« Enterrés » de Michael Ondaatje

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Pour être enterrés en temps de guerre,
par un climat rigoureux, dans la mousson
des couteaux et des pieux.
 
Les dieux de pierre et de bronze emportés
durant une pose nocturne des combats
entre les camps endormis
passaient dans des pirogues le long de la côte
devant Kalutara.
                         Pour être enterrés
en sécurité.
 
Pour enterrer, entourées de flammes,
de massives têtes de pierre
durant les crues de la nuit.
Traînées hors d’un temple
par leurs propres prêtres,
hissées sur des palanquins,
recouvertes de boue et de paille.
Renonçant au sacré
entre eux,
par temps de crise politique
emportant dans leurs bras
la foi d’un temple.
                           Pour cacher
les gestes du Boudha.
 
Au dessus du sol, du massacre et des guerres raciales.
Un cœur réduit au silence.
La langue arrachée.
Le corps humain fusionnant avec un pneu enflammé.
La boue furieuse
qui regarde.
 
 

in « Écrits à la main » de Michael Ondaatje

 

Nationalité : Canada
Né(e) à : Colombo, Sri Lanka , le 12/09/1943
Biographie :

Michael Ondaatje est un poète, romancier, cinéaste et éditeur.

En 1954 sa famille émigre vers l’Angleterre. En 1962, il immigre au Canada et devient citoyen canadien en 1965. Il obtient un B.A. à l’Université de Toronto, puis un Master of Arts à l’Université Queen’s. En 1970, il s’établit à Toronto où il enseigne la littérature anglaise à l’Université York et au Collège universitaire Glendon.

Il se fait d’abord une réputation littéraire en tant que poète. Ses premiers recueils de poésie s’intitulent « The Dainty Monsters » (1967), « L’Homme aux sept orteils » (1969) et « Rat Jelly » (1973). « Les Œuvres complètes de Billy the Kid » (1996), récit de la vie réelle et romancée du célèbre hors-la-loi, remporte le Prix du Gouverneur général en poésie en 1970, et est adapté pour la scène et présenté à Stratford, à Toronto et à New York.
Son premier roman, « Le blues de Buddy Bolden » (Coming Through Slaughter) paraît en 1976.

En 1992, il publie son roman le plus célèbre, « L’homme flambé ». Prix du Gouverneur général en 1992 (romans et nouvelles), cet ouvrage lui permet de figurer parmi les lauréats du prestigieux Booker Prize et d’être le premier Canadien à recevoir cet hommage. La version cinématographique du roman, « The English Patient » (Le patient anglais), tournée en 1996, remporte 9 oscars.

Ondaatje est aussi scénariste et réalisateur: « Sons of Captain Poetry » (1970), « The Clinton Special » (1974). Il signe aussi un ouvrage critique sur Leonard Cohen, publié en 1970. Comme éditeur de Mongrel Broadsides, il fait paraître des poèmes de James Reaney, Margaret Atwood et d’autres écrivains. Ondaatje publie un livre sur des animaux, « The Broken Ark: A Book of Beasts » (1971).

En 2000, la parution du roman « Le fantôme d’Anil » (Anil’s Ghost) est couronné au Canada par un autre Prix du Gouverneur général, et en France, par le Prix Médicis étranger. En 2007, il gagne un cinquième Prix du Gouverneur général pour « Divisadero ».

Son roman « Ombres sur la Tamise » (Warlight) a été sélectionné pour le Man Booker Prize en 2018.

Tenir ensemble

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Je me demande

parfois

comment tout cela

peut tenir ensemble

le figuier avec toutes ses racines

l’amandier avec toutes ses amandes

la main avec toutes ses lignes

tremblantes

tendues vers les quatre points cardinaux

Pourquoi

la persistance des routes dans les demeures mouvantes

de la mémoire

la conversation avec la mer dont on a soif

les soirs d’attente

et sa peine légère qu’on porte sur le dos

ou à l’arrière du genou

comme une fleur de sable

 

Barbara Auzou.

Les Missives bleues XIV

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Je vous écris,

mon front s’appuie sur ce qui porte un peu plus haut encore. Le sommeil déjà s’éloigne à longues enjambées, les tempes éclatées de rosée et

le jour prodigue ses boutons d’or pour prolonger ce qui est indicible.

