Carte Postale (II).

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Je vous écrirai

Et comme on a tort de se moquer du temps qu’il fait

Aujourd’hui tout se consume au fond d’un temps pâle

Dans les grands lits malades des pharmaceutiques dimanches le matin traîne encore dans son simulacre de nuit

Et la vallée de givre en robe blanche ne demande plus qu’à être investie d’un vrai corps

Qu’on pétrit en saluant au passage les oiseaux ravis qui assistent au spectacle d’un lyrisme échevelé (espérant toutefois que vos pas vous amènent chez le boulanger)

 

Je remonte chemin faisant et à pied

La circulation endormie de ce sang qui vous attend

 

Barbara Auzou.

« Le Grand Art » d’Alexandra David-Néel.

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Le Grand Art

Alexandra David-Neel

« En pensant à ces choses il me semble que j’évoque le souvenir d’un rêve ou que je me rappelle le récit des aventures d’une étrangère… Est-ce bien moi qui ai vécu ces heures ? Est-ce moi qui, transie, l’âme vide, suis arrivée, ici, à la nuit tombée, dévisagée narquoisement par les servantes ? Moi qui, deux heures après, étais aux bras de cet homme, inconnu la veille, subissant passivement ses caresses, tellement brisée que, de ma chair, lasse jusqu’à l’anéantissement, ne monta même pas une protestation, un cri de révolte… »

Se présentant comme le journal d’une actrice, Le Grand Art surprendra les admirateurs d’Alexandra David-Neel par sa sensualité et sa modernité. Achevé en 1902, à une époque où son auteure était encore inconnue mais déjà une femme déterminée de plus de trente ans, ce roman nous fait suivre la vie tourmentée d’une jeune comédienne et chanteuse lyrique, prise au piège entre sa passion pour l’art et la prédation sexuelle des hommes. Isolée, démunie, elle cherche les ressources pour défendre sa liberté…

Dessin de couverture de Jules Stromboni

L’Auteur

Louise Eugénie Alexandrine Marie David, plus connue sous le nom d’Alexandra David-Neel, née le  à Saint-Mandé, morte à près de 101 ans le 8 septembre 1969 à Digne-les-Bains, est une orientaliste, tibétologue, chanteuse d’opéra et féministe, journaliste et anarchiste, écrivaine et exploratrice, franc-maçonne et bouddhiste de nationalités française et belge.
Elle fut, en 1924, la première femme d’origine européenne à séjourner à Lhassa au Tibet, exploit dont les journaux se firent l’écho un an plus tard et qui contribua fortement à sa renommée, en plus de ses qualités personnelles et de son érudition.

Le Grand Art est son premier roman, inédit jusqu’à aujourd’hui.

Paru en octobre aux Editions du Tripode.

Carte Postale.

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Mais je vous écrirai encore

Ne serait-ce que pour vous dire ce matin triste sur les corps

Et la désaffection grise de l’alouette rejoignant un avant-monde moins chagrin

Et le ciel pâle qui tend ses longs bras décharnés

où pend sa grande fatigue de valise muette

Cette carte dans mes doigts serrée

m’indique l’endroit exact où vous vous êtes envolé

Et je m’empresse de dessiner de nouvelles bouches à ces moutons de sel égarés

Et de nouvelles intentions à tous leurs gestes manqués

qui dorment sur le dos

Si- comme je le pense- c’est par le hublot

de mes yeux que vous les apercevez

 

Barbara Auzou.

 

La terreur des hauteurs (BD) Jean-claude Denis.

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Découvrez le nouvel album de Jean-C. Denis, qui avait reçu pour son précédent titre le Grand Prix d’Angoulême 2012 : La Terreur des hauteurs ! Après avoir exploré l’univers des arômes, l’auteur poursuit son autobiographie sur le thème du vertige, qui le travaille depuis des années.

Déambulant avec sa compagne sur un chemin des douaniers, au bord de la mer, l’auteur s’arrête tout soudain : « Ça a commencé par une vague sensation de tristesse, un sentiment diffus d’absence et d’abandon. Rien de très remarquable au fond. Je ne me suis pas méfié du tout. »

Mais de quoi l’auteur ne s’est-il pas méfié ? De la peur du vide. De la terreur des hauteurs, ce monstre issu de l’imagination qui toujours triomphe de la raison. Autrement dit, le vertige, qui « absorbe et retient toute pensée cohérente ».

Poursuivant, tant bien que mal, sa marche sur le sentier littoral – « Enfoirés de douaniers ! » –, l’auteur se remémore ces « paniques à bord » qui ont marqué, ô combien, sa vie. Souvenirs discrets ou envahissants, parfois peu glorieux, toujours précis, Jean-C. Denis raconte ces moments, aussi étranges que familiers, avec l’humour, la profonde légèreté et la délicatesse qui caractérisent toute son œuvre.

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Poursuivant, tant bien que mal, sa marche sur le sentier littoral – « Enfoirés de douaniers ! » –, l’auteur se remémore ces « paniques à bord » qui ont marqué, ô combien, sa vie. Souvenirs discrets ou envahissants, parfois peu glorieux, toujours précis, Jean-C. Denis raconte ces moments, aussi étranges que familiers, avec l’humour, la profonde légèreté et la délicatesse qui caractérisent toute son œuvre.

Paru en septembre. Editions Futuropolis.

Les Grands Turbulents. (portraits de groupes 1880-1980) par Nicole Marchand-Zanartu.

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Certains furent tapageurs, d’autres plus discrets, voire taciturnes. Les uns nous sont familiers, les autres inconnus ou peut-être les a-t-on oubliés. Tous ont eu un projet de résistance à l’ordre du monde tel qu’il allait ou tel qu’il s’annonçait. Unis par l’amitié, la proximité intellectuelle, l’activité collective, ils ont nom : Grand Jeu, Die Brücke, Stridentistes, CoBrA, Futuristes, Der blaue Reiter, Gutaï, OBeRlou, OHO, Zero, Dada, pour n’en citer que quelques-uns.
Sur leur passage ils ont laissé une production surprenante des manifestes, des revues, des oeuvres collectives, des reliefs d’expositions qui montrent leur union sous les formes les plus inventives, voire les plus extrêmes, contre l’adversité. Témoignage tangible de leur aventure commune : une photographie, parfois de fortune. Les voici graves et joueurs, naturels et sophistiqués, provocateurs et moqueurs, astres majeurs ou étoiles filantes, ils posent devant l’objectif pour l’éternité.
Pour esquisser les portraits de ces Grands Turbulents à l’aide d’une photographie et de son exploration, Nicole Marchand-Zanartu a réuni cinquante-quatre auteurs, hommes et femmes, écrivain, cinéaste, poète, architecte, chercheur, historien, musicien, philosophe…

Les auteurs

Alain Barandard, Christian Barani, Thierry Paul Benizeau, Albert Bensoussan, Eduardo Berti, André Bertrand, Micheline Bonnet, François Bordes, Patrick Bouchain, Nathalie Boulouch, Marianne Bujard, Anne Cartier-Bresson, Patrice Cazelles, Simone Christ, Rémy Collignon, Boris Czerny, Isabelle Després, Gloria-Cecilia Diaz-Ortiz, Jean-Baptiste Dusséaux, Bertrand Gauguet, Julien Gourbeix, Claude Guibert, Erell Guillemer, Édith Hallauer, Thomas Hippler, Véronique Huyghe, Laurence Imbernon, Jean-Philippe Jaccard, Philippe De Jonckheere, Valdo Kneubühler, Antje Kramer, Nelly Kuntzmann, Chantal Lachkar, Jean Lauxerois, Jacques Lèbre, Anne Longuet-Marx, Nicole Marchand-Zañartu, Jean-Baptiste Para, Julia Peslier, Jovana Petrović, Jean-Louis Peytavin, Catherine Phalippou, Elisabeth Pujol, Jean- Jacques Régnier, Françoise Rivière, Waldo Rojas, Eric Schmulevitch, Jean Seisser, Erik De Smedt, Salima Tenfiche, Yves Tenret, Emilie Vabre, Laurent Wolf, David Zerbib.

L’homme qui aimait trop les livres. (Récit) Allison Hoover Bartlett.

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Traduit de l’anglais (États-Unis) par Cyril Gay

Un voleur de livres rares, un libraire obstiné,

l’histoire d’une traque haletante entre deux amoureux du livre.

Jusqu’où iriez-vous pour mettre la main sur le livre de vos rêves ? Mieux encore, jusqu’où iriez-vous pour avoir une bibliothèque remplie de vos livres préférés ?

John Gilkey est l’un des voleurs de livres les plus prolifiques de sa génération. Jusqu’en 2003, il a dérobé près de 200 000 dollars de livres anciens. Son but, réunir une collection à son image. Dès lors, comment attraper un voleur qui ne subtilise des livres que pour compléter sa propre bibliothèque ?

C’était sans compter sur la ténacité de Ken Sanders, libraire de livres anciens irascible à Salt Lake City, qui s’improvise détective et se surnomme biblioflic. Des personnalités hautes en couleurs. S’ensuit une longue poursuite entre un voleur obsessionnel et un libraire obstiné prêt à bondir au moindre faux-pas.

À travers le récit de cette traque unique en son genre, Allison Hoover Bartlett nous plonge dans l’univers fascinant du livre ancien en se posant toujours cette question : de quoi serions-nous capables nous aussi par amour des livres ?

Allison Hoover Bartlett est une journaliste américaine. Elle découvre le monde secret du livre ancien le jour où un ami lui confie un exemplaire d’un herbier du XVIIème siècle. Intriguée, elle choisit de se frayer un chemin dans ce milieu mystérieux et très masculin.
Elle écrit entre autres pour le New York Times, le Washington Post, le San Francisco Chronicle Magazine. L’article à l’origine de ce livre a été repris dans l’anthologie The Best American Crime Reporting 2007.

Instantané (II)

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Je te laisse à cette heure

Et à sa complexe et lumineuse mélodie

Je reconnais tout d’ici

La tête de l’enfant à l’anneau et la fleur silencieuse  Le convoi

Ébranlé et surpris des séquelles ramené vers un frémissant pays

Où toutes les mers se sont assises comme tirées de l’oubli

Devant l’étoile plurielle

 

Barbara Auzou.

 

Dans l’Atelier (XXVIII).

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Je descends un instant et en nage de mon escarpolette au moment où le sein en balance demande le repos

j’ai entre les dents le conjugal pavot, très bleu et très sage

qui sait que je reste l’alouette de tous tes voyages

Je vais me reposer dans mon village le bec dans la luzerne pusillanime

Je n’attends pas que tu reviennes chanter sur mon toit pentu    Les cadastres ici ont la mémoire intime   Ils ont la conscience vive de ce qui un instant s’est tu et s’épargnent cette peine

Les chants d’astres des hirondelles ce soir me sont revenus

Autrement disais-tu

Et c’est le chant que j’entonne têtu

de retour sur mon escarpolette qui d’amont en aval épouse le pas de ton cheval

et allume à la rétine le cratère de  toutes tes fenêtres

 

Barbara Auzou.

« Cher ami, de ma vie je vous écris dans votre vie », Yiyun Li.

CVT_Cher-ami-de-ma-vie-je-vous-ecris-dans-votre-vie_9551Brillant, exigeant, un texte de la reconstruction psychique et artistique qui confronte avec pudeur et élégance deux questions essentielles : pourquoi écrire ? Pourquoi vivre ?

Il fut un temps où je lisais les carnets de Katherine Mansfield pour me distraire. « Cher ami, de ma vie je vous écris dans votre vie », écrivit-elle dans une entrée. En lisant cette phrase, j’ai pleuré… Elle me rappelle aussi la raison pour laquelle je ne veux pas m’arrêter d’écrire. Les livres que l’on écrit – passés, présents et futurs – n’essaient-ils pas de dire la même chose : Cher ami, de ma vie je vous écris dans votre vie ? Qu’il est long, le chemin d’une vie à une autre ! Convoquant à la fois philosophie et littérature, une œuvre remarquable où l’auteur d’Un beau jour de printemps interroge celle qu’elle a été, celle qu’elle est et celle qu’elle sera : l’enfant persécutée, la scientifique dans l’âme, l’immigrante au parcours complexe, la mère en quête de réponses, l’écrivain au cœur d’une nouvelle création…

Titre original : Dear friend, from my life I write to you in your life

Auteure : Yiyun Li

Traducteur : Clément Baude

Paru le : 6 septembre 2018.

 

Annette messager/ Alberto Giacometti: « Nos chambres »…

Jusqu’au 13 janvier, institut Giacometti, Paris 14ème.

Annette Messager - Alberto Giacometti - La parade de l'ecureuil pour Annette

Dans la peau de l’admiratrice, la plasticienne française rend un hommage plein de justesse au peintre suisse.
C’est une maison biscornue, un peu kitsch, datant du début du XXe siècle. Malgré l’étroitesse des portes et la distribution des petites pièces assez peu propice aux déambulations — et encore moins à la foule —, c’est dans cet endroit que la Fondation Giacometti a installé son nouveau lieu d’exposition baptisé « institut ». La rénovation a conservé la décoration Art déco de l’époque, assez lourde (la cheminée, les lambris, etc.), et préservé ainsi une sorte d’intimité, comme si l’on se trouvait dans l’ancienne demeure de Giacometti, alors qu’il s’agit de la maison du décorateur Paul Follot (1877-1941). Conséquence de l’exiguïté : les billets d’entrée n’y sont pas vendus et doivent être achetés sur Internet.

Côtoyer un géant réclame de la modestie

Invitée à partager l’espace et à se confronter à l’œuvre de l’artiste suisse, la plasticienne française Annette Messager joue avec cette illusoire intimité, renforcée par l’homonymie de son prénom avec celui de l’épouse de Giacometti. Ainsi, de la masse des documents conservés par la Fondation, elle extrait un bout de papier sur lequel, le 8 juillet 1958, singeant un acte officiel, Alberto déclare son admiration (toute relative si l’on tient compte de ses réserves) pour l’intelligence d’Annette… Ou, sur un meuble, au milieu des photographies d’époque montrant Giacometti avec ses proches, elle place discrètement la sienne. C’est la partie attendrissante de l’exposition.

Plus rompue à l’installation qu’à la sculpture, Annette Messager se con­ten­te pour le reste d’un jeu formel. A l’aide de ses matériaux habituels liés à l’enfance (peluches, poupées, etc.), elle copie les sculptures de Giacometti : au célèbre Nez de 1947, elle oppose Mère et enfant (2018), composé de deux peluches, et face à Annette debout(1954), elle installe La Parade de l’écureuil pour Annette (2018), empilement d’un animal empaillé et de coussins recouvert d’un filet noir. On peut en sourire. L’artiste française s’en sort mieux avec une installation ancienne (Sans légende, 2011-2012), faite d’objets noirs amassés au sol où figurent trois reproductions de sculptures de Giacometti, et dont les ombres projetées sur le mur par des lumières tournantes rendent un hommage mélancolique à l’artiste suisse. Côtoyer un géant réclame de la modestie.

D’ordinaire, dans une exposition, les œuvres fortes tuent les plus faibles — on le constate avec Le cubisme à Beaubourg, où les Picasso, Braque et Léger anéantissent les autres. Or ce n’est le cas ni pour Messager face à Giacometti. Parce qu’en jouant le rôle à la fois pervers et touchant de la petite fille face à son papa, elle se met dans la peau de l’admiratrice.

Annette Messager La mère et l’enfant 2018

Je suis très admirative du travail d’Anne Messager, et depuis longtemps….

Il y a quelques années, j’avais demandé à mes élèves de troisième d’amener un objet qui les représentait et nous avions monté une exposition temporaire au collège, à la manière de « Mes petites Effigies » de l’artiste.

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Un article sur cette exposition éphémère ici.