La brûlure/Jacques Ancet

jacques ancet

tu ne sais rien et tu sais que quelque chose
t’attend c’est comme un matin plein de lumière
un silence ou un visage qui se penche
mais c’est le soleil tu ne peux pas le voir
ou cette blancheur tu marches à la rencontre
tu as un corps si léger qu’il est le monde
il y a la montagne comme une main
l’air qui passe une colline de fraîcheur
il y a dans chaque mot une brûlure
et tu dis tu es cet air cette colline
tu es la vie contre la mort tu me brûles
je n’écris pas pour demain pour dans cent ans
mais pour maintenant pour que le oui traverse
le non que le non soit la force du oui

La puissance de la simplicité

la puissance de la simplicité

Est-ce parce que

L’on regardait les vies

Assemblées restées en voyage

Chacune de leur côté

Que nous vint l’envie

D’arracher l’exacte présence

Aux tristes coutumes d’ici

Et finalement redessiner

Ce réel saumâtre avec la chair

Extravagante?

Sur mon visage d’herbes nues

Et tremblantes il n’est plus l’heure de rien

Sinon d’un autrement hautement têtu

Dont la main matérielle se souvient

Comme du retour opiniâtre des hirondelles

 

 

Barbara Auzou.

 

 

C’est presque rien

C'est presque rien

Dans un monde que les autres leur créent

Et qui s’érode sur les ruines du goût partout

Partout des enfants fous éteignent leur frousse

En briguant le mandat du feu

Je caresse la pierre chaude de leur tête un peu

Sans espoir de succès

Seulement parce que c’est mon métier

Et pour qu’ils ne voient pas la mandoline

Que je cache sous le bras du lendemain

Dans le règne du Tout-Se-Vaut je lâche

Mes oiseaux et mon émoi pour convoquer

La fin de l’exode et le retour d’une vie rêvée

Avec des yeux épais au bout de doigts fins

 

Barbara Auzou.

Protège-moi de la naissance de l’aube

 

protege moi de la naissance de l'aube

Protège-moi des brusques syncopes

Et du balbutiement de tout qui président

À la naissance de l’aube par les seules syllabes interlopes

Et entêtées qui font le musc de mon prénom le parfum intrépide

De l’herbe nue et de la roquette languide du  sourire à mon genou

Fais une incandescence poivrée perpétuée contre le vide

Pour que j’écope le superflu jusqu’ à l’insolence du jardin

 

 

Barbara Auzou.

 

 

Italie/ Giuseppe Ungaretti

ungaretti

Italie

Je suis un poète
Un cri unanime
Je suis un grumeau de rêves

Je suis un fruit
d’innombrables contrastes de greffes
mûri dans une serre

Mais ton peuple est porté
par la même terre
qui me porte
Italie

Et dans cet uniforme
d’un de tes soldats
je me repose
comme s’il était le berceau
de mon père

 

Italia

Sono un poeta
un grido unanime
sono un grumo di sogni

Sono un frutto
d’innumerevoli contrasti d’innesti
maturato in una serra

Ma il tuo popolo è portato
dalla stessa terra
che mi porta
Italia

E in questa uniforme
di tuo soldato
mi riposo
come fosse la culla
di mio padre

De cet amour ardent je reste émerveillée/André Chedid

andre chedid

Je reste émerveillée
Du clapotis de l’eau
Des oiseaux gazouilleurs
Ces bonheurs de la terre
Je reste émerveillée
D’un amour
Invincible
Toujours présent

Je reste émerveillée
De cet amour
Ardent
Qui ne craint
Ni le torrent du temps
Ni l’hécatombe
Des jours accumulés

Dans mon miroir
Défraîchi
Je me souris encore
Je reste émerveillée
Rien n’y fait
L’amour s’est implanté
Une fois
Pour toutes.
De cet amour ardent je reste émerveillée.

Andrée Chedid

Poème offert par Andrée Chedid au Printemps des poètes 2007