La boucle du rêve XXV

la netteté du givre au matin

s’estompe sur l’arbre de bonne volonté maintenant

aérienne et un peu folle ta main

passe au clavier des voyages creuse l’hiver

dessine les routes de l’éternel sous un ciel incendié

couleur de peau

la neige se met à l’herbe soudain

pour nous mettre à l’abri de ce temps

danser sera un envol les yeux ouverts

 

Barbara Auzou.

L’EPOQUE 2021 /3: ECHO DE GESTE EN GESTE

Voici le numéro trois de la nouvelle EPOQUE 2021 en collaboration avec le peintre Niala : ECHO DE GESTE EN GESTE. . Merci de considérer que le poème est indissociable du tableau et vice-versa…

L’Epoque 2021/3 – « Echo de geste en geste »- Niala – Acrylique s/toile 61×50

 

Comme moi tu as vu l’absence de l’homme en ce matin

tombé dans la fulgurance de ses marécages et avec elle

combien d’oiseaux en cage absents du caillou ponctuel

qu’on roule depuis les toits

les fenêtres blessées à bleu ont levé tant de lampes de douceur

jusqu’à l’état de lumière

parente sans ombre si tu es là pour contredire

si tu es celle qui tremble à chacun des rayons de la roue

quand haut et bas vont ensemble en plein coeur

reste aujourd’hui comme hier fraîcheur 

de fruits et de cerfeuil dans l’arrière-cour

et l’ofrandre s’en tiendra à l’écho

de geste en geste

Barbara Auzou.

Phalènes

Grotte de Waitomo / Nouvelle-Zélande

s’il advenait

qu’un jour mon œil chaudement

fermé sur nos rêves se prenne

dans la corde des nuits avec les éphémères

et les phalènes

sache que je tendrai

moi la lascive câline du soleil

qui ne sait dormir que bouleversée

des hamacs de soie

avant que l’obscur aux abois

nous emmène

comme une mélodie rompue en plein jour

et je rêverai l’enfant en nous jusqu’à

l’écoute des orgues

pour que chaque cristal nous fasse danser

que nos visages se résument dans le miroir

et dans la veille des eaux

le temps n’est pas une durée

c’est une constellation

et nos chevaux jamais nés vont

la rattrapant

 

Barbara Auzou.

Le parfum du basilic / Reprise

20190501_164723

Parfum froissé fou à l’index d’un vert registre du plus populaire au plus subtil

où le suint de pur-sang dans l’herbe fraîchement foulée s’imbrique et qui va droit à l’essentiel

poussant la tomate au sel de son invite sans autre forme de procès que la signature volatile d’hespéridée qu’il laisse en s’éloignant

et dont le poivre protège le codex en qualité de premier témoin

 

Barbara Auzou

MINOEN RECENT I / Lorand Gaspar

Dauphins, poulpes, poissons
fraîcheur de lin, de roseaux, d’oliviers
tremblement du jour dans une couleur
joie d’une ligne qui bouge encore
et je rêve à cette main entre milliards
de mains, étonnée, heureuse –
et je ne sais quoi, un pigment
qui fait que l’âme respire,
que voit la vie, ces choses qui
viennent à mes doigts
et mourront une fois encore –

A l’aube revenant

À l’aube revenant
Les amants se relèvent
Descendent de leurs rêves
Encore ruisselant

Chaque geste est urgent
Puisque le jour se lève
La tempête s’achève
En murmures brûlants

À l’aube revenant
Il s’étaient perdus dans l’obscurité profonde
Là les étoiles se fondent
Au jour apparaissan

tÀ leurs pas hésitants
On sent la fin du monde
Encore une seconde
Encore un instant

À l’aube revenant

Le souffle qu’on entend
C’est deux cœurs qui s’arrachent
Une main se détache
Et l’autre la reprend

Aux yeux l’égarement
Des oiseaux qu’on relâche
Et qui cherchent où se cachent
Le piège qu’on leur tend

À l’aube revenant

Au moindre éloignement
La vie qui les oblige
Le vide, le vertige et faire semblant
Ils se couvrent de serments
Se jurent de poursuivre
Leurs courses à un équilibre
Sur les pierres des torrents

À l’aube revenant

Chacun séparément
Continuera le rêve
Le seul qui les soulève
Et les garde vivants

C’est éternellement
Qu’ils se croyaient soudés
Et même l’éternité
Pour eux c’est pas assez longtemps

À l’aube revenant

Ils étaient deux passants
Dans l’anonyme foule
Dans ce fleuve qui roule
Dans la masse des gens

Ils se sont reconnus
Un peu trop tard peut-être
Mais c’est se reconnaître
En vrai qu’est important

À l’aube revenant

Les amants se relèvent
Descendent de leurs rêves
Encore ruisselant

La boucle du rêve XXIV

L’œil dans la main d’une vigoureuse clarté

je dessine à la craie

les fronces légères de ton âme restée en enfance

des images tombent sans bruit s’enracinent dans leur vivre

et dans l’harmonie des sphères la beauté se fend d’un trait

voici mon repère ma chance ma seule pensée

mon froment sauvage

 

Barbara Auzou.

Le temps de vivre LXIV

il fait froid dehors et les gens ne sont pas heureux

on voit dans le blanc de leurs yeux la chambre noire

leurs mots se coupent ils en partagent les noyaux

et le petit chat est mort une fois encore

ils ont réouvert sa tombe

je vais de miette en miette

comme les colombes

cherchant un peu d’espoir

j’ajuste ma voilette

je me mets des lèvres au bout des doigts

 

Barbara Auzou.

Entre l’ancolie et la saxifrage

Les Dolomites

il arrivera tu sais

qu’on pose nos visages aux confins d’une forêt

de pins sylvestres

sur un bateau de pierre coulé entre l’ancolie

et la saxifrage

seulement pour nous endormir un peu

et nous répéterons à l’infini le geste

des porteuses d’images qui ont fait

le choix de l’enchantement

le chant du Tétras-lyre et du silence

l’immense orchestre

l’air frais étendra ses foulards soyeux

sur nos corps caressés à l’endroit des mots

l’astreinte du beau est une fleur dit-on

qui se cueille entre deux touffes de flammes

et la poésie se fait des poumons

le doigt sur le coeur de tes langages

au genévrier de ta bouche je viendrai

goûter la braise endormie et le repos

vivant de la plénitude atteinte

 

Barbara Auzou.

La seule fleur / Reprise

Pouillot véloce

pouillot véloce

Je furète

Je partage les foins et les vents du nord

l’ivraie grisante au mollet le baiser de l’oiseau

Je guette

Pas elle la fleur sous le couteau féroce

du temps avec son collier de peurs

sa fausse sagesse coulée dans le verre de l’incertitude

non celle avec l’arc tendu par laquelle nous grimpons

de temps en temps vers l’altitude

avec le pouillot véloce

 

Barbara Auzou.