« Eclair au repos » d’Octavio Paz

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Épendue

pierre faite du midi,

yeux entrouverts dont le blanc s’azure,

sourire mi-clos

Tu te lèves à peine et secoues ta crinière de lion

Tu t’étends

délicate veine de lave dans le rocher

éclair apaisé

tandis que tu dors je te caresse et te polis

hache svelte

flèche dont j’incendie la nuit

 

La mer combat au loin avec des épées et des plumes

 

Octavio Paz/ traduction de Jean-Clarence Lambert.

Intimes paysages

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Pour que se taisent les éloquentes promesses

je vous ai soumis mon visage

où se succèdent tous les étés

Je vous ai donné mes mains lestes

comme des furets et leurs attaches paysannes

mon bétail et les oiseaux de la gorge envolés

Sans mot dire vous y avez ajouté la mémoire de vos rivières

les grappes d’heures qui dormaient dans vos yeux ouverts

et le secret de quelques arcanes

Et l’on a vu pousser sur de grandes cordes tendues

l’équilibre de nos intimes paysages

qui fait affluer au cœur le sang nu

de jours hautement hospitaliers

 

Barbara Auzou

Ma peur Ton audace La peau

Le bateau, Salvador Dali

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Ma peur ton audace la peau

et lent entre deux sommeils

ce bateau naviguant sur ce temps fugace

qu on ne nous aura pas volé à jamais tracent

des mers d’évidence

et par quelle grâce à la faveur de quelle circonstance

tout cela tient-il comme de grands visages en place

et à la proue d’un seul et même soleil?

 

Barbara Auzou

Rêve horizontal

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Et les amours aimables et modérées avec leurs bras informes

dans les baraquements perdus sur la grève

sont recouvertes par le sable nu de sédiments

et par l’orgueil de leur solitude

Puis s’endorment sous le poids prodigieux de leur rêve

comme de grands corps échoués au désir horizontal

et si tu n’étais pas là à respirer au diapason

comme une étoile de mer confiante et étale

je jurerais que la saison nous fut fatale

 

Barbara Auzou

 

Espace sucré/ Barbara Auzou Dolce sazio/ Marcello Comittini

Ce matin, j’avais publié ce poème, puis dans un vrai moment de doute je l’ai retiré, le jugeant inabouti….

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Le regard froid des statues

resté obstinément à l’orée de l’âge

m’escamote un instant puis me restitue

aux jardins détroussés par le vent

et à l’espace sucré de l’été qui m’ingère

dans son hoquet indécent

et satisfait comme un mirage

 

Barbara Auzou

 

Et puis ce midi, j’ai reçu ce message de Marcello Comittini:

Chère Barbara,

j’ai traduit la très belle poésie que vous avez écrite ce matin, mais je ne la trouve plus.

Si vous avez l’intention de la publier à nouveau, voila ma traduction:

 

Cela m’a fait beaucoup de bien et a chassé mes doutes…C’est donc avec plaisir que je publie ici la traduction de Marcello que je salue pour sa gentillesse et sa fidélité sans faille à ma poésie…

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Dolce spazio

 

Lo sguardo freddo delle statue

rimasto ostinatamente sulla soglia del tempo (1)

mi evita per un attimo (2). Poi mi rende

ai giardini rapinati dal vento

e al dolce spazio dell’estate che mi inghiotte

con un singhiozzo osceno

e soddisfatto come un miraggio.

 

(1)J’ai traduit par « Au seuil du temps » ce que vous avez appelé « à

l’orée de l’âge »

(2)J’ai cassé la phrase en mettant un point, parce que elle semblait trop long.

 

Merci Marcello.

 » Avec toutes les pensées je suis sorti » de Paul Celan

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Avec toutes les pensées je suis sorti
hors du monde : tu étais là,
toi, ma silencieuse, mon ouverte, et —
tu nous reçus.

Qui
dit que tout est mort pour nous
quand notre œil s’éteignit ?
Tout s’éveilla, tout commença.

Grand, un soleil est venu à la nage, claires,
âme et âme lui ont fait face, nettes,
impératives, elles lui ont tu
son orbe.

Sans peine,
ton sein s’est ouvert, paisible,
un souffle est monté dans l’éther,
et ce qui s’est nué, n’était-ce pas,
n’était-ce pas forme, et sortie de nous,
n’était-ce pas
pour ainsi dire un nom ?

 

Paul CELAN
Recueil : « La Rose de personne »
Poème traduit de l’allemand par Martine Benda.

L’EPOQUE 2019/33 – « TRANSE-MIGRATION I »

Voici « TRANSE-MIGRATION I » le trente-troisième de cette nouvelle Epoque 2019 avec le peintre Niala.

C’est un travail à quatre mains , merci d’en tenir compte dans vos commentaires.

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L’EPOQUE 2019/ 33

TRANSE-MIGRATION I

Acrylique s/toile

116×81

NIALA

 

 

Au bout de notre peine escarpée

Aurions-nous un seul instant pensé

Trouver une maison qui nous dise oui aussi passionnément

Qui épouse à la fois l’écriture du vent

Et copie la tendre calligraphie des oiseaux?

D’où venions-nous avec notre esprit ardent

Et l’impulsion de la vérité qu’on portait à même le dos

Pour que notre silence habité

Cause à ce point l’étonnement

Et que la charge espiègle de notre sang

Tout entière se répande dans les vignes?

Dans les feuilles le réseau de nos nerfs comme une insigne

Ploie de longues arcades qui font les printemps

Dans le regard clair des enfants

À qui nous parlons par habitude la douce langue maternelle

Gonflée au buste d’un suc abondant

La gitane de nos matins aux bracelets énergiques

Leur souffle en secret quelque chiffre magique

Menant au sanctuaire d’une vaste quiétude

Initiée et vierge comme une marelle

 

 

Barbara Auzou