La totalité de l’oiseau

le temps avançant doucement dans la tempe

on regagne du terrain sur la présence à soi

et on refait la totalité de l’oiseau ravi de branches en branches

nul ne dérobe une enfance

on la berce seulement dans la virgule de bras choisis

qui savent seuls comment endormir les voyelles d’eau de votre prénom

qui fut d’abord une source et puis un cri

 

Barbara Auzou

La Diluvienne / Jacques Dupin

Nul épi dans la lumière, nul escarpement dans l’étendue. Mais son corps, immense et léger comme un fleuve débordant ses rives. Et parmi la rumeur, le calme
acéré de sa voix, sa tyrannie intermittente, son ressassement ingénu. Tout ce qui nous chasse hors du monde, cela est son cœur. Maîtresse branche pour le seul
poème, hors de lui poutre absente engagée dans l’air, et qui nous porte tous… Tandis que le jour est encore sans un souffle, tandis que je soutiens son regard innombrable, au
mépris du temps qu’il fera.

‘Tes mots…’

Les mots d’Ile Eniger que Lelius m’a fait connaître…
Magnifiés par cette voix terriblement chaude et émouvante…
Merci Lelius.

De braises et d'ombre...

Tout est bien !

Tes mots sont ma maison, j’y entre. Tu as posé le café sur la table et le pain pour ma bouche. Je vois des fleurs dans la lumière bleue, ou verte. C’est exactement le paysage que j’aime, il a le visage de ta voix.

La pluie rince finement une joie tranquille. Aucune barrière, aucune pièce vide. Désormais tout s’écrit en silence habité. De cette plénitude, je parcours la détermination des choses.

L’arbre porte fièrement ses cerises comme une belle ouvrage. Il installe une trêve dans l’interstice des branches. Pas de passion tapageuse mais la rondeur du rouge. Un éclat. Des fleurs, encore lasses d’hiver, se sont maquillées depuis peu. Le soleil astique le cuivre des terres. Peut-on apprendre à reconnaitre l’existence ?

La rivière miraculeusement pleine, inonde son layon. La carriole du plaisir est de passage. Des oiseaux aux poissons, les rêves quotidiens font bonne mesure…

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« Babouches du soleil » de Barbara Auzou

Un grand merci à Afropoésie

AFROpoésie

Poème de Barbara Auzou (1969-) – Partenaire d’AFROpoésie – FRANCE

Marché à Fès (Maroc) en 1932 – Walter MittelholzerWikipédia

vue des toits de la médina

la saveur d’un amour

est un assemblage de gouffres et de fêtes

de cuirs et de miels

et cette paix liquide qui circule de toi à moi

exerce nos cœurs à leur métier de vivant

à nos bouches tous les cycles

où haut et bas vont ensemble

jamais les babouches du soleil ne tremblent

devant l’ampleur du ciel

des fleurs levées sur une terre féroce

aux incendies spontanés des feuilles de menthe

partout partout nous posons la main qui nous va

sur un monde qui nous tente

les poches du jour sont pleines d’étoiles

et de cornes de gazelle

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Sensation et pensée

Une belle lecture, très personnelle…
Merci beaucoup Patrick…

Patrick Blanchon Blog Peintures chamaniques

Par la lecture de quelques poèmes je vois cette bête venant rejoindre l’oasis. Une bête assoiffée par la sapience qui cherche folle à faire dégringoler son cavalier. Le contact frais ou brûlant de l’eau sur les babines et la langue comme le palais, vague, elle en cherche en vain le goût. C’est que la bête pense encore et ne s’est pas toute entière donnée à la sensation. De nouveau elle se remplit, gonfle sa panse en pensant encore étancher la soif.

Puis retourne à l’assaut de ses désert de son désir. Mais chaque matin elle s’en revient. L’oasis est toujours là. Peut-être avec le temps, la lassitude, viendra enfin le goût de l’eau, précis comme une sensation.

Un recueil posé pas loin quelque part dans mon atelier.

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Appartenance XXV

je reste là

assise sur ta joie ajustée au ciel

je tête tes pas du roncier à la mûre

et t’habille de l’orbe des planètes

je plante des arbres à sel pour les ramiers

des herbes vivantes pour passer

nos rivières et ignorer la saison dure

je mordrai ton silence longtemps sous la pluie

et t’offrirai le vert de la durée

jusqu’à la prochaine écorce

pour ta nudité tendre mes mots ténus

l’innombrable de la douceur nichée

dans un parler clair

alors tu verras que la nuit inlassablement

se penche à toutes les fenêtres

pour nous retrouver

qu’elle vient chatouiller nos pieds

prompts à s’enfuir

qui n’ont jamais pu grandir autrement

que comme des ailes

et souviens-toi que nous détenons

l’adresse de l’horizon

pareille celle des oiseaux quand tout le monde

se demande où ils se terrent

quand on ne les voit plus

 

Barbara Auzou.