DANS LA MARCHE

Merci Alain. Je l’attendais.

Niala-Loisobleu

René Char

DANS LA MARCHE

Ces incessantes et phosphorescentes traînées de la mort sur soi que nous lisons dans les yeux de ceux qui nous aiment, sans désirer les leur dissimuler.

Faut-il distinguer entre une mort hideuse et une mort préparée de la main des génies? Entre une mort à visage de bête et une mort à visage de mort?

*

n Nous ne pouvons vivre que dans l’entrouvert, exactement sur la ligne hermétique de partage de l’ombre et de la lumière. Mais nous sommes irrésistiblement jetés en avant.
Toute notre personne prête aide et vertige à cette poussée.

*

La poésie est à la fois parole et provocation silencieuse, désespérée de notre être-exigeant pour la venue d’une réalité qui sera sans concurrente.
Imputrescible celle-là. Impérissable, non; car elle court les dangers de tous. Mais la seule qui visiblement triomphe de la mort matérielle. Telle est la Beauté, la
Beauté hauturière, apparue…

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Hommages pour 14-18.

Restons subversifs (Na!)

HOMMAGES POUR 1914-1918.
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Hommage aux mutins, aux déserteurs, aux anti-militaristes, aux pacifistes, aux objecteurs de conscience, aux insoumis, aux anarchistes, à ceux qui ont désobéi, qui ont protesté, qui ont abandonné leur poste, qui ont été foudroyés par la peur, qui ont fui l’horreur, qui ont contesté les ordres, qui se sont dressés contre l’absurdité de la guerre et le pouvoir de ceux qui la déclarent.

Hommage à ceux qui ont été fusillés, exécutés, emprisonnés, battus, humiliés, exilés, déportés, ou condamnés aux travaux forcés pour avoir refusé de trouer la peau de leurs frères humains.

Hommage aux mères dont le ventre était rempli d’angoisse, aux sœurs et aux femmes qui ont réparé les corps et les âmes sans savoir comment, et aux petites filles qui ne jouent pas au soldat.

Merde aux maréchaux.

Yak Wasabi

Et merde à la guerre, au passage. Une guerre qui n’est jamais la nôtre, ne…

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Sables mouvants. Barbara

 

J´suis plus d´ton âge,
Mais t´as le goût, a m´regarder,
Premier voyage.
Je plie le cou, sous tes baisers.
T´as poussé doucement ma porte
Refermée
Et tu m´as dit, en quelque sorte :
« Je voudrais t´aimer. »
Et, dans le vide où je m´avance,
Un peu cassée,
Sans plus rien voir,
Plus rien savoir, rien écouter,
T´as dit « je veux »
Avec ferveur.
Tu t´es couché
Aux sables mouvants
Des amours condamnées.

Nos saisons ne sont plus les mêmes.
Tu es printemps
Je suis hiver
Et la saison de nos je t´aime
Pourrait nous mener en Enfer.

J´suis plus d´ton âge
Mais j´ai bonheur a t´regarder.
On fait voyage
Dans une vie
Recommencée.
Tu pousses doucement ma porte
Entrebâillée
Et j´ai tout le ciel en escorte
Pour voyager
Et c´est cadeau
De t´attendre, de te rêver,
Et c´est cadeau
Pour offrande,
Tous tes étés,
Et c´est cadeau.
Le jour se lève
Pour se poser
Sur les matins
D´un nouveau monde
Réinventé.

Notre saison est la même,
Toi le printemps
De mes hivers
Et la saison de nos je t´aime,
C´est la saison des Enfers.

Un jour, demain, je partirai
Sans rien te dire, sans m´expliquer,
Demain, demain,
Mais avant, que plus loin
Notre vie, à la dérive
Soit emportée,
Avant, oublions, tout
Et partageons l´instant
De cet instant,
Ta vie, ma vie
Avant l´orage
Où tout s´éclate
Foudroyé.
Que l´on se fonde, se confonde
A nous aimer,
Fermons doucement notre porte
Et, cachés,
On aura le ciel, en escorte
Pour rêver
Et sans mémoire, plus rien savoir
Mais vivre
Juste l´instant, de ce présent,
Le vivre,
Aux sables mouvants
De nos amours condamnées
Les saisons,
Qu´est-ce que ça peut faire?
On va s´aimer.

