Sans titre/ Claude Vaillant

claude vaillant

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Et déjà

la nuit craque

et les ombres

se fendent.

Bientôt je blottirai

le soleil dans mes paumes,

pour éclairer la force

et le défi

d’un homme

qui pénètre

vivant

dans sa propre légende.

 

 

Dans l’incendie tout a brûlé

Claude Vaillant nait en 1924 à Ronchin (Nord) de parents belges.
Claude Vaillant est l’auteur d’une œuvre poétique marquée par la puissance, la joie de vivre, l’amour, l’érotisme, la révolte, le style et le constant renouvellement de son écriture. Il fait partie de l’École de Rochefort créée par Jean Bouhier et Jean Rousselot.
Son recueil « Seconde naissance » lui vaut le prix Voronca en 1972. Il obtient le prix François Villon en 1973 avec « Hôte et lieu du délire ».

 

L’EPOQUE 2020/20: LES BAIGNEURS 2

Après les Époques 2018 et 2019, voici le vingtième de cette nouvelle Époque 2020 avec le peintre Niala : LES BAIGNEURS 2 . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

les baigneurs 2

L’EPOQUE 2020/20
« Les baigneurs 2 »
Niala
Acrylique s/toile 61×50

 

 

Jamais on ne marchandera la mer son sel roux

Je te maintiendrai bien au-dessus du mot son 

Aérienne inconstance son cielleux bestiaire

Et s’il le faut même bien au-dessus de Nous

De Charybde en Scylla  l’injonction

À être heureux est un galet plat

Qui ne ricoche que quand on a l’âme au travers des yeux 

Et s’il faut remercier la vie on le fera

Comme des oiseaux sauvages 

Engendrés par sa bonté imprévue

Sa tardive récompense  nous serons

Si peu surpris de notre propre délestage

Que nous attendrons

Les monstres debout

 

Barbara Auzou.

 

À ciel ouvert/ Poème issu du recueil Menthes-Friches

ici

Capture premiere de couverture menthes friches

Mes armes tes liens

et le vieux visage avide de la peur

pendent en lambeaux

à la lèvre fendue du murmure.

Sur les dentelles coupantes d’un ciel ouvert

gisent les derniers remparts de douleurs

et le soleil cherche son ciel au fond d’un seau.

 

Se parler et soudain ne pas exclure

qu’au trait sévère et droit de la lumière

mon impatience ton calme

lointains et proches ne s’accordent

à tailler sur le jour une encoche,

un territoire de pieds sûrs

qui martèlent au sol les chimères

de nos danses anciennes

et de nos enfances à la corde,

l’empreinte des bouches pressées de mordre.

 

 

Barbara Auzou.

L’EPOQUE 2020/19: LES BAIGNEURS 1

Après les Époques 2018 et 2019, voici le dix-neuvième de cette nouvelle Époque 2020 avec le peintre Niala : LES BAIGNEURS 1 . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

les baigneurs 1

L’EPOQUE 2020/19

« Les baigneurs 1 »
Niala
Acrylique s/toile 35×24

Vivre 

Est autre chose disais-tu

Que notre propre nuit

transpercée d’un fanal

Qui s’éteint perdu

Dans les premières brumes du matin

Et la mort n’a rien de littéraire

Elle est la mort elle emporte nos désirs déçus

Il faudra tuer la bête et sa démarche de rose fatale

Coutumière d’une chasse étrangère à la vie

Où l’âme découche

Il y a à la bouche des terriers humides

Qui boivent le retour des années

Et remettent au bain l’épine rose du sein

Viens

Au plus près accordée

Enfanter des mers

Baigner l’enfant serein

Dans le grand secret 

De nos visages enfin lavés

De leur fièvre

 

 

 

Barbara Auzou.

 

Ce que je voulais toujours avec toi/ Guy Goffette

guy goffette
Ce que je voulais toujours avec toi, c’est partir
et que la terre recommence

sous un autre jour, avec une herbe encore nubile,
un soleil qui n’appuie pas trop

sur le cœur et puis du bleu tout autour comme
un chagrin qui se serait lavé

les yeux dans un reste d’enfance, et que le temps
s’arrête comme quand tout

allait de soi, tout, quand partir n’était encore
qu’une autre façon de rester

comme l’eau dans la rivière, les mots dans le poème
et moi, toujours en partance

entre l’encre et les étoiles, à rebrousser sans fin
le chemin de tes larmes.

 

Petits riens pour jours absolus, Gallimard 2016

On habite sa saison

Dans mon jardin au matin…(Rosier « Barbara », la chanteuse)

mes roses

La rose est précise le sait-elle au moins

ou pousse-t-elle caressée par la main

d’une ignorance éblouie

et c’est comme si l’on mourait

de ce que l’on obtient

On habite sa saison

dont la nuit est une défaillance

et le matin une jarre dont il serait

imprudent d’éventer le secret tout de suite

 

Barbara Auzou.

 

La main verte

la main verte

Ne ris pas

Il s’agit d’une affaire haute et violente

ce qui peut mourir là entre les cinéraires

et le lobelia  ce sont les rêves que nous embrassions

 nous trouvions entre nos langues un peu de terre

celle qui a assez de culot pour se laisser pousser une maison

sur le pli adultère  un oranger domestique au fond de la gorge

et c’est vertige unique que l’inclination d’une nuque sur la violette

du quotidien

Aussi je te prierai de poser sur moi chaque matin une main verte

en parfum de tête la diane doucement poignante du destin *

 

Barbara Auzou.

 

*Vers extrait du poème Les chiens qui rêvent  de René-Guy Cadou.

 

Callipyge/ Poème extrait du recueil Menthes-Friches

Capture premiere de couverture menthes friches

La pomme de mon enfance

me remonte au gosier en haute-voltige

là où des oiseaux d’osier en nombre

se balancent

mauves

entre des arbres familiers des ombres

et des statues de marbre callipyges

 

Les feuilles alors étaient folles de nous

et les herbes s’acharnaient à nos genoux

 

Il me semble aujourd’hui que les roses

se sont tassées sur leur tige

et ne regardent plus en face le jardinier

venu sans sa femme les décapiter

 

Barbara Auzou.

 

callipyge