L’EPOQUE 2020/32: LES RETRANCHÉES 3

Après les Époques 2018 et 2019, voici le trente-deuxième de cette nouvelle Époque 2020 avec le peintre Niala : LES RETRANCHÉES 3 . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

les retranchées 3

L’EPOQUE 2020/32

 

« Les Retranchées 3 »
Niala
Acrylique s/toile 73×60

 

Notre silence nous le ramasserons en nous

avec toutes les choses simples lianescentes

capables de nous faire pleurer

tu sais la justice soudain toute nue

ou l’ipomée pourpre entière à son calice

la vérité du fou avec ses promontoires de vallée

où naissent des chevelures et nous sommes si peu

à les voir encore moins à vouloir les peigner

qu’il nous faudra déhaler l’ombre des murs séculiers

 

je peindrai des volubilis à la limonite de mes doigts

toi tu mettras ta ferveur qui n’est que l’autre nom des fleurs

dans le scaphandre chaud de l’âpre juillet

pour que l’enfant-flûte sans trompette dans la véranda

qui navigue épelle à vif le grand sud de sa vie

 

et que nous tombions lourds et ravis

dans le bleu repos de son partage

 

 

Barbara Auzou.

Son lièvre doux

son lievre doux

C’est quand l’oiseau de son œil n’est qu’à demi-éveillé dans son ambre rauque

qu’il est antérieur à toute patience

C’est quand elle a accroché à la branche de nuit son premier sourire de merisier

que ce fruit devient un ciel entier  qu’elle accélère les volants et les retient avant de lâcher son lièvre doux

que tu peux caresser son rose d’âme son charroi de secrets qui se répand de l’épaule au genou

dans une plainte de violettes qu’on aurait laissées dans l’arrière soleil

L’Aube

 

Barbara Auzou.

Cet homme portait son enfance/ Jean Sénac

jean senac
Cet homme portait son enfance
sur son visage comme un bestiaire
il aimait ses amis
l’ortie et le lierre l’aimaient

Cet homme avait la vérité
enfoncée dans ses deux mains jointes
et il saignait

À la mère qui voulut enlever son couteau
à la fille qui voulut laver sa plaie
il dit « n’empêchez pas mon soleil de marcher »

Cet homme était juste comme une main ouverte
on se précipita sur lui
pour le guérir pour le fermer
alors il s’ouvrit davantage
il fit entrer la terre en lui

Comme on l’empêchait de vivre
il se fit poème et se tut

Comme on voulait le dessiner
il se fit arbre et se tut

Comme on arrachait ses branches
il se fit houille et se tut

Comme on creusait dans ses veines
il se fit flamme et se tut

Alors ses cendres dans la ville
portèrent son défi

Cet homme était grand comme une main ouverte.

Paris, 21 avril 1952

Ce que je sais en pure perte

ce que je sais en pure perte

Prise spontanément par les prés

à bout de seins et par les forêts

enjouée par l’absence des dieux

parmi nous

ce que je sais en pure perte nourrit

toutes mes folies aggrave la plaie du genou

il faudrait ne savoir jamais

les vœux qu’on étrangle sur la pierre foudroyée

les peaux mortes laissées en chemin

et dedans l’enfant au noir de son heureuse ignorance

qui faisait lever les fleurs dans les bouquets du temps

sans perdre une miette des bornes de son cri

 

Barbara Auzou

Dans Mon Bol d’Août

dans mon bol d'aout

et c’est comme si le trou dans ma voix

ses mosaïques et ses impasses sa lente

genèse

ne s’étaient creusés que pour lui l’oiseau

philharmonique

qui met les nuages en déroute et des éclaircies

dans la menthe

pour lui j’ai posé mon bol plein d’août

il y boit la lumière et ses substitutions

y pose des échelles indolentes et des mots de passe

peuplés de diérèses comme on en entend

que dans les chansons

 

Barbara Auzou.