J´suis plus d´ton âge
Mais c´est bonheur de t´regarder.
On fait voyage
Dans une vie
Recommencée…

Jean Ferrat, Louis Aragon: Un jour, un jour.

Il s’avère qu’elle n’est pas sortie de ma tête de la journée…Alors, voilà, pour vous.

 

Tout ce que l’homme fut de grand et de sublime
Sa protestation ses chants et ses héros
Au dessus de ce corps et contre ses bourreaux
A Grenade aujourd’hui surgit devant le crime

Et cette bouche absente et Lorca qui s’est tu
Emplissant tout à coup l’univers de silence
Contre les violents tourne la violence
Dieu le fracas que fait un poète qu’on tue

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Ah je désespérais de mes frères sauvages
Je voyais je voyais l’avenir à genoux
La Bête triomphante et la pierre sur nous
Et le feu des soldats porté sur nos rivages

Quoi toujours ce serait par atroce marché
Un partage incessant que se font de la terre
Entre eux ces assassins que craignent les panthères
Et dont tremble un poignard quand leur main l’a touché

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Quoi toujours ce serait la guerre la querelle
Des manières de rois et des fronts prosternés
Et l’enfant de la femme inutilement né
Les blés déchiquetés toujours des sauterelles

Quoi les bagnes toujours et la chair sous la roue
Le massacre toujours justifié d’idoles
Aux cadavres jeté ce manteau de paroles
Le bâillon pour la bouche et pour la main le clou

Un jour pourtant un jour viendra couleur d’orange
Un jour de palme un jour de feuillages au front
Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront
Un jour comme un oiseau sur la plus haute branche

Louis Aragon.

Fratello implacabile >< Frère implacable

Merci Marcello …Merci. Je ne saurais dire comme votre dédicace me touche au-dessus de ce merveilleux poème.

marcellocomitini

io e il mare rit

Questo mare aperto questi antichi approdi
questo lucentissimo rotolare delle onde
che s’avventano giorno e notte ai piedi delle terre.
Io per caso o per destino seduto ai limiti
della sua immensità vedo l’uomo e la sua assenza.
Non dorme ma adesso calmo ed imprendibile
specchia la solitudine del cielo e delle sue profondità.
Sembra chiedermi di me
della mia creaturale oscurità.
Chiariscimi sembra dirmi perché mi ami
perché in me culli la tua anima.
Spogliato d’ogni tua immaginifica significazione
ti tuffi senza malizia tra le mie braccia
libero d’ogni grumo di tormento, d’ogni traccia
di lubricità e di carne.
Scendi nel mio misericordioso grembo
in cerca di una pace, di un futuro
che potrebbe all’improvviso disserrarsi.
Felicità? Non sembra. Pure nel silenzio non si arresta
il ronzio del tuo pensiero
che insegue sé medesimo e ti lambisce il cuore.
Questa tua lunga sofferenza è crudeltà?
O misericordia?
La tua…

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« Printemps ». Barbara. D’après Paul Eluard.

Paul ÉLUARD
Recueil : « Le Phénix »

Il y a sur la plage quelques flaques d’eau
Il y a dans les bois des arbres fous d’oiseaux
La neige fond dans la montagne
Les branches des pommiers brillent de tant de fleurs
Que le pâle soleil recule

C’est par un soir d’hiver dans un monde très dur
Que je vis ce printemps près de toi l’innocente
Il n’y a pas de nuit pour nous
Rien de ce qui périt n’a de prise sur toi
Et tu ne veux pas avoir froid

Notre printemps est un printemps qui a raison.

« Au clair de la lune » de Christophe Donner.

