Dessin dans le ciel/Reggiani

 

Si vous voulez savoir où je suis
Comment me trouver, où j’habite
C’est pas compliqué
J’ai qu’à vous faire un dessin
Vous n’pouvez pas vous tromper
Quand vous entrez dans la galaxie
Vous prenez tout droit entre Vénus et Mars
Vous évitez Saturne, vous contournez Pluton
Vous laissez la Lune à votre droite
Vous n’pouvez pas vous tromper
Quand vous verrez tourner dans les grands
Terrains vagues d’espace
Des spoutniks, des machins
Des trucs satellisés
Des orbites abandonnées
La fourrière d’en haut
La ferraille du ciel
C’est déjà la banlieue
La banlieue de la planète
Où je passe le temps
Vous continuez tout droit
Là, vous verrez tourner une boule
Pleine de plaies, pleine de bosses
C’est la terre, j’y habite
Vous n’pouvez pas vous tromper
Vous vous laissez glisser le long du Groënland
Qui fait froid dans l’dos
Attention! Ça dérape…
Vous prenez à gauche par la mer du Nord
Et puis à droite par la Manche
Et là, vous verrez un machin
Qui ressemble à la tête d’un bonhomme
En forme d’hexagone
Avec un très grand nez
Un nez qui n’en finit plus
Un nez qui respire la mer
Un nez, un nez en forme de Finistère
C’est la France, j’y habite
Vous ne pourrez pas vous tromper
Vous continuez tout droit
Jusqu’à un fleuve blond
Qui s’appelle la Loire
Les yeux couleur de sable
Vous le prenez à gauche
Et puis à droite, et puis tout droit
Et quand vous êtes là
Quand vous êtes là
Demandez la maison
Tout l’monde nous connaît
Vous n’pouvez pas vous tromper
Elle a les yeux comme ceci
Et les cheveux comme cela
Il y a sa bouche qui est là
Et son sourire juste au coin
Elle est toujours là où je suis
Je suis toujours là où elle est
Elle est la lampe, elle est l’horloge
Mon feu de braise, mon lieu-dit
Elle est ma maison, mon logis
Et de toute façon quand vous aurez vu son sourire
Vous ne pourrez pas vous tromper

Éternels fiancés, les mots

eternels fiancés

Éternels fiancés d’enfance parfumée

les mots manquent ballons gonflés

bleus hauts battant des ailes

dans un soleil majeur

Combien de terrains faut-il regagner

pour surprendre le silence un matin

dans sa première dentelle

son horizon affamé où s’habitue

la joie avec son sang muet et ses fleurs?

 

Barbara Auzou.

Le verbe rouge

verbe rouge

Le verbe rouge pour que mon sang te marque

J’ai vu bouger tant de lèvres Parlaient-elles

Quand elles disaient les pierres et leur pouvoir de chagrin

Parlaient-elles avec leurs fruits pillés à nos rêves

Savaient-elles que quelque chose vient

Qui n’était pas annoncé Qu’il est l’heure des vergers

Et des oiseaux à emmener plus loin dans leur chant

Jusqu’au vent enfin nommé dans le recul du chaos?

 

Barbara Auzou.

Les couturiers

les couturiers

Allons recoudre doucement les tissus

De cette mappemonde singulière

Facilement oublieuse des défaites

Jusqu’à lui faire une cuirasse bien articulée

Sous une constellation de marguerites effrontées

Rappeler la fête dans nos veines d’un bleu profond

Avec tout ce sang vivant qu’on évite

M’ennuient les trop sobres aspirations

Et les précaires saisons d’avant les nids

Qui plantent des épingles dans ma ronde nature

 

Barbara Auzou.

Lettre quatorzième

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Je t’écris

Et la plainte pourtant si rebelle à nos usages sillonne la vallée sans préavis et voudrait faire le jeu d’une autre vérité

Mais la vérité n’est que de passage et ce qui semble durer éternellement sera bientôt la harpe brève d’un printemps dans laquelle nous soufflerons

En attendant, tu ne sera pas surpris, le voisin privé de ballon tourne en rond sur sa conscience dans la brèche du plein midi et gagne chaque jour du terrain sur l’araignée et son filet

 

Barbara Auzou.

