Keloù de breizh ( Mercredi soir)

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Ça gueule fort à la ronde

à exténuer la poésie La rengaine

Sur les ports mon amour

Ça frappe son front au fer

En pénitence et  le breton

Dort aux faux plis et aux atours

De la coiffe des bigouden

L’élan est en retrait sous les halles

L’homme soumis aux circonstances

Et il ne sait plus avec ses mains déliées

Comment faire pour reconstruire un monde

Idéal

 

Barbara Auzou.

 

 

Keloù de Breizh: ( mercredi matin) Herbier de Bretagne/ Eugène Guillevic

Guillevic

 

Partout les plantes
Poussent parmi les morts,Enfoncent leurs racines
Dans les cadavres
De tous les règnes.Est-ce que les herbes
Des cimetières

Sont autres

Que celles des parcs,

Quand on les voit
Sans les situer?

En fait, la
Bretagne
N’est pas plus cimetière

Que n’importe

Quel coin de la terre.

Mais en
Bretagne, il est vrai
Que quelque chose finit,

Qu’on est là au bord
D’un espace où vivre
Serait différent.

Ailleurs les plantes
Ont à vouloir emplir
La verticalité.

Ici, le ciel
Est un voisin
Qui s’intéresse.

A hauteur d’homme,
Le ciel.

A hauteur d’homme
Qui rêve.

Ici, l’espace

Est un rez-de-chaussée.

Ici, les plantes
Paraissent plus grandes.

Régissent l’espace
Autant que les maisons.

La lande
Touche le ciel.

Ici, les plantes sont loin
D’avoir réglé leurs comptes.
Les prêles autant
Que les genêts et les ajoncs.

Le vent
Doit y être pour quelque chose.

*

Un vent qui connaît la mer,

Qui en vient
Ou qui lui retourne

Et qui jamais
N’oublie leurs noces.

Alors, bien sûr
Que l’herbe ici

Ne peut être la même
Qu’ailleurs,
A supposer qu’elle porte
Les mêmes noms. *

Ici, l’herbe n’est pas
Le même repos qu’ailleurs.

Elle aussi
Est un appel.

Elle aussi, elle dit :
Sois plus grand.

*

Elle dit :

Fais comme moi,
Pars et reste.

Sache les lointains
Pour mieux savoir l’ici.

Moi, dit l’herbe,
Le vent

M’a beaucoup
Raconté
Tailleurs.

De quoi pouvoir
Le nourrir d’ici.

*

Je sais que le vent
Me porte.

Même quand il vient de loin,
Il a goût de moi.

Je suis sûre d’être en lui,
Dans son capital.

Les fougères

Sont plus modestes.

Elles se referment
Sur leurs secrets,

Les plus vieux
De la vieille terre.

Ne regardent pas
Vers l’horizon.

*

Oui,
De l’eau.

L’eau

Toujours présente.

Même que c’est contre la pluie
Que les ajoncs sortent leurs pointes.

Du soleil, aussi.

Nulle part, le soleil
N’est comme ici,

Pendant tout le jour,
Celui du matin.

Et c’est pourquoi les plantes,
Même les fougères,

Racontent l’origine du vent
Et restent jeunes.

*

La
Bretagne
Porte ses morts
Vers l’avenir.

Un tapis

Pour cette cérémonie,

Les herbes

Des prés, des talus,
Des chemins.

Les herbes résonnent
Des sons de cloche.

N’acceptent pas
N’importe lesquels.

*

Les genêts

Sont comme les pauvres gens,

Les accompagnent,

Signifient
Qu’il faut tenir,

Que ça en vaut
La peine.

Chantent

Comme les pauvres gens,

Parfois,

Quand il fait très bon.

*

Ce que parlent toutes les plantes,
Le chêne l’enregistre,

Le garde

Pour témoigner.

Jamais, plus tard,
Les fruits

Ne pouvaient avoir
Un tel goût de terre.

Il y avait du suc d’ardoise
Dans les mûres.

Les maisons se voulaient
Au plus près des plantes.

Être des leurs
En plus clair.

Les entendre.

Participer avec elles
Aux espoirs de l’océan.

Les dangers

Ne manquaient pas.

Les goémons
Pouvaient serrer.

