Appartenance XXVIII

ce rose-là

j’invente parfois que c’est toi qui l’a posé

pour renouveler mon jardin

et la peinture complaisante de ce que l’on est

marche en dehors de moi sur ses hanches étroites

pour revenir vivre les choses vraiment

sur ce bout de terrain nu

pour bousculer la somme de l’installé

d’une douceur cérémonielle

le temps s’est couché sur le temps

des fleurs têtues de sororité reniflent

l’âme de ma constance

dans l’ombre des fenêtres des oiseaux

revenus du pays de l’enfance

se glissent entre ma peau accidentelle

et ma part voulue

et me proclament belle pour encore cent ans

 

Barbara Auzou.

Terre-femme / Une sculpture de Francine Hamelin accompagnée de mon poème

Et Francine Hamelin c’est ici

Terre-femme / Une sculpture de Francine Hamelin

A la femme-contrée que tu es Francine je dis Merci

Mon poème n’est que l’offrande à une fée…

Et en attendant que la fée électricité- après les violents orages qui se sont abattus chez toi- te revienne je t’embrasse très très fort et porte cette collaboration commune jusqu’à toi…

parente de l’oiseau

je sais ce qu’il faut d’alarmes

ce qu’il faut de nids posés

dans des ciels fourvoyés

pour maintenir à niveau

tout ce qui reste sur tout ce qui fuit

et je vous caresse pourtant 

vous qui rêvez différemment 

de choses semblables

dans le même enclos du sang

j’entends claquer vos draps

dans le matin impuissant 

j’entends le rapt volontaire de vos émois

et je pousse la herse de votre poème

impossible à nourrir

jusqu’à cet au-delà 

qui vous occupe votre vie durant

pierre fendue en son milieu

le torse anobli d’un sein lourd

je suis maison venue recueillir 

votre amour

maison ma flamme

maison mon feu et mon silence

maison ma lumière lente en espalier

maison mon ventre maison mon lit

tréteaux en moi 

comme un chantier immense

toujours recommencé

contre vos drames

Barbara Auzou.

Cinquante cinquième lettre pour toi(avec photo du jardin)

dans ce printemps surpris par sa propre chaleur

je t’écris

pour me faire une nue propriété je me suis lavé le coeur ce matin en même temps que les carreaux

j’ai des obstinations de douceur jusque dans l’ombre qui respire

jusque dans le chant des oiseaux

et je réapprends à marcher dans la légèreté des choses comme un âne rétif qu’on aurait vilipendé parce que le soleil l’avait pris dans sa nasse sur un coup d’amour

j’enserre des roses

je sertis des frontières

et je secoue à pleines mains le bleu drap des pensées alentour

je souffle dans le poumon de la pierre à genoux

par les bords les plus fins et aventurière de tes souhaits je te pose un jardin parfaitement banal

et parfaitement beau en plein ciel

parce que l’art des jardins rend les forces qu’il nous prend avec une part d’enfance

là où des graminées d’âmes sans défense soldent leur orgueil parce que l’idée du beau les fait tressaillir

B.

Ma Payse (XXV)

j’ai bu têtue ta joie simple

toute occupée à me murmurer

des mots peu communs

que le temps immobile faisait monter

à mes yeux mordus de cils lourds

et j’ai croqué les songes à vif que tu me pelais

pour maintenir disais-tu à flot égal

tout ce qui fuyait et tout ce qui s’accrochait

encore à mon visage

douce-amère la beauté disais-tu encore

survit au carnage

et sur le plan des possibles à carreaux

blancs et rouges

tu étalais les fruits fraichement cueillis

d’une saison revenue

et quelques branchages secoués d’or

et de rires

la nuit bientôt comme une épaule

ferait l’inventaire des brutalités

les enverrait valser aux quatre points cardinaux

et je retrouverais le nord et l’oiseau

en train de dessiner pour nous

la marelle vierge de l’aube

 

Barbara Auzou.

Nuancier . Marron

j’ai pris en charge la maison

pigmenté d’écarlate le cuivre clair de mon teint

sauvé de peu la faillite laiteuse des étoiles

ouvert les persiennes sur le seul chemin idéal

le manège par cycles s’en revenant avec ses âges et ses coudes de plongeuse

je pose maintenant mes mains d’offrande sur le marron chaud de ton visage

 

Barbara Auzou.