Présence .

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Qui est cette voix qui murmure en volets de nuit,

s’attache à la bête craintive de mon pas

et partout la suit?

De quel éclat trompeur a t-elle émue le seuil

et séduit la gardienne des clés

avare de son logis?

Combien de mots dédiés à la douleur du dire

a t-elle accroché à mon épaule affligée

pour repartir tellement extérieure

à tout ce qui demeure

délaissant la timidité des murs idiots

rompus à dessiner le parc clos

qui rassure les corps?

 

À peine tue, j’ai craint de ne plus l’entendre encore.

Seuls restent quelques brins de souffle

que je tiens serrés quand je dors.

 

 

Barbara Auzou.

 

Une pluie de livres, un vrai déluge…

téléchargement (26)Nous sommes des gens très tolérants avec les idées.nous les rangeons dans les livres et nous rangeons les livres dans nos bibliothèques. Nous n’accordons tous nos soins qu’à la vie, au bel oiseau de la vie.Les idées ne nous dérangent pas plus que les oiseaux empaillés. Nous laissons ceux qui le souhaitent en faire la collection. c’est une manie bien innocente. Bien sûr on a beaucoup écrit, beaucoup fait pleurer le mot amour sur le doux papier blanc.Bien sûr. Ecrire n’est pas dire , comme vous le savez.

C’était il y a longtemps. Une pluie de livres, un vrai déluge.

Christian Bobin, L’autre visage.

Vieux cheval andalou.

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Pour J.

 

Vieux cheval andalou

trottant en territoire étranger

l’oeil rond de te trouver ainsi

étonné

Quoi? la fin déjà

qui distille le souffle

au compte-goutte

et au poumon fou;

la bride au front des routes

et le bois des membres

frottant la terre désamorcée?

 

Quoi déjà les sentiers impérieux

aux sombres desseins

et la charge rude

à la selle des lendemains,

à l’oxygène de l’asphalte

et au simulacre de la course?

 

Il se fait tard

et ton sang-cobalt pince

maladroitement la guitare.

 

Entends à ton trot à ton pas

partout chanter Lorca:

¿ qué luna recogerià

Tu dolor de cal y adelfa?

Tierra de luz

Cielo de tierra.

 

 

Barbara Auzou.

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Ruines de rocaille.

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Restreints dans un espace à l’air raréfié, les mots, suffoquent au soc sectaire qui les dévore et les rejette torréfiés, en rituels délétères à la page avare.

Laborieux ouvriers rouges de rage, ils réparent  à la cage les trous du ciel avec ardeur sans laisser d’autres traces de leur passage que des ruines de rocaille qui roulent à la gorge

en désir d’improbables fleurs.

 

Barbara Auzou.

 

 

 

 

 

Grands ponts.

 

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Ô les petits ponts et les grands ponts

aux mains circonflexes de l’enfance

rompues à déshabiller l’horizon,

signaux sensibles retombant comme

une sentence à habiter notre maison ;

et bientôt au foyer la danse effrontée

des rencontres.

Celles pour avoir chaud

et les périssables comme taches à la nappe

une fois le festin fini,

les essentielles à la distance abolie

qui devinent préviennent et se rient

de la montre

et celles qui laisseraient l’inclination

d’une nuque sur le quotidien.

 

Puis viendraient à l’ourlet du matin,

d’autres voyageurs aux bagages de mots nus

qui s’évaderaient de guerre lasse

vers d’autres versants

dans un salut muet laissé

à mon seuil de silence.

 

 

Barbara Auzou.

 

Julius Baltazar par Guillevic.

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Moi, Julius baltazar,

Je suis là où je ne suis pas,

Mais où j’irai,

 

Accompagné par des fulgurances

Qui se jettent dans l’incertain

Mais que je guiderai

 

Avec l’aide bénévole du vent,

De l’eau, de pas mal de terres

 

D’un feu qui rêve lui aussi

D’atteindre le foyer originel

Où travailler sa braise.

 

Eugène Guillevic, 1989.

« La poésie sauvera le monde » par Jean-Pierre Siméon.

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« La poésie n’est pas un communiqué, elle n’informe de rien: elle interroge. »

« Nous ne sommes rien, dit le poème, que notre relation émue à l’autre, fût-il cet autre arbre ou visage. »

Jean-Pierre Siméon remplace désormais André Velter à la collection Gallimard poésie après avoir été de 2001 à 2017 le directeur du Printemps des poètes.

Je vous renvoie à l’article très complet que la revue Traversées lui consacre.

Atelier poésie: Cadavres exquis , la suite.

Les élèves ont souhaité ardemment continuer à composer des cadavres exquis ce mardi…Les voici:

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Les étoiles dansent le swing sur le coucher de marmelade. (Marie)

J’ai croisé un étranger très énergique qui tenait à la main une corde. (Bertille)

Maman lit un livre sur la classification des complexes qui éclaboussent. (Bertille)

Le gang composé d’une dizaine d’opticiens, après une dure sélection, se fait massacrer. (GwenaIs)

Outre la réunion qui nous a usurpés, ma mère a fait cuire des carottes sur la mezzanine. (Gwenaïs)

L’hécatombe de la paresse et la suie du baby-foot se sont déshydratées. (Gwenaïs)

Les esquisses du peintre fléchissaient vantées par l’odeur du Saint -Nectaire. (Capucine)

Les chevreuils purifiés par du phosphate ne reçurent pas leur solde. (Capucine)

J’ai embaumé avec du curry les grosses tentacules gluantes et humides de notre cher papy mourant. (Ronan)

Je dus franchir la douane pour assister à une scène de nudisme. Cela me donna des haut-le coeur et je m’en retournai poussif. Plus tard, j’appris que j’avais la toxoplasmose. (Domitille)

Le cocher s’étira jusqu’à la rupture des ligaments. j’en riais tellement que les larmes ruisselaient. (Domitille)

Le naufragé fut vainqueur face à l’enseignement chinois. (Zoé)

Une grande monarchie, gouvernée par un revenant cornu, avait pour seule passion de faire des mouillettes. (Gwenaïs)

Une sourdine insolente fut envoyée au pénitencier pour avoir détruit une berceuse. (Gwenaïs)

Des chasseurs en shorts garances pourchassaient des animaux détériorés de leurs sagaies à pois. (Gwenaïs)

La confidence d’un intrus sur le passeport d’un plafond triomphe sans écourter la sentence du dindon. (Jade)

Ce fut la stupeur quand on comprit que l’homologue du continent voisin se servait d’un foulard pour devenir astronaute. (Jade)

Les inattendus pomélos s’exposent en énarques réversibles. ( Jade)

La femme de Crésus eut beaucoup de difficultés à remonter son maillot sur son corps en révolution. (Domitille)

L’étable mène à un carrosse en tabatière et le percepteur n’a qu’un mannequin pour miroiter. (Jade)

Déterminé, le tourmenté coupe le minéral avec un ciseau. (Achille)

L’innocente raie du rondouillard s’agita, rejetant de facto un tract en faveur des sanitaires. (Achille)