Sous les fougères

Se tenaient les vipères,

Nous attendaient.

Les ronces
Déchiraient les yeux.

Il suffisait de gratter
Les talus

Pour toucher des racines
Plus ou moins grosses,
On ne savait pas de quoi.

Une, un jour,
Se révéla vipère,
Fut tuée.

Rien

N’était moins étranger

Que les violettes.

Elles ne promettaient pas plus
Que le possible.

Le lichen

Sur la pierre grise.

Lequel était
Sécrétion de l’autre?

Lequel
Chevauchait l’autre?

On sentait bien
Que leur histoire Était interminable,

Rejoignait quelque part
L’épopée du goémon.

On avait des ennemis
Sans savoir pourquoi.

Parmi eux,
Les orties

Qui méchamment
Paraissaient dormir.

Ces ennemis,
C’était un monde

Que personne apparemment
Ne pouvait expliquer,
Qu’on supportait.

Les fleurs de lys
Guérissaient les mauvaises plaies. *

Il y avait des feuilles,
Des herbes,

A qui l’on pouvait
Tout raconter.

Même ses peurs
Des nuits, des gens. *

Avec le lierre
On se faisait des maisons.

Lui aussi savait
Que la terre
Montait en chaque chose,

Que partout
On était en elle.

*
Bien peut-être ne valait

Écraser une feuille, une herbe
Entre ses paumes

Et les respirer, y passer
Longuement les lèvres. *

Flagrante et quotidienne

Est la révélation

Par la feuille et la fleur

De ce que la terre
Fait de l’univers,

De ce qui dans la femme
Trouve embouchure.

*

Je te nommais tout bas :
Bruyère, bruyère —

Comme si je savais que plus tard
J’aurais regret de toi

Et du couchant
Qui te consacre

Impératrice au rang des pauvres.

*

Entre la saxifrage et la bruyère,
Entre la mousse et la pervenche,
Entre le pissenlit et le genêt,
Entre le myosotis et le chèvrefeuille,

Comme entre l’azur et le nuage,

Entre le ciel et la barque,

Entre le chêne et le toit d’ardoise,

J’existais.
J’étais là.
Je servais de lieu.

Si tu connais

Quelque chose de l’univers,

C’est que tu as bien regardé,
Comme en toi-même,

Dans le rocher,

Dans la plante inconnue

Qui poussait contre lui,

Que sur le lichen
Tu as posé ta joue.

Le ciel alors et l’océan
Ne te rejetaient pas.

*

Où retrouver ailleurs,
A travers les atlas,

Un territoire où tout se tisse
Comme un brin d’herbe?

Keloù de breizh ( Mardi soir)

Fontaine Sainte-Barbe, Le Flaouët20190813_153022

Certains se coucheraient comme des bêtes plaintives le long de leurs grandes nuits de palmes

D’autres mourraient au fond des bois tressaillant devant le grenier de leur mémoire

Et je resterais ce visage absolument calme qui aurait brûlé au goutte à goutte depuis le fond des âges

Le sang et le récit noir que les hommes en feraient

 

Barbara Auzou

Keloù de breizh: (Mardi Après-midi)

Chapelle Sainte-Barbe/ Le Faouët

LeFaouet3-17-Emmanuel-Berthier

Ils aimeraient croire en l’infinie sollicitude

des espaces chargés d’histoire porteurs de lendemains

en une possible douceur mais le ciel est lourd et noir

comme une menace Des corps inquiets comme des murs

se pressent et s’entassent en tenant fermement par la main

leur propre solitude

J’aime à penser que mon amour athée pour les chapelles

me vient du surgissement répété de ce cruel paradoxe

 

Barbara Auzou.

Keloù de Breizh: Mardi matin

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Les mots d’amour ont laissé des traces de doigts

sur le cuivre des casseroles

et sur mon épaule lustrée s’érige le droit

chandelier de ce qu’un seul jour peut comporter

d’émoi

Gorgés de nuits les épis mouillés au matin

sollicitent la parole

Je me tais Le monde pèse son poids d’étain

J’ai une fierté simple qui me vient

des bêtes et le travail se poursuit au crachin

de l’enclos

 

Barbara Auzou.