C’est assez pour que j’ordonne à mon esprit sensible de ne pas s’égarer davantage.

Je vous vois, pèlerin d’un seul voyage, les bras étendus sur le cercle de l’horizon et le corps rompu à jouir de la vie, faisant le compte raisonnable des saisons, jugeant qu’il est temps désormais de revenir.

Avant que ce samedi à ma campagne ne vous rende, pourriez-vous glisser dans vos bagages quelques pots de ce miel sauvage dont je suis si gourmande?

Vous pouvez en revanche laisser vos châteaux en Espagne. J’ai des projets bien plus simples d’essentiel piqués d’étoiles dans les yeux.

Ici s’achèvent les Missives Bleues.

 

Barbara Auzou.

 

Territoriales infidélités

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Je change de peaux

de lieux sans changer de temps

Territoriales infidélités

qui prennent le mouvement

d’un égarement général

Et c’est un autre jardin

où perlent quelques gouttes

d’innocence dans la pierre spectrale

subitement fertilisée

Et ce sont d’autres blés

cueillis par d’autres mains

moites d’autres essences

qui me font un corps de femme

 

Barbara Auzou.

Les Missives bleues XIII

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Je vous écris encore, fleur journalière tournant sur la tige de notre conciliabule exclusif.

Un pied dans le jour et le museau dans l’éternité je me méfie de tout projet au fouet levé des grandes décisions

aussi, attendrai-je votre retour pour vous souffler une idée concernant la maison.

Pendant un instant ce matin tous les oiseaux se sont tus et j’ai mûri lourd un chagrin d’enfant trahi dans mes bras nus. L’heure parfois s’émiette dans la déconvenue pour se reconstituer dans le levain avec bonheur.

C’est le cœur roulé dans un soleil mutin que je vous écrirai demain.

Barbara Auzou.

 

Remise du prix poésie pour les élèves de mon atelier cet après-midi à Canopée Mont-Saint-Aignan.

La remise des différents prix d’expression écrite et de poésie organisés par L’AMOPA 76 a eu lieu cet après-midi…

Un grand bravo d’abord à ce jeune-homme, élève de terminale L qui a obtenu le premier prix individuel national pour son beau poème intitulé La Ligne.

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Et bravo à mes élèves pour le prix collectif collège avec le livret: « N’arrête pas ton Char »!

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Merci les filles et bravo…La poésie a de beaux jours devant elle!

Merci également aux parents, pour leurs mots chaleureux et…pour le rosier à qui je donnerai un nom de poète évidemment…

Les Missives Bleues XII

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Tôt levée je m’apprête déjà à sortir mais je ne veux pas vous priver de ces mots du matin…

Vous savez, je porte toujours pour jardiner cette même robe que rien n’usera plus tant elle a pleuré ses restants de rosée, affronté les parfums lourds de l’étreinte les torrents pleins de joie et

Je continue opiniâtrement à parler une langue maternelle à l’oreille de mon arbre à soie qui boude ce mai tout de guingois.

Quand vous reviendrez nous méditerons un peu sur le corps en désordre de notre jardin et monterons par degrés la plante vulnérable du vouloir.

Parce que nous savons que la beauté existe et ce qu’elle signifie,

je vous écrirai ce jeudi,

sur la table un bouquet de violettes pour vous fraîchement cueillies.

 

Barbara Auzou.

Les Missives Bleues XI

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Penchée au sourire en coin de ce papier, je vous écris.

D’aucuns penseraient que ce ne sont que roses anciennes et antiques romances d’un épistolaire compassé qu’entretiennent d’enfantines mains.

Mais le jardin s’en moque comme de sa première robe c’est certain et s’épanouit sans répit en l’absence de soleil pourtant.

La poésie de la terre ne cesse pas pour autant et j’offre en tout lieu qui m’indiffère, là où poussent de saisonnières idéologies, un sourire de marbre poli depuis des années contre ce qui se veut chagrin.

Alors je prends le temps puisque seul le temps me manque; je prends le train des lointains que je me suis choisis et je conçois sous la peau des projets à rendre jaloux le jasmin.

Ci-joint à nouveau des photos du jardin,

je vous écrirai demain.

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