9782246817154-001-T«  J’ai la satisfaction de pouvoir t’annoncer enfin, qu’à l’aide du perfectionnement de mes procédés je suis parvenu à obtenir un point de vue tel que je pouvais le désirer (…) L’image des objets s’y trouve représentée avec une netteté, une fidélité étonnantes, jusque dans ses moindres détails, et avec leurs nuances les plus délicates.  »
Nicéphore Niépce

«  Messieurs, je viens vous annoncer une bonne nouvelle  : la voix humaine s’écrit elle-même.  »
Édouard-Léon Scott de Martinville

En capturant l’image et en reproduisant le son, les inventeurs de la photographie et de la phonographie ont changé le monde. N’ont-ils pas pris le risque, aussi, de ressusciter les morts  ? Sinon, par quel maléfice Nicéphore Niépce et Scott de Martinville ont-ils été privés de la gloire et de la fortune qui leur étaient promises  ?
C’est le mystère de cet empêchement, caché dans leurs vies intimes, que dévoile ce roman.

Extrait:

 

Sic itur ad astra. Nous irons ainsi jusqu’aux astres, promettent les frères Montgolfier après avoir fait monter leur ballon à un kilomètre de hauteur.

Pour cet exploit, ils reçoivent le titre de chevalier.

Ils font monter un canard, un coq, un mouton, et tous reviennent vivants de ce voyage dans l’espace. Le 21 novembre 1783, ils demandent à Jean-François Pilâtre de Rozier d’être leur cobaye. Le valet de madame la comtesse de Provence, par ailleurs grand chimiste et expérimentateur de premier plan, n’attendait que ça : il saute dans la nacelle et trépigne :

— Envoyez-moi au ciel, messieurs !

Mais le marquis François Laurent d’Arlandes de Salton veut en être, lui aussi. On ne peut pas le lui refuser.

Les voilà tous les deux prêts à décoller. Et c’est parti, ils montent, ils sont heureux, ils sont les premiers. Il n’est pas de science, pas de progrès sans cette obsession d’être le premier.

À deux cents mètres de hauteur, ils n’entendent plus les cris de la foule venue assister au miracle. Et oui : s’ils rencontraient Dieu, au-delà des nuages ? Pensez-y.

À cinq cents mètres d’altitude, ils n’ont plus le vertige, ils voient le monde différemment.

Le problème, c’est pour redescendre : on ne sait jamais où on atterrit. Le ballon monte, le vent l’emporte, mais où il veut.

— Nous allons les rendre dirigeables, annoncent les frères Montgolfier. Donnez-nous juste un peu de temps, et de l’argent.

C’est toujours pareil avec l’argent, on en réclame, et rien ne vient.

Mais Pilâtre de Rozier a vraiment trop envie de remettre ça. Il se croit plus malin que les frères Montgolfier et capable de se battre contre les vents pour traverser la Manche. Il monte dans son ballon avec son ami le physicien Pierre-Ange Romain. Les vents renvoient les deux aéronautes sur la côte, violemment, de telle sorte que le ballon s’écrase. Ils meurent tous les deux.

Les Montgolfier n’y sont pour rien, mais la réputation du vol habité est à jamais compromise. Ils abandonnent définitivement le projet de ballon dirigeable pour se consacrer à d’autres inventions.

La mode passe, le regret demeure. L’idée persiste. Elle germe dans l’esprit du baron Auguste Toussaint Scott de Martinville, capitaine de dragons. Il y met toute sa science, son temps, son honneur, et à la fin du mois de février 1789, il publie un ouvrage intitulé Aérostat dirigeable à volonté.

Dédié aux frères Montgolfier, ce petit livre est orné de deux gravures qui présentent le projet : un immense poisson volant avec des rames en guise de nageoires, actionnées par un moteur à gaz, le tout commandé par un gouvernail permettant de virer à droite et à gauche. Tout y est calculé en détail, et de façon suffisamment convaincante pour attirer autant les scientifiques que les banquiers, autant les artistes que les militaires.

Les propositions de crédits affluent aux pieds de l’inventeur : à la fin du printemps, tout est prêt, il n’a plus qu’à construire le prototype du premier aérostat dirigeable, et on pourra bientôt traverser la Manche par les airs.

La nuit du 4 août dégonfle en quelques heures le rêve du baron Scott. De tous ses privilèges abolis, il ne lui reste qu’un bel ouvrage relié dans sa peau de chagrin.

Les Scott de Martinville possèdent aussi un château, des terres en Bretagne, des rentes et des privilèges, difficile de connaître l’étendue de leur fortune, car la Révolution va détruire jusqu’aux traces de ses propres entreprises de destruction.

Paru le 22/08/2018 chez Grasset.