LES GENTS ABSENTS/ CABREL

 


Autour des maisons
Un autre été flamboie
Quelques oisillons
S’envolent déjà
Fragiles flocons
Face à l’apesanteur
Dans le bleu profond
Des grandes chaleurs

En haut des pylônes
Les oiseaux voyageurs
Attendent l’automne
Comme des guetteurs
Les fleurs et les hommes
En perdent leurs couleurs
Et toujours personne
Sur le répondeur


Les gens absents
C’est bien ça l’ennuyeux
tournent tout le temps
Là devant nos yeux
On croyait défaire
L’étreinte d’un coup sec
Et puis finalement
On se réveille avec

Juste une question
Est-ce que ça dure toujours
Ces manies qu’ils ont
De tourner autour ?
On parle en dormant
Est-ce que c’est bien normal ?

gens absents
Tout leur est égal
J’ai passé l’hiver
C’est comme le désert
Le cœur à l’envers
On voit au travers

C’est quoi ces histoires
De fleurs, de saisons
D’oiseaux bizarres
Qui viennent et qui vont ?
Ce sont des détours
C’est pour que tu comprennes
Que je m’accroche
Aux choses qui reviennent

Journal de Belfort, Béatrice Douvre, éd. La Coopérative, 2019, 20€

Lire Béatrice Douve…Enfin…

Traversées, revue littéraire

Faim du désir, désir de fin
par Didier Ayres


Journal de Belfort, Béatrice Douvre, éd. La Coopérative, 2019, 20€

C’est avec une certaine émotion que j’écris ces quelques lignes au sujet du livre de Béatrice Douvre, émotion à la fois pour le contenu des poèmes ou des proses aux accents dramatiques et le tragique de la vie de la jeune poétesse disparue en 1994 à l’âge de 27 ans. Car ce recueil constitué de la totalité des journaux, des poèmes en prose ou versifiés de l’écrivaine, nous permet de découvrir une jeune autrice, que l’on sait atteinte d’anorexie mentale. Ce n’est pas pour autant un témoignage posthume mais plutôt l’exercice d’une littérature arc-boutée sur le désir. Ainsi, cette lecture ressemble un peu à l’attente que l’on voue à un récit, à la narration d’un état de santé que l’on sait mortel, et qui nous accapare comme un roman ténébreux…

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Le Coq et la Pendule/Nougaro

 

Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule
Tous les goûts sont dans la nature…
D\’ailleurs ce coq avait bon goût
Car la pendule était fort belle
Et son tic tac si doux si doux
Que le temps ne pensait surtout
Qu\’à passer son temps auprès d\’elle
Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule
De l\’aube jusqu\’au crépuscule
Et même la nuit comme un hibou
L\’amour le rendant coqtambule
Des cocoricos plein le cou
Le coq rêvait à sa pendule
Du Poitou
Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule
Ça faisait des conciliabules
Chez les cocottes en courroux
\ » Qu\’est ce que c\’est que ce coq, ce cocktail,
Ce drôle d\’oiseau, ce vieux coucou
Qui nous méprise et qui ne nous
Donne jamais un petit coup dans l\’aile ? \ »
Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule
Ah, mesdames, vous parlez d\’un jules !
Le voilà qui chante à genoux:
\ » Ô ma pendule je t\’adore
Ah ! laisse moi te faire la cour,
Tu es ma poule aux heures d\’or
Mon amour \ »
Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule
Il est temps de venir à bout
De cette fable ridicule,
De cette crête à testicules
Qui chante l\’aurore à minuit
\ » Il avance ou bien je recule \ »
Se disait notre horlogerie
Qui trottinait sur son cadran
Du bout de ses talons aiguilles
En écoutant son don Juan
Lui seriner sa séguedille
Pour imaginer son trépas
Point n\’est besoin d\’être devin
La pendule sonne l\’heure du repas
Coq au vin
Dans une ferme du Poitou
Un coq aimait une pendule

Pour toi mon amour/Prévert/ Reggiani

Je suis allé au marché aux oiseaux
Et j’ai acheté des oiseaux
Pour toi
Mon amour

Je suis allé au marché aux fleurs
Et j’ai acheté des fleurs
Pour toi
Mon amour

Je suis allé au marché à la ferraille
Et j’ai acheté des chaines, de lourdes chaines
Pour toi
Mon amour

Et puis, je suis allé au marché aux esclaves
Et je t’ai cherchée
Mais je ne t’ai pas trouvée
Mon amour

Barbara Auzou – Au bout des routes

Merci à vous Francine…

L'envers des jours

Un texte magnifique de Barbara Auzou, que j’ai lu, relu et que je relirai et qui à chaque fois me touche au plus profond de l’âme et du cœur.  Merci, Barbara, de me permettre de poser ce poème ici.

Il y aura

puisque je te le dis

au bout des routes

jonchées de tessons de bouteilles

et de chevaux fourbus

comme autant de balises

à nos yeux avertis

de tout ce qui tremble

de tout ce qui s’enlise

la simple merveille

d’un tapis nu sauvé des déroutes

Nous y rirons ensemble

nous passant de main en main

le caillou rond de nos vies

et la grande fatigue de nos valises

Barbara Auzou.

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Keloù de Breizh: Mardi matin

interieur breton 1

Les mots d’amour ont laissé des traces de doigts

sur le cuivre des casseroles

et sur mon épaule lustrée s’érige le droit

chandelier de ce qu’un seul jour peut comporter

d’émoi

Gorgés de nuits les épis mouillés au matin

sollicitent la parole

Je me tais Le monde pèse son poids d’étain

J’ai une fierté simple qui me vient

des bêtes et le travail se poursuit au crachin

de l’enclos

 

Barbara Auzou.