Météores

tous les vains rideaux de nos vies sont nichés

désormais dans une antichambre un repli quelque part

en mer de Thessalie j’ai semé mes ex-voto de galets

peints et de miel sur les mythologies de nos peaux

il y avait des blocs arrondis en plein ciel des cordes

et des échelles pour les mots et tous les élans qui s’accomplissent

on a ri devant le pain de sucre de nos âmes à peine entaillé

par la lame des saisons qui avait sculpté ces parois lisses

contre des arbres debout sur une seule jambe tremblants

séculaires et tout en visions

 

Barbara Auzou.

Cette femme / (Reprise)

cette femme

Je suis cette femme qui sait la fatigue

que l’on accroche fatale à l’oubli

des arbres où passe et repasse la lame

de lumière Celle qui essuie le pourpre des âmes

sur le torse anobli  d’un sein lourd

Je laisse pousser l’amande verte des drames

sur l’amphore du dos vif Caravelle aux

voiles déployées je fais tourner souriante

mon silence sur un carrousel d’oiseaux

qui briguent le bleu mandat de l’amour

Pour seule géographie de référence

 

Barbara Auzou.

Une fée en hiver / René Depestre

Une fée s’est réveillée dans le poivre gris de l’hiver.
Un papillon l’a précédée au-dessus de la cheminée.
Une fête !
Une fête d’amour autour des vivants et des morts ! le feu brille dans mes mots du soir : chaque instant est un éclat de rire qui fait battre la vie à se rompre !



voici la fée qui se déshabille

sur l’égarement de mes cinq sens.

Une odeur de brûlé s’élève

de sa justice de femme.

Sa chaude lune est

le songe d’un très vieux songe de poète.

Sa force tendrement animale

est un pollen de papillon

sur l’oreiller d’un pharaon d’Egypte !

que la nuit apporte sa tendresse



aux yeux de reine vigilante !

que la maison reste en fleur

dans la neige de son souvenir !

salut, ombre bien-aimée d’Hadriana !

tes semences sont à ma porte

ta joie saute dans mon lit

pour rendre soudain la vue

à l’aveuglement de mes années !

L’EPOQUE 2020 / AUTOMNALE 4

Après les Époques 2018 et 2019, voici le quarante-septième de cette nouvelle Époque 2020 avec le peintre Niala : AUTOMNALE 4  . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

L’EPOQUE 2020/47″Automnale 4
Niala
Acrylique s/toile 50×50

 

Je te couronne d’un arbre allumé au mitan de ton destin

Et tes pensées crêtées de roux ont des flambeaux pour parfum

De tête des feux incandescents pour  chemins

Ressuscitant de lui-même le caramel de l’instant fond

Dans un heurt de lumière bouclée derrière tes fenêtres

Ta présence têtue sur toutes les brèches n’a pas de fin

Tu désarmes le cuivre des saisons

 Tu pousses les globes des moissons

Terrestres dans une scandaleuse discrétion

Qui n’a d’égale que la brûlure

 

Barbara Auzou.

Renard gris

Grand Canyon

le renard gris de ton insolence heureuse

dans les mailles déraisonnables de mon esprit

je crois bien que ce soir-là avait une saison de plus

dans les rocheuses et le feu sous nos pas témoignait

du silex

sous le défi d’un ciel toujours ouvert

quand je parlais avec lui je te parlais aussi

le langage des pierres qui vous creuse à la gorge

tu répondais avec ton langage à émettre des oiseaux

au-dessus des cactus

et ce pays devenait habitable puisqu’il avait ta forme

 

Barbara Auzou.

Dernière absence / (Reprise)

images

Le matin a cueilli la dernière absence

au saut silencieux de sa sauvagerie

et au lierre cruel de son intransigeance

qui pièce par pièce et sournoisement avait envahi

le grand désordre essentiel de l’enfance.

Sculpter la minute sans se soucier du verdict

car déjà l’ouvrage est caressé par l’ombre

comme la bouche bavarde de la blessure

sur un lit de triste pénombre

comptant et recomptant ses trésors pillés

dont ne reste que le parfum d’un oranger domestique.

Le matin a cueilli la dernière absence

dans l’épaisseur de son métal

où les mots s’encastrent bien plus qu’ils ne s’étalent.

Derrière la porte de fer qui gémit

la beauté féconde avec élégance

et baignés dans la douceur de ses entrailles

les vigiles battent les ailes d’une muette sollicitude

qui sèvre les étourneaux

du dernier duvet de leur solitude

et du poids de leurs peurs intestines.

À la carapace de mon front

le matin a cueilli la dernière absence

et a relancé la nécessaire distraction

de la circularité sanguine.

 

Barbara Auzou.

 

Pour fêter une enfance II / Saint-John Perse

Et les servantes de ma mère, grandes filles luisantes…
Et nos paupières fabuleuses… Ô

clartés ! ô faveurs !

Appelant toute chose, je récitai qu’elle était grande, appelant toute bête, qu’elle était belle et bonne.

Ô mes plus grandes

(leurs voraces, parmi la feuille rouge, à dévorer tous mes plus beaux

insectes verts)
Les bouquets au jardin sentaient le cimetière de famille.
Et une très petite sœur était morte : j’avais eu, qui sent bon, son cercueil d’acajou entre les glaces de trois chambres.
Et il ne fallait pas tuer l’oiseau-mouche d’un caillou…
Mais la terre se courbait dans nos jeux comme fait la servante,

celle qui a droit à une chaise si l’on se lient dans la

maison.


Végétales ferveurs, ô clartés ô faveurs !…

Et puis ces mouches, cette sorte de mouches, vers le dernier étage du jardin, qui étaient comme si la lumière eût chanté !


Je me souviens du sel, je me souviens du sel que la nourrice jaune dut essuyer à l’angle de mes yeux.

Le sorcier noir sentenciait à l’office : «
Le monde est comme une pirogue, qui, tournant et tournant, ne sait plus
Sl le vent voulait rire ou pleurer… »

Et aussitôt mes yeux tâchaient à peindre un monde balancé entre les eaux brillantes, connaissaient le

mât lisse des fûts, la hune sous les feuilles, et les guis et les vergues, les haubans de liane,

où trop longues, les fleurs

s’achevaient en des cris de perruches.