Essor / Une sculpture de Francine Hamelin accompagnée de mon poème et de sa mise en voix.

Essor / Une sculpture de Francine Hamelin

Et Francine Hamelin c’est ici


toi qui distribues 

des sauf-conduits aux oiseaux

pour qu’ils essorent

les mouchoirs du ciel

et nous laissent

l’immanence formidable d’une mer

toi qui opposes

au chanceler perpétuel

le calme très blanc d’un lait de ciel

posé sur les ressorts accélérés et amers

d’un monde qui n’est pas notre maison

j’entre doucement dans ton silence fier

je creuse ton vouloir qu’on ne peut apprivoiser

et les sourires que je t’adresse

sont autant de bielles en action 

qu’un seul oiseau caresse

oui tout est bien là

l’ampleur des pistes nues

leur bruit clandestin

la hâte des ruisseaux

et le doux des choses touchées

coulées sur coulées les plumes du lendemain

où glisse une eau de lumière

ce qui tremble encore d’éternel

ce sont nos mains

l’une sur l’autre

en faction perpétuelle

Barbara Auzou.

Le vent des îles / Une sculpture de Francine Hamelin accompagnée de mon poème et de sa mise en voix.

Le vent des îles / Une sculpture de Francine Hamelin

Et Francine Hamelin c’est ici

Glissante la vie

comme elle se présente

tout entière enchaînant

des raisons pleines d’orgueil

économisant le vide et la rade

les rêves que l’on cueille

par habitude ou par nonchalance

comme un fleuve immense

à l’envers et têtu

et la peau qui fait le cuir de nos pas

trop souvent déçus

par le vol de l’oiseau ivre

au-dessus des îles-de-la-Madeleine

qui éprouve la fluidité de murs invisibles

par le crible et par le morcellement

par l’édifice penché de mon corps

qui croit en l’amour

qu’il me soit permis

d’approcher l’unique laine

le duvet que l’âme seule peut toucher

qu’il me soit permis un instant

de te rendre l’orbe nouveau des vents

celui des pierres

qui se cherchent un autre séjour

et tes doigts de blés tremblants

rompus 

à l’incorrigible malignité de vivre

Barbara Auzou.

Contempler la mer / Une sculpture de Francine Hamelin accompagnée de mon poème et de sa mise en voix.

Contempler la mer / Une sculpture de Francine Hamelin

Et Francine Hamelin c’est ici


le vent mandataire

a fait ton visage tes voiliers

avant de te fondre

dans l’espace immense à horizon d’oiseaux

et la pierre augurale dans laquelle je te lis

a les yeux grands ouverts sur le rêve

la bouche fermée sur le cri

elle ne saurait se morfondre

exposée au ralenti

elle se rit du leurre des eaux

de leurs ressorts enjoués

elle sourit à tous ces corps joyeux

fragiles d’un seul idéal et inassouvis

qui s’aiment un peu devant l’éternité

s’allongent de tout leur long

sur ta robe d’appui

ton propre corps d’abandon

et si la poésie est une très jolie

façon de voir les choses

c’est surtout le pari de la vie que l’on ose

par le soupir bleu de tout ce qui nous lie

par la plage extasiée et nue de nos yeux

par l’enfance de sel que l’on brime

jusque dans le sang surpris

des marées

Barbara Auzou.

Le sommeil de la pierre / Une sculpture de Francine Hamelin accompagnée de mon poème et de sa mise en voix.

Le sommeil de la pierre / Une sculpture de Francine Hamelin

Et Francine Hamelin c’est ici


rien n’est vrai que ce qui nous échappe

et l’on en fait sa maison pour longtemps

mon tapis volant ce fut un petit camion 

 rouge pourvoyeur de rêves

il a creusé les sillons de l’enfance

profonds comme des celliers

et je partage les secrets de toutes les vignes

de toutes les grappes

je déguste des sèves ignorées

 l’écorce où rien ne bouge

de tous les silences

un nuage se pose parfois sur ma main 

mes pensées descendues d’un degré

s’exténuent en de tendres altitudes

derrière mes paupières je cueille des brassées

d’hébétude

et je sais que ce qui n’a pas été résolu hier

modèle déjà les songes de demain

au bout de mes lents sommeils

méticuleuse et exacte la buse

qui passe avec mes années

rejoint par habitude un grand soleil fatigué

qui pourtant s’amuse

comme un jeune chiot avec les flancs

conciliants des mers sonores

je m’endors dans une musculeuse quiétude

j’ai appris à éviter le mot de trop

prompt à infléchir le lait

de mes aurores

Barbara Auzou. 

La vie ailée / Une sculpture de Francine Hamelin accompagnée de mon poème et de sa mise en voix.

La vie ailée / Une sculpture de Francine Hamelin

Et Francine Hamelin c’est ici

Il n’y a rien

qui ne soit un souvenir d’enfance

j’aimerais te dire la terre

la terre qui sans en avoir l’air

aux quatre vents porte les années

sur l’arc de ses épaules ombellifères

l’équation du ciel et la tyrannie des temps

en balance

avec leurs répétitions inévitables

leurs douloureuses fragilités

qu’enfièvrent les lucioles

là où plongent nos racines

te dire au coeur les systoles

leurs flèches de jais qui joutent debout

entre les branches d’un cyprès

montant de degrés en degrés

dans la franche altitude d’un soleil écolier

te dire que la beauté est un élan d’ailes

où je te devine

le renouvellement insatisfait d’un élan

et l’amour tout entier qui habite une conscience

je suis un fruit autant

qu’un rossignol

dans ma course je viens asseoir

l’âge du souffle

et caresser le duvet

le legs d’une vie enchantée

où même les dents sont douces

je sais la forme que doit prendre un nid

il est le foyer d’une fleur surnaturelle

une pivoine de l’aurore

qui t’appelle

dans sa trêve consentie

sur l’arbre voisin

Barbara Auzou.

L’envolée mandarine / Une sculpture de Francine Hamelin accompagnée de mon poème et de sa mise en voix

L’envolée mandarine / Une sculpture de Francine Hamelin

Et Francine Hamelin c’est ici

la vie bruisse

pierre d’azur en tête

et bel embarcadère

les enfants ont au cœur

des chevaux ailés

qui lèvent des odeurs de terre

des odeurs d’agrumes

le vent amoureusement tourne à la plume

fruit comme une envie subite

et quelle dérobée

que l’orange bleue des promesses

bercée de tendresses solaires

sur des arcs-en-ciel jumeaux

la peau que le rêve infuse

joue avec le cuivre de ses assonances

il y a je ne sais quoi de délicat

qui au-delà des mots

au-delà des oiseaux

s’en revient trembler nu à nos fenêtres

et dans la cannelle de l’œil

serait-ce un pan d’air

conçu dans la juvénile pensée

que l’on se verse de bouche à bouche

avec les mandarines nubiles de la lune?

ô oui l’automne viendra

et il aura le beau visage

d’une beauté vaguement confuse

que l’on effeuille

dans les longs doigts du silence

Barbara Auzou.