A celle qui est trop gaie/ Baudelaire/Léo Ferré

 

Ta tête, ton geste, ton air
Sont beaux comm’ un beau paysage ;
Le rire joue en ton visage
Comme un vent frais dans le ciel clair.
Le passant chagrin que tu frôles
Est ébloui par la santé
Qui jaillit comme une clarté
de tes bras et de tes épaules.
Les retentissantes couleurs
Dont tu parsèmes tes toilettes
Jettent dans l’esprit des poètes
L’image d’un ballet de fleurs.
Ces robes folles sont l’emblème
De ton esprit bariolé ;
Folle dont je suis affolé,
Je te hais autant que je t’aime !
Quelquefois dans un beau jardin
Où je traînais mon atonie
J’ai senti, comme une ironie,
Le soleil déchirer mon sein ;
Et le printemps et la verdure
Ont tant humilié mon coeur,
Que j’ai puni sur une fleur
L’insolence de la Nature.
Ainsi, je voudrais, une nuit,
Quand l’heure des voluptés sonne,
Vers les trésors de ta personne,
Comme un lâche, ramper sans bruit,
Pour châtier ta chair joyeuse,
Pour meurtrir ton sein pardonné,
Et faire à ton flanc étonné
Une blessure large et creuse,
Et vertigineuse douceur !
A travers ces lèvres nouvelles,
Plus éclatantes et plus belles,
T’infuser mon venin, ma soeur !

L’EPOQUE 2020/8: ESPACE

Après les Époques 2018 et 2019, voici le huitième de cette nouvelle Époque 2020 avec le peintre Niala : ESPACE  . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

Espace

L’EPOQUE 2020/8

« Espace »
Niala
Acrylique s/toile 61×46

Je n’ai pas toujours su étonner l’oiseau

Qui comblait le vide de mes pensées

Et à peine éclose de son absence

J’écrivais aux bernaches

Pour que l’on m’arrache d’un temps

Qui me mangeait

Et me faisait vivre de profil

Dans les trouées décisives et nues

Des raisons d’être

Loin tellement loin des roses

 

Alors je lui réclamais l’espace

Et la nécessité des mains

Que je lui abandonnais

Donnait naissance à des fenêtres

À des maisons

Qui deviendraient loin des villes

La matière amoureuse que l’on pénètre

L’haleine doucement chantante d’une vie facile

 

Barbara Auzou.

Tes soleils furieux

tes soleils furieux

J’aurais assez

De la varlope de mon amour

Pour adoucir tes soleils furieux

Qui sonnent à grands coups

Quand ils refusent de se noyer

Dans le glossaire marécageux

Des jours et je demande à la mer

De te lécher les yeux un peu

Pour nettoyer l’altière ortie

De tes instincts Je contredirai

Et je provoquerai demain

Tes croyances suspectes

Me faisant lyrique

Remontant le chemin douloureux

Pour pacifier le matin

De son aube désabusée

Jusqu’à la bienvenue

 

Barbara Auzou.

L’oiseau d’aube

l'oiseau d'aube

Sa voix tutélaire contre la quille de l’horizon

Mon oiseau d’aube exerce sur moi sa haute surveillance

Me donne la vie pour nom  couche ses parfums

De femmes sur mes genoux comme un défi une prière

Et me recoud

Dans ma propre cérémonie du matin sa première mer

Est un pansement qui tombe droit sur un temps incroyablement fou

Et toujours en avance

 

Barbara Auzou.

Lettre treizième

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Je t’écris

Je suis sortie ce matin coiffée d’une plume solaire et d’un masque pour la bile

première nécessité brèche entre les cœurs et les corps fébriles

J’ai échangé des signes avec des des visages muets dont la vie se déroule ailleurs

Il s’échappait d’eux le souvenir ému d’avoir aimé une fleur sans slogan mais éternelle

Poussent sur l’état de guerre des destins d’hirondelles que l’on fauchera sans regret le moment venu

 

Barbara Auzou.