Les Mots-Peints: La Mémoire des Muses 9

Voici ma douzième collaboration avec le peintre Niala.

LA MEMOIRE DES MUSES 9 – 2016 – NIALA
Acrylique s/toile 41×27

 

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Le monde s’écroulait chagrin

Dans ses doutes jaunes.

Et la persistance de ses papiers de suie

Qui pavaient des lendemains

Au tamis d’un tapis tissé brun

Laissait le corps fragmenté et la gorge aphone

A la râpe sèche de son lin.

 

Tant de saisons noyées dans le lit d’anciennes sources

Masse de sang arrêtée à la veine paresseuse du temps.

Ondulations

Et vertiges verts du souvenir

Accrochés aux toits du monde comme du linge de maison.

 

 

Dans ce trop peu de ciel

Il fallut bien consentir

À perdre

Pour regagner

Des matins clairs foulés

À la bride des sabots de printemps

Battant la mesure au jardin surpris

Si avide d’éternel.

 

 

Et qu’opposer à l’asphyxie

Sinon la secrète alliance

La paupière d’écume à la hanche

Et l’étreinte rapprochée du redouté sablier

Au ventre d’un matin sur territoire conquis ?

 

 

Et le vivant règne sur le vécu

Comme un défi

 

Que le vent bat joyeusement.

 

 

 

Barbara Auzou.

Rimbaud à travers les dessins de Verlaine.

Un court documentaire dans lequel Yves Peyré, directeur de la Bibliothèque littéraire Jacques Peyré, présente un fond de dix-neuf dessins que les proches du poète s’échangèrent, entre 1873 et 1877, avant son départ pour l’Afrique. Un documentaire intitulé ‘Prélude au grand départ’, réalisé par Micheline Paintault, en 2006, pour SCÉRÉN-CNDP.

19mn.

Persistance du soleil.

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Et déjà à la bouche du soleil

on voyait que le temps avait passé

et qu’à la charpente de son corps de crevasses

le vermeil était depuis longtemps asphyxié

de poussières parsemées de noires souches

sans cri sans douleur au bois et sans retouche.

 

Comment aurions- nous pu alors ignorer

ce qui  frappait  à sa porte farouche

quand l’herbe brûlait à la lèvre blessée

et au talon nu du songe

sinon l’or sombre et cadencé de la voix

à l’aube accordée pour qu’il prolonge

l’envol des oiseaux de la mémoire

et l’intimidante protection des miroirs?

 

Mai, un matin de terre

à faire bon usage du lendemain et de son teint clair.

 

Et je reste à ce jour sans nouvelle des nuages.

 

 

Barbara Auzou.

 

 

A notre mesure…

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Nous étions de retour

et à l’herbe de notre regard

nous délimitions nos parcelles alentour

pour établir notre lieu rare

dans la faille du temps

comme des flèches d’eau vive

à l’acier d’un ciel trop lourd.

 

Nous avions retrouvé notre visage

évanoui dans de trop pâles images

et nous le vengions de son profil dur

en bâtissant de nos mains

une maison à notre mesure.

 

Complices encore au coeur des signes

comme un battement d’aile saugrenu

dans le vent du matin,

nous parlions bas nous parlions nu

et les champs bleus déliaient

paresseusement au renouveau de nos yeux

leurs grands corps de lin.

 

 

Barbara Auzou.

Matinale.

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La poésie ne cherche pas de preuve.

Elle s’établit en son endroit.

Elle est présence aux pores de plénitude

et pénètre dans l’été bien avant la saison

forçant le seuil clair de son épaule de sang

pour prendre sens dans la hanche triste des rêves

 

Comme une évidence nue au tremblé de la voix.

 

 

Barbara Auzou.

Marceline Desbordes-Valmore: la transparence d’une voix, une émission France Culture.

Émission « Une Vie, une Œuvre », par Marie-Christine Navarro, diffusée le 9 mars 1995 sur France Culture. Invités : Marc Bertrand, Christine Plante, Patrick Laupin, Francis Ambriere, Monique Mestayer, Michèle Demarcy, Jocelyne Godard, Georges Emmanuel Clancier, Françoise Maligand et Georges Dottin.

Un peu en avance sur le jour.

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Je vais

un peu en avance sur le jour

enfuie au matin du monde

effacer comme on rature

la griffe et la morsure

puis la ronce en préambule

de tous les bouquets lancés

aux souliers de fausses rondes.

 

Je vais

apaisée pétrir les mots

et par eux l’absence et sa longue traversée

entre l’énigme et le fardeau

puis étreindre des mains fiévreuses

qui se tendent infirmes vers la beauté.

 

La mémoire est un membre

gonflé de nuits immatérielles.

Rien ne naîtra plus de son grand corps de cendres.

Alors je vais hélant l’hirondelle

 

sûre de pourvoir aux prémices de son chant.

 

 

Barbara Auzou.

 

S’il faut partir…

J’ai donc écrit avec avec les élèves.

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S’il faut partir

Que ce ne soit pas

comme on glisse

de la pente d’un toit

en oubliant l’horizon

que l’on embrassait d’un seul regard

mais dans sa bienveillance complice

qui rétrécit le cadre de la route

à la rosée de notre envie

et à la ride de la terre sèche

qui boit à la coupe

les gouttes d’un soleil rare.

 

Le plus simple est aussi le plus secret

et nous portons gravement la responsabilité

de ce paradoxe que nous confions

d’un même mouvement

à l’exubérance de l’herbe folle

et à l’apaisement de la sauge.

 

 

Barbara Auzou.