Callipyge/ Poème extrait du recueil Menthes-Friches

Capture premiere de couverture menthes friches

La pomme de mon enfance

me remonte au gosier en haute-voltige

là où des oiseaux d’osier en nombre

se balancent

mauves

entre des arbres familiers des ombres

et des statues de marbre callipyges

 

Les feuilles alors étaient folles de nous

et les herbes s’acharnaient à nos genoux

 

Il me semble aujourd’hui que les roses

se sont tassées sur leur tige

et ne regardent plus en face le jardinier

venu sans sa femme les décapiter

 

Barbara Auzou.

 

callipyge

Dix-neuf heures (XXVII)

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Dix-neuf heures

Oh oui je sais bien que malgré l’enchantement du coeur il faut toujours marchander ses yeux en faveur de l’impassible éclat

mais tu ne m’as toujours pas dit ce que l’on fait de ce feu que certains d’entre nous ont au bout des doigts et qui n’est pas à vendre

Il assoiffe ensemble toutes les fleurs et attise notre propre désarroi

Il est tison tellement   leçon si peu

que le mètre ruban me toise encore

du haut de son un mètre-soixante-trois

comme s’il savait mieux que moi où niche l’or des fous!

 

Barbara Auzou.

Ma part d’éphémère

ma part d'éphémère

Je ne t’aurai donné que ma part d’éphémère

arrachée à celle labile d’une éternité

que l’on poursuit comme une mission

Il me faudra guérir ma fatigue en attisant le bleu

d’une vie solaire

Mener une lutte claire contre les inutiles crucifixions

Pour longtemps me faire un coeur heureux

et pour l’intelligence une lumière

un midi du désir et de l’étonnement que tout irrigue

Et la boucle n’est jamais bouclée

Revenue à mon cocon je repars vers toi sans arrêt

 

Barbara Auzou.

Pour exercer l’avenir

pour exercer l'avenir

Ne me dis pas les rêves qu’on fauche sans pudeur dans les forêts obscures

Dis-moi plutôt la fleur qui prend la forme du fruit pour exercer l’avenir

autrement que de biais et qu’on garde dans les cheveux et dans le coeur

l’odeur pure des prés longtemps après le passage des oiseaux migrateurs

Ô oui ça aussi j’aimerais Je n’aurais plus alors à accuser les astres

des choses du futur qui ne trouvent jamais leur présent

Ne parle plus que pour que je voie l’instant plier devant

nos corps doux et durs

 

 

Barbara Auzou

Utile/ Julien Clerc

« À quoi sert une chanson si elle est désarmée? »

Me disaient des Chiliens, bras ouverts, poings serrés

Comme une langue ancienne

Qu’on voudrait massacrer Je veux être utile

À vivre et à rêver

Comme la lune fidèle à n’importe quel quartier

Je veux être utile à ceux qui m’ont aimé

À ceux qui m’aimeront

Et à ceux qui m’aimaient

Je veux être utile À vivre et à chanter

Ah, la, la, la La, la La, la, la, la, la, la La, la, la, la, la, la

Dans n’importe quel quartier d’une lune perdue

Même si les maîtres parlent et qu’on ne m’entend plus

Même si c’est moi qui chante

À n’importe quel coin de rue

Je veux être utile À vivre et à rêver

Ah, la, la, la La, la La, la, la, la, la, la La, la, la, la, la, la

« À quoi sert une chanson si elle est désarmée? »

Me disaient des Chiliens, bras ouverts, poings serrés

Comme une langue ancienne

Qu’on voudrait massacrer Je veux être utile À vivre et à rêver

Comme la lune fidèle à n’importe quel quartier

Je veux être utile à ceux qui m’ont aimé

À ceux qui m’aimeront Et à ceux qui m’aimaient

Je veux être utile À vivre et à chanter

« À quoi sert une chanson si elle est désarmée? »

La revanche du rêve

la revanche du reve

Et l’on n’est même plus surpris de voir l’élan et la retenue couchés côte à côte dans une blanche trêve

Les mots sont morts là où ils auraient pu trouver asile

Seul le silence dissident caresse encore le Non de ce monde pour tenter de l’arrondir jusqu’à ce Oui fébrile où l’âme est un cadeau

Les oiseaux dissipés quant à eux frôlent au passage le lobe des fleurs

Ils ignorent le drame au plus profond de leur coeur

La revanche du rêve n’est pas leur affaire

 

Barbara Auzou.

 

Plein Emploi/ Jean-Claude Pirotte

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Entre, lune, par la soupente
entrouverte car il est temps
d’écrire ensemble la romance
de ton reflet dans les étangs

entre poser sur ma main blanche
et ma page tout aussi blanche
ton regard avant que le temps
nous sépare d’un coup d’épaule

viens murmurer à mon oreille
ce que ne dit pas le soleil
viens partager ma longue attente
et me dicter les mots de craie
sur l’ardoise de mon enfance