envahisseur nazi) est un monument. Y faire entrer des marionnettes à taille humaine ne lui donne que plus de relief. Visages marqués, cisaillés, bande-son oppressante… La réalité dépasse la fiction dans ce huis clos saisissant, à la dimension pédagogique évidente et à l’issue dramatique. »
Nord Éclair

« Anne Frank, le Journal » a déjà été représenté une centaine de fois en France, et en 2014 au Festival d’Avignon ( Chapeau d’Ebène )

Ce spectacle a reçu le soutien de la Ville de Chartres, du Conseil Général d’Eure-et-Loir. Il bénéficie de l’Aide à la Diffusion en Pas de Calais.

Ce spectacle bénéficie de l’Aide à la Diffusion du Pas-de-Calais

pour les communes du 62 à hauteur de 40%.

Scolaires : voir rubrique Actions Artistiques

« La responsabilité de l’écrivain » par Gisèle Sapiro.

Dans un essai passionnant, Gisèle Sapiro examine les rapports, en France, entre justice et littérature

Justice et littérature : écrivains, levez-vous !

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Ce n’est pas un essai récent. il a été publié en 2011. Je le découvre maintenant.

Merci à Julie qui m’a signalé cet essai.

À sa sortie, le Nouvel Observateur avait interrogé Gisèle Sapiro:

Le Nouvel Observateur – Quand la justice moderne a-t-elle commencé à s’intéresser à la littérature?

Gisèle Sapiro – Cela remonte à l’essor de l’imprimerie et à la répression des écrits licencieux sous l’Ancien Régime. Mais l’avènement d’un régime de liberté de presse sous la Restauration pose la question de ses limites. Les catholiques et les ultras veulent faire interdire les réimpressions d’ouvrages philosophiques du XVIIIeme siècle.

Ils voient dans les idées des Lumières des facteurs de troubles. Or la philosophie, mise sous la coupe de l’université napoléonienne, s’est dissociée de la littérature. Le pouvoir subversif se transfère donc à l’écrivain. Dans la lignée des Lumières, les auteurs libéraux comme Paul-Louis Courier élaborent une éthique de vérité, qu’ils opposent à la responsabilité pénale. Les procès deviennent l’arène de cette lutte pour la liberté d’expression.

 

Cette lutte se double d’une opposition chez les écrivains: c’est à ce moment qu’apparaissent les deux pôles concurrents du champ littéraire, l’engagement et l’esthétisme…
L’écrivain-prophète, qui dit toute la vérité, précède l’artiste romantique. Ce n’est qu’à la fin de la Restauration que Victor Hugo revendique la liberté de l’art, principe que Théophile Gautier radicalise avec son idéal de «l’art pour l’art» – au moment même où Hugo se politise, par ailleurs. Dans cette perspective, la littérature est avant tout un engagement esthétique. Flaubert opte pour un narrateur impersonnel, qui ne porte pas de jugement et ne donne pas le remède aux maux qu’il décrit.

 

Il partage en même temps avec les réalistes une revendication de vérité, qui se perdra chez Wilde. Je suggère ainsi une lecture de «Madame Bovary»: le style indirect libre, qui n’est pas répandu en France et que Flaubert emprunte sans doute à Goethe, est une forme de discours souvent employée par les avocats. On peut lire «Madame Bovary» comme une sorte de plaidoyer. Flaubert s’est inspiré d’affaires existantes. Ce n’est pas un pur esthète.

La forme littéraire et le style sont-ils pris en compte dans les procès d’écrivains?
Dans le procès de «Madame Bovary», le procureur Pinard impute à Flaubert les pensées de son personnage. Il est dérouté par l’absence de guillemets. L’usage du discours indirect libre lui fait dire que c’est un roman en faveur de l’adultère. La forme littéraire est donc un enjeu.

On le voit aussi avec le pamphlet, genre que les juges punissent plus sévèrement. Pendant son procès à la Libération, Rebatet explique pour sa défense que «les Décombres» n’en est pas un, mais que c’est une «confession». On peut aussi évoquer la poésie. «Front rouge», dans lequel Aragon écrit en 1932 «Feu sur Léon Blum», n’est finalement pas jugé comme une incitation au meurtre, parce que c’est de la poésie.

Les magistrats sont-ils qualifiés pour juger la littérature?
Louis Desprez, un naturaliste, conteste la légitimité du tribunal qui le juge et déclare qu’il ne reconnaîtrait de jury que composé de Zola, Hugo et Renan. Ça ne l’a bien sûr pas aidé. Cette revendication, curieusement, a eu un débouché. Elle a été reprise dans les années 1920 par la Société des Gens de Lettres, qui a obtenu d’être représentée dans la commission qui examinait les oeuvres poursuivies pour offense aux moeurs. Paradoxalement c’est son représentant qui a fait condamner Boris Vian pour «J’irai cracher sur vos tombes».

L’écrivain, lorsqu’il se défend, est souvent de mauvaise foi…
Certains nient l’ambiguïté de leurs écrits. Quand Béranger écrit « les Barbons », tout le monde lit « les Bourbons ». Mais son avocat nie l’allusion. Celui de Flaubert convainc les juges que «Madame Bovary» illustre la nocivité des mauvaises lectures. A la Libération, c’est autre chose. Les écrivains risquent la mort. On peut parler de mauvaise foi, mais c’est très difficile de juger quelqu’un qui défend sa vie.

On peut toutefois faire la différence entre Brasillach, qui assume sa responsabilité, et Rebatet, qui tente de se défausser en minimisant la portée de ses écrits. Céline, qui ne risquait pas la mort, a fait de même: il a affirmé que personne n’a lu «les Beaux Draps», qu’il n’avait pas demandé à ce qu’on réédite ses pamphlets, alors qu’il était très impliqué dans leur réédition par Denoël.

La reconnaissance d’une responsabilité de l’écrivain s’oppose-t-elle à la liberté de création?
Cet antagonisme entre la responsabilité, qui amène l’auteur à se restreindre, et la liberté de création structure le débat jusque dans les années 1940. Sartre va dépasser cette opposition, en rattachant la responsabilité au libre arbitre, dans sa théorie de la littérature engagée. Il dénationalise aussi le concept de responsabilité, qui était jusque-là lié à une morale nationale, à un moment où on poursuit les écrivains comme traîtres à la patrie. Pour Sartre, un écrivain doit garantir la liberté de ses lecteurs, à moins de se supprimer en tant qu’écrivain.

Il prend l’exemple de Drieu qui, en soutenant un régime de censure qui réduisait ses adversaires au silence, a fini par s’ennuyer. Est-il du même ordre d’écrire en démocratie, où toutes les opinions peuvent être contredites, et dans un régime autoritaire où la parole est soutenue par le pouvoir? Devant les tribunaux de la Libération, il s’agissait de savoir si les écrivains étaient poursuivis pour des actes ou pour des opinions. L’accusation se fondait sur ce que la loi définit comme des actes de trahison: la propagande, les dénonciations collectives. Derrière cela, il y a la question du pouvoir des mots. Lorsqu’on présente les résistants comme des terroristes, cela n’a-t-il aucun effet? Ces problèmes sont plus actuels qu’on ne le croit.

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(Le procès de Brasillach – (c) AFP)

Le talent rend-il intouchable, ou est-il une circonstance aggravante?
Pour l’accusation, il est toujours une circonstance aggravante, parce qu’il accroît l’influence d’un écrivain. C’est sans doute la raison pour laquelle de Gaulle n’a pas accordé la grâce à Brasillach. Dans ses «Mémoires», il écrit que «le talent est un titre de responsabilité». Cet argument vaut aussi au XIXe siècle. Dans le procès Flaubert, Pinard dit que son livre est d’autant plus dangereux qu’il est un auteur talentueux.

La question se pose en ce moment à propos de Céline…
Ceux qui le défendent prennent bien soin d’opérer une dissociation au sein de son oeuvre entre ses pamphlets et sa fiction, ce qu’a d’ailleurs fait Gallimard lorsqu’il l’a reprise. Comme dans les autres procès de l’épuration, le talent a été invoqué en défense de Céline, notamment par des écrivains américains comme Henry Miller.

Ce débat autour de la célébration est intéressant parce qu’il montre l’actualité du lien entre littérature et nation: la littérature doit incarner la nation; en retour, l’Etat distingue les auteurs les plus reconnus. Tout en leur reconnaissant une relative autonomie. L’Etat accepte de célébrer des écrivains en porte à faux avec l’idéologie dominante, à condition qu’ils n’aient pas transgressé des valeurs fondamentales protégées par la loi.

«La Responsabilité de l’écrivain», par Gisèle Sapiro, Seuil, 750 p., 35 euros

D’après un article de BIBLIOBS.

 

 

 

Littérature brésilienne :Clarice Lispector: réédition de ses nouvelles en un seul volume.

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Alors qu’elle n’a pas vingt ans, Clarice Lispector (1920-1977) publie son premier roman Près du cœur sauvage. La critique salue la naissance d’une grande écrivaine. Son œuvre, publiée presque entièrement en France par les éditions Des femmes-Antoinette Fouque, est composée de fictions, de nouvelles, de chroniques et de contes qui font entendre une voix unique que cerne une écriture d’une précision implacable. Réunis pour la première fois en un seul volume, ses récits mettent en scène des femmes qui, à l’occasion d’une rencontre à première vue anecdotique – un mendiant dans la rue (La Belle et la bête , du recueil éponyme), un aveugle aperçu depuis la fenêtre d’un bus (Amour , dans Liens de famille) -, émergent brutalement de la torpeur existentielle un peu triste dans laquelle elles s’étaient confortablement coulées. Ces femmes alors, prises de vertige, se redécouvrent un monde et se redéfinissent elles-mêmes par rapport aux êtres qui les entourent, à leur environnement, au temps…

Figure majeure de la sphère littéraire brésilienne du 20è siècle, Clarice Lispector est née en 1920 et morte en 1977. Grande romancière et nouvelliste, elle était également une journaliste de renom. C’est son ouvrage Le Bâtisseur de ruines (1961) qui a fini de la rendre célèbre : sorte de roman de réapprentissage, il raconte les déambulations d’un ingénieur, Martin, après qu’il a commis un crime.

nouvelles-clarice-lispectorTraduit du portugais. 475p. Editions Des Femmes

Portrait de Sylvia Plath…

Vous trouverez sur Esprits nomades un portrait complet de la poétesse auquel je ne vois vraiment rien à ajouter.

Voici en revanche une vidéo très intéressante:

et un choix de poèmes:

JE SUIS VERTICALE (28 mars 1961)

 

Mais je voudrais être horizontale.

Je ne suis pas un arbre dont les racines en terre

Absorbent les minéraux et l’amour maternel

Pour qu’à chaque mars je brille de toutes mes feuilles,

Je ne suis pas non plus la beauté d’un massif

Suscitant des Oh et des Ah et grimée de couleurs vives,

Ignorant que bientôt je perdrai mes pétales.

Comparés à moi, un arbre est immortel

Et une fleur assez petite, mais plus saisissante,

Et il me manque la longévité de l’un, l’audace de l’autre.

 

Ce soir, dans la lumière infinitésimale des étoiles,

Les arbres et les fleurs ont répandu leur fraîche odeur.

Je marche parmi eux, mais aucun d’eux n’y prête attention.

Parfois je pense que lorsque je suis endormie

Je dois leur ressembler à la perfection —

Pensées devenues vagues..

Ce sera plus naturel pour moi, de reposer.

Alors le ciel et moi converseront à coeur ouvert,

Et je serai utile quand je reposerai définitivement:

Alors peut-être les arbres pourront-ils me toucher,

Et les fleurs m’accorder du temps.

 

Lire en prison: La grande évasion.

téléchargement (3)Chaque année, une détenue du centre pénitentiaire de Rennes est jurée du prix littéraire Wepler. C’est l’automne, la saison des feuilles mortes et des prix littéraires. l’un d’eux brille d’un éclat particulier.Talonnant les Goncourt, Médicis et autres distinctions, le prix Wepler-Fondation La poste vote, depuis 20 ans…Sa particularité? Un jury semi-pro renouvelé chaque année et qui compte, depuis la deuxième édition, une détenue du centre pénitentiaire pour femmes de Rennes. Comme les 12 autres membres du jury, elles reçoivent cent vingt livres adressés par les éditeurs.

À Rennes, derrière le haut mur de brique, environ 250 détenues , condamnées à de lourdes peines, 15-20 ans minimum, lisent et votent…La plupart sont de bonnes lectrices et elles sont retenues sur la base du volontariat…À Rennes, les femmes sont seules dans leur cellule, la bibliothèque contient plus de 8000 ouvrages en accès libre, du classique au soft-porn, du thriller aux recettes de cuisine. Pas de censure ou presque. La seule restriction concerne le prosélytisme religieux.

Françoise Héritier, éternelle pionnière…

 

Après « Le sel de la vie », Françoise Héritier La maison d’édition Odile Jacob publie « Au gré des jours », dont la première partie poursuit la même liste poétique, drolatique et universelle déjà présente dans « Le sel de la vie »…Dans la seconde partie, l’anthropologue Française Françoise Héritier cherche à comprendre comment elle est devenue elle-même: « je me suis formée émotionnellement et affectivement de bric et de broc » annonce t-elle dans le style simple des gens trop brillants pour ne jamais à avoir à succomber à l’esprit de sérieux…

Deuxième femme à être entrée au collège de France, adoubée par Claude Lévi-strauss, cette icône vivante du féminisme de 83 ans en profite, avec une joie espiègle, pour dresser un hymne tendre et poignant à l’amitié, elle qui, en entrant au Collège de France ne put jamais cesser de ressentir un fort sentiment d’illégitimité…

Le jeudi 09 Novembre, sur le Plateau de La grande Librairie, en compagnie de Michel Serres et Le prix Goncourt, Éric Vuillard.

 

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