Remise du prix de la jeune nouvelle historique.

J’accompagnais cet après-midi mon élève, Pauline, à la remise de son premier prix pour la jeune nouvelle historique. Pour rappel, son texte « Et pourtant on avait l’espérance » est ici. Elle a reçu un chèque une bande dessinée historique dédicacée, plusieurs exemplaires de sa nouvelle et plusieurs recueils collectifs regroupant les nouvelles adultes et la sienne dans la catégorie des moins de  dix-huit ans…Et un autre cadeau que j’ai trouvé extraordinaire pour ma part…

Quatre lauréats dans la catégorie adulte, venant d’autres régions pour trois d’entre eux:

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Et puis Pauline est appelée.

Et la présidente du jury lui demande comment elle est venue à l’écriture. Je lui envoie mes yeux implorants mais trop tard, me voilà dix secondes plus tard auprès d’elle à répondre aux questions et à poser pour les journaux. (je m’aperçois seulement à cet instant que j’ai toujours mes sabots bleus aux pieds..)..Mais le cadeau extraordinaire le voici:

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Le boulanger est un artiste et lui offre un pain géant qui porte le titre de sa nouvelle!

Je repars moi aussi avec un exemplaire de sa nouvelle et un recueil collectif:

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Je me suis éclipsée discrètement pendant le pot (suis sauvage…) après que l’on m’ait demandé si je voulais devenir juré littéraire (euh non) et si j’étais intéressée pour animer un atelier de réhabilitation scolaire par l’écriture (c’est une belle idée mais ..). J’ai fini par dire avec le sourire qu’il fallait que je rentre parce que j’avais un poème sur le feu…

En tout cas, Bravo à toi Pauline. La sensibilité dont ton texte fait preuve a largement creusé la différence.

Aurore.

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Un rideau de rossignols égarés

tombe sur l’opéra silencieux de l’aurore.

Et je prends corps

prolongeant le pouls

et l’influx

à la peau de la pensée

réduite à sa plus simple expression.

La lumière tombe droite

au front d’un sourire

qui offre son dos

rond.

Je parle

comme on vient

comme on respire

avec la voix du jour

et des poumons d’oiseaux.

 

 

Barbara Auzou.

Une empreinte sur la terre de Pramoedya Ananta Toer.

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« Dans la poche intérieure de ma veste, je transportais deux feuilles de papier méticuleusement pliées : mon diplôme de fin d’études secondaires et une convocation de la Stovia, l’école de médecine de Betawi. N’était-ce pas formidable ? »

Voici Minke en homme neuf dans un monde nouveau : laissant derrière lui des heures douloureuses, il s’embarque pour la capitale des Indes néerlandaises et ses possibilités infinies. Mais on n’échappe ni à ses souvenirs ni à sa condition : pour entrer à la Stovia – la seule école supérieure autorisée aux Indonésiens par le code colonial –, il lui faut renoncer à ses vêtements européens, et marcher pieds nus…

Ce désaveu sera le dernier. Minke, avec une poignée d’hommes et une femme exceptionnelle – Mei, professeur et activiste chