Les Années/Extrait/Annie Ernaux

annie ernaux

“Tout s’effacera en une seconde. Le dictionnaire accumulé du berceau au dernier lit s’éliminera. Ce sera le silence et aucun mot pour le dire. De la bouche ouverte il ne sortira rien. Ni je ni moi. La langue continuera à mettre en mots le monde. Dans les conversations autour d’une table de fête on ne sera qu’un prénom, de plus en plus sans visage, jusqu’à disparaître dans la masse anonyme d’une lointaine génération.”

Annie Ernaux, Les Années/2010

Un poème manuscrit de Victor Hugo retrouvé dans un lycée de Besançon

Merci à mon ami Pierrick…

Blog Histoire Géo


Un poème manuscrit et inédit (du moins sous cette forme) de Victor Hugo a été retrouvé dans un lycée qui porte son nom à Besançon, ville de naissance du poète. Cet inédit intitulé Les Enfants pauvres, avait été offert en 1868 par l’écrivain pour une loterie à Besançon au profit des indigents, puis avait été revendu en 1951 à l’établissement scolaire, pour 6000 francs, et rangé puis oublié jusqu’à la dernière rentrée.

« Ah ! Voilà surtout ceux que j’aime,
Faibles fronts dans l’ombre engloutie,
Parés d’un triple diadème,
Innocents, pauvres et petits !

Ils sont meilleurs que nous le sommes
Ah ! Donnons-leur en même temps,
Avec le pain qu’il faut aux hommes,
Le baiser qu’il faut aux enfants ! »

La seconde strophe de ce poème se retrouve presque intégralement dans le poème Dieu est toujours là appartenant au recueil Les voix intérieures publié en 1837.

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Herbes

Merci à Afropoésie…Joyce Mansour est injustement oubliée…

AFROpoésie

Poème de Joyce Mansour (1928-1986) – ÉGYPTE

Illustration: fresque des thermes suburbains de Pompéi représentant un cunnilingus (-79 av. J.-C.)

Sexual_scene_on_pompeian_mural.jpgLèvres acides et luxurieuses
Lèvres aux fadeurs de cire
Lobes boudeurs moiteurs sulfureuses
Rongeurs rimeurs plaies coussins rires
Je rince mon épiderme dans ces puits capitonnés
Je prête mes échancrures aux morsures et aux mimes
La mort se découvre quand tombent les mâchoires
La minuterie de l’amour est en dérangement
Seul un baiser peut m’empêcher de vivre
Seul ton pénis peut empêcher mon départ
Loin des fentes closes et des fermetures à glissière
Loin des frémissements de l’ovaire
La mort parle un tout autre langage

In Cris (édité en 1953)

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Mots pour délier ( déjà publié)

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Il te fallait, petite fille, des mots pour délier

et pour abolir les distances

qui tournaient en vain autour d’un soleil en vrille.

Et tu faillis mourir de faire des phrases qui tenaient

à deux mains le sens et le lait d’une trop longue patience

qui caillait dans les défroques

des dimanches d’insignifiance.

Tes consonnes mangeaient leurs voyelles et ta manière

propre de dire l’incompris au coin d’une nappe d’éxistence

faisait semblant de se donner et de repasser le couvert là

où le bavardage régnait pour retomber

en loques.

Tu avais repéré l’alarme à l’angle de l’oeil

et la balançoire des voix entre la vie et le deuil.

Alors au secret du mouvement

heure après heure

tu mâchais ces bouches errantes et sans âge

rêvant de figuiers qui se regarderaient de l’intérieur.

 

 

Barbara Auzou.

Vive ferronnerie

vive ferronerie

Dans le tintamarre métallique d’un univers à tiroirs

On aimerait soudoyer la lampe qui somnole dans l’orbite noire

Depuis quand n’allume t-elle plus le calcaire sec des lèvres

Vive ferronnerie

Dans les cages de buée des corps que l’on caressa et dont on fit

Des ponts on aura rêvé de laisser autre chose que des fragments d’ogives

 

Barbara Auzou.

Peau >•< Aime

Merci à Desert Occidental d’avoir illustré ce poème de 2018…

Désert Occidental

Fleur de peau >•< Aime la lyre

La poésie n’épouse les contours de rien

Elle épouse entièrement la pente ombrée du ravin

Le goulet de la nuit qui s’incurve sur ses reins

Et si elle crie c’est du froid que laisse l’absence de tes mains

Parties rejoindre le premier envol d’oiseaux illimités

Au langage incertain et peuplé d’exils

La poésie est une émeute à huis clos L’ivraie indocile

Et écarlate d’un formidable chagrin

Qui meurt dans un lit de sel érigé en cimetière de mots

Où la chair éclate de la fleur rendue à la fleur

Barbara Auzou.

https://lireditelle.wordpress.com

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Dans l’atelier (X). (Déjà publié)

Tourtelle 02

Tombés d’un ciel bien lessivé au terme d’un orage farouche

les mots délivrés font moins de bruit aujourd’hui et n’écoutent plus derrière les cloisons minces du bavardage qui attend la relève

Dépliant nos grandes jambes de vent nous marchons pieds nus dans nos bouches

une étoile bien propre à portée de main et les passants que l’on croise font semblant de croire que l’on rêve

 

Barbara Auzou