Regard intemporel / Une sculpture de Francine Hamelin accompagnée de mon poème

Regard intemporel / Francine Hamelin

Et Francine Hamelin c’est ici

https://lenversdesjours.wordpress.com/2021/06/19/regard-intemporel-avec-la-poesie-de-barbara-auzou/

un peu d’écume

dans la mémoire d’un coquillage

et mon âme à brûler

dans les bosses de la main

voilà ma part et je ne veux rien emporter

rien qui ne soit taraudé par les embruns

un bonheur assumé lavé de nuits

et d’indigences

la piste qui se perd follement profonde

follement légère

dans la patine de la pierre

et puis celle du silence

la lumière respire là où elle peut

nous enroule au cou de vivants colliers

avais-tu remarqué comme le vent noir

des yeux toujours reste aux marches du bleu

et comme on est en retard sur le rouleau

des temps

qui ignore les rivages par mer courroucée

toute célébration cellulaire pourtant

draine dans ses chairs avec l’absence

de pacifiques et puissants chars de liberté

 

Barbara Auzou.

Le temps de vivre CLXXI

il faut tant de temps

pour prendre pleinement

l’empreinte d’un visage

son buisson de jubilation

son balancement secret

et le creuset de la fleur

dans le sourire sans

en dérober son vol

et je préfère rire

et me coucher

sur les longues théories

des gens pressés

la maison toute blessée

de leur fenêtre inquiète

où se cogne un oiseau sec

 

Barbara Auzou.

Le courant des perspectives

Madère / Portugal

Photo de Patrick Laforet © – 

c’est à peine une île

davantage un jardin

un cachot de fleurs vives

ouvert sur son printemps

à serrer contre sa peau

pour prétendre à la vie

bleue si soudainement

que l’avenir est aux sources

aux essaims au chant ravi

dans la guêpe du sang

et l’envoûtement qui dure

renverse le courant des perspectives

sur la pleine mer tire des chairs

de beau temps et d’hortensias

quand de profil je te tiens

sur le jour le plus haut

je sais qu’une épaule peut faire

son nid sur l’arbre du voyageur

qu’une saudade tremblant légère

peut investir tes yeux d’eaux

bien plus durablement que moi

Barbara Auzou.

Opposer ton chant / Reprise 2020

opposer ton chant

Ce que l’on aura fait de nos vies

restera visible de nous seuls

quand bien même l’analyse patiente

quand bien même le miroir double des yeux

Viens en pente douce opposer ton chant

aux subtiles théories viens tant que l’eau

du rêve n’a pas été troublée dans nos bouches

par l’idée du temps  et ses bleus accumulés

 

Barbara Auzou.

Mer / Sophia de Mello Breyner Andresen / Anthologie de la poésie portugaise contemporaine / Traduit par Robert Bréchon

Parmi tous les lieux du monde
J’aime de l’amour le plus fort et le plus profond
Cette plage extasiée et nue,
Où je me fonds à la mer, au vent et à la lune.

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Je sens la terre les arbres et le vent
Que le printemps gonfle de parfums
Mais en eux je ne désire je ne recherche
Que l’exhalaison sauvage de la houle
Montant vers les autres comme un cri pur.

Sophia de Mello Breyner Andresen

Le Baiser XIX

Le Baiser / Constantin Brancusi

voici l’inclinaison promise

et la matière-émotion de nos bouches

nous reprend à la rampe du rosier

dépossédée de bleu

au fleuve limpide qui descend

comme un nuage en chute libre

tombant dans la texture subtile

du monde éprouverait la fidélité

de sa trajectoire et les mains apaisées

de sa chute

Barbara Auzou.

Dans un coin de l’indicible

Parc national des prairies / Saskatchewan / Canada

tu m’entretiens d’un monde prospère

où la terre s’arpente en mottes de ciels bleus

où le moyeu fragile du cœur

répare son sang musicien en donnant

le plein pouvoir aux prairies

et le cœur a des raisons secrètes

belles comme un fouillis d’anémones

que les coteaux auraient caressé

un oiseau s’endort dans l’armoise argentée

qui s’y prête en souriant

se disant qu’il est modeste et beau

d’être un corps ensemble

et parce que je te tiens très au -dessus

des mots

parfois je tremble

au soir avec la buse rouillleuse

un sac d’étoiles sur les épaules

je monte la garde

dans ce coin de l’indicible

 

Barbara Auzou.

Quatre poèmes d’amour à Hélène / René-Guy Cadou

Je t’attendais ainsi qu’on attend les navires
Dans les années de sécheresse quand le blé
Ne monte pas plus haut qu’une oreille dans l’herbe
Qui écoute apeurée la grande voix du temps

Je t’attendais et tous les quais toutes les routes
Ont retenti du pas brûlant qui s’en allait
Vers toi que je portais déjà sur mes épaules
Comme une douce pluie qui ne sèche jamais

Tu ne remuais encore que par quelques paupières
Quelques pattes d’oiseaux dans les vitres gelées
Je ne voyais en toi que cette solitude
Qui posait ses deux mains de feuille sur mon cou

Et pourtant c’était toi dans le clair de ma vie
Ce grand tapage matinal qui m’éveillait
Tous mes oiseaux tous mes vaisseaux tous mes pays
Ces astres ces millions d’astres qui se levaient

Ah que tu parlais bien quand toutes les fenêtres
Pétillaient dans le soir ainsi qu’un vin nouveau
Quand les portes s’ouvraient sur des villes légères
Où nous allions tous deux enlacés par les rues.

Quatre poèmes d’amour à Hélène