La poésie de Jean Orizet Anthologie thématique

A lire en silence et sans empressement….

Encres et Paroles

Le poète, affirme François de Malherbe, est un « excellent arrangeur de syllabes ». On peut partager cette opinion. On peut aussi l’enrichir en ajoutant que l’excellent arrangeur de syllabes doit offrir au lecteur davantage qu’un travail bien fait. Le devoir du poète n’est-il pas de construire des tremplins, des envols vers d’insoupçonnés cosmos, des éthers où, selon Baudelaire, l’esprit « se [meut] avec agilité », et « comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde […], [sillonne] gaiement l’immensité profonde, avec une indicible et mâle volupté » ?

 

Tout poète, pour tenir cette gageure, doit d’abord se construire un atelier personnel, secret, intime, un lieu inviolable où seront disponibles à n’importe quelle heure du jour et de la nuit, sous quelque latitude que ce soit, les outils qu’il se sera confectionnés pour négocier avec le mystère du monde quelque joyau de l’invisible, de l’indicible : le poème.

D’emblée, ce visiteur, qui n’est autre que son lecteur, se sent accueilli, admis…

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Tu vivras tant qu’on t’aimera/ Reggiani

Comment faire pour traverser les océans
Pour que pendant longtemps, longtemps
On t’aime encore, on t’aime autant
Comment faire pour mériter un long amour
Pour qu’on se rappelle toujours
Que tu as existé un jour
Cela dépend de toi
D’être éternel ou pas…
La fin du monde, et pourquoi
Si tu as su te faire aimer de ci et de là
Des Noirs, des Bleus, des Rouges, et caetera
Tu vivras tant qu’on t’aimera, qu’on t’aimera
Tant qu’une femme parlera
Tant que quelqu’un se souviendra
Du seul nom de toi
Une petite flamme s’allumera
Tu vivras tant qu’on t’aimera
Qu’on t’aimera
Si un jour quelqu’un te dit que je suis mort
Ne le crois pas ce croque-mort
Mais aime-moi un peu plus fort
Ton amour, j’en aurai ce jour-là besoin
Bien plus encore que de chagrins
Bien plus encore que ce matin
Cela dépend de toi
Que je survive ou pas…
La fin du monde et pourquoi
La fin de tout, de mes amours et la fin de moi
Ce n’est pas dans la tombe qu’on la verra
Je vivrai tant qu’on m’aimera
Qu’on m’aimera
Tant que ton âme chantera
Pour éclairer un souvenir
Un instant de moi
Une petite flamme s’allumera
Je vivrai tant que tu m’aimeras
Que tu vivras pour moi.

Albert Camus et Maria Casarès, Correspondance, Gallimard, Archives : la correspondance de Albert Camus et Maria Casarès 1944 à 1959 , ISBN : 2072746175, 9 /11/ 2017, audio le 14/06/2018.

Traversées, revue littéraire

Une chronique d’Alain Fleitour

Albert Camus et Maria Casarès,  Correspondance, Gallimard, Archives : la correspondance de Albert Camus et Maria Casarès 1944 à 1959 , ISBN : 2072746175,  9 /11/ 2017, audio le  14/06/2018.

Ils touchent presque le ciel, ils sont lumineux, ils dialoguent, se conjuguent, et de leur rencontre émerge une correspondance d’une beauté et d’une profondeur foudroyante.
Albert Camus et Maria Casarès dans le silence de leurs séparations écrivent une prose inouïe par la qualité littéraire mise à nue.

C’est un monument de 1300 pages, aux signes serrés, de plus de 40 lignes par page. Comment résumer un tel livre? J’ai pris l’option de m’appuyer sur des passages qui font revivre, les acteurs de cette correspondance.

Mais, quand le rideau tombe fin décembre 1959, ce sont nos pleurs qui froissent le papier. L’inacceptable est arrivé au plus grand écrivain du XX ème siècle. Tout se dit et s’écrit sous…

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L’Epoque 2019/ 20: La Ville.

Voici « « La Ville » » vingtième de cette nouvelle Epoque 2019 avec le peintre Niala.

C’est un travail à quatre mains , merci d’en tenir compte dans vos commentaires et vos « likes ».

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L’EPOQUE 2019/20

« LA VILLE »
Niala
Acrylique s/toile 65×54
Encadré : 850,00 €

Dans le matin des grandes villes

Mon amour la peau des mains

Promène l’anse du chagrin à bout de bras.

Le long du grand boulevard volubile

Qui surplombe la tranchée j’observe le gazon bête

De nos âmes germinées et l’arbre grandi en une seule nuit se reflète

Dans les yeux des passants et sur le cours de leur vie.

J’entends mon amour le ressac de leur esprit

Dans l’épaisse muqueuse de leur absence.

Des parcs joyeux comme de vastes prairies

Caressent la morosité morveuse de l’enfance

Comme ils caresseraient la proximité d’un bois.

De cet amalgame froissé sous un ciel bas pourtant

La vie s’accroche au sourire clair du chaland

Et le marchand de son manteau extirpe une main preste.

Alors partout la petite musique devient geste.

La roue trimbale la charrette de mots à la volée

Et le goût du pain engendre des lendemains

Qui repoussent plus loin l’exiguïté de soi.

 

 

Au vélo d’un instant doré

Adossé à l’étale

Je t’aperçois.

 

 

Barbara Auzou.

Jacques Bertin/ Luc Bérimont: Je t’attends aux grilles des routes.

Je t’attends aux grilles des routes
Aux croisées du vent du sommeil
Je crie ton nom du fond des soutes
Des marécages sans oiseaux

Du fond de ce désert de fonte
Où je pose un à un mes pas
J’attends la source de tes bras
De tes cheveux de ton haleine

J’attends la source de tes bras
De tes cheveux de ton haleine
Tu es terrible tu m’enchaînes
Tu me dévastes tu me fais

Je t’attends comme la forêt
Inextricable enchevêtrée
Tissée de renards et de geais
Mais que le matin fait chanter.