Et s’il fallait…

et s'il fallait

Et s’il fallait

Que d’un coeur emprunté les mots

N’aient pour seule raison que la nostalgique pensée d’une rose

J’irais nourrir le rond dans la musique furieuse d’un autre vallon

Ami des oiseaux et ami des mains avec un balcon pour lendemain

Faisant pousser ses terminaisons nerveuses jusque dans une autre prose

Qui vous ferait sentir profond le choc tellurique qu’un seul bec taraude

 

Barbara Auzou.

 

Prolégomènes (IX)

Prolégoménes I

Je te poserai irréfutable

Contre une échelle le soleil qui attend comme un cheval sauvage la joie d’une autre route et sa réponse la plus droite vers le ciel

Et tu seras tout ensemble son locataire légitimé

Le départ et l’arrivée Le tourbillon inversé de tous les êtres dont les traces s’effacèrent sur le sable

 

Barbara Auzou.

L’union libre/André Breton

andre-breton

Ma femme à la chevelure de feu de bois

Aux pensées d’éclairs de chaleur

A la taille de sablier

Ma femme à la taille de loutre entre les dents du tigre

Ma femme à la bouche de cocarde et de bouquet d’étoiles de

dernière grandeur
Aux dents d’empreintes de souris blanche sur la terre blanche
A la langue d’ambre et de verre frottés
Ma femme à la langue d’hostie poignardée
A la langue de poupée qui ouvre et ferme les yeux
A la langue de pierre incroyable
Ma femme aux cils de bâtons d’écriture d’enfant
Aux sourcils de bord de nid d’hirondelle
Ma femme aux tempes d’ardoise de toit de serre
Et de buée aux vitres
Ma femme aux épaules de
Champagne
Et de fontaine à têtes de dauphins sous la glace
Ma femme aux poignets d’allumettes
Ma femme aux doigts de hasard et d’as de cœur
Aux doigts de foin coupé
Ma femme aux aisselles de martre et de fênes
De nuit de la
Saint-Jean
De troène et de nid de scalares
Aux bras d’écume de mer et d’écluse
Et de mélange du blé et du moulin
Ma femme aux jambes de fusée
Aux mouvements d’horlogerie et de désespoir
Ma femme aux mollets de moelle de sureau

Ma femme aux pieds d’initiales

Aux pieds de trousseaux de clefs aux pieds de calfats qui

boivent
Ma femme au cou d’orge imperlé
Ma femme à la gorge de
Val d’or
De rendez-vous dans le lit même du torrent
Aux seins de nuit

Ma femme aux seins de taupinière marine
Ma femme aux seins de creuset du rubis
Aux seins de spectre de la rose sous la rosée
Ma femme au ventre de dépliement d’éventail des jours
Au ventre de griffe géante
Ma femme au dos d’oiseau qui fuit vertical
Au dos de vif-argent
Au dos de lumière

A la nuque de pierre roulée et de craie mouillée
Et de chute d’un verre dans lequel on vient de boire
Ma femme aux hanches de nacelle
Aux hanches de lustre et de pennes de flèche
Et de tiges de plumes de paon blanc
De balance insensible
Ma femme aux fesses de grès et d’amiante
Ma femme aux fesses de dos de cygne
Ma femme aux fesses de printemps
Au sexe de glaïeul

Ma femme au sexe de placer et d’ornithorynque
Ma femme au sexe d’algue et de bonbons anciens
Ma femme au sexe de miroir
Ma femme aux yeux pleins de larmes
Aux yeux de panoplie violette et d’aiguille aimantée
Ma femme aux yeux de savane
Ma femme aux yeux d’eau pour boire en prison
Ma femme aux yeux de bois toujours sous la hache
Aux yeux de niveau d’eau de niveau d’air de terre

À l’entrée du possible

a l'entrée du possible

Il y aura des papillons blancs

à l’entrée du possible

Des images d’eaux

En résidence permanente

où la bouche précède la faim

de ses étangs secoués

Puis il n’y aura plus rien

d’autre que la peau lente

Volume griffé de fleurs farouches

qui l’emporte sur la parole

de plusieurs arpents

 

Barbara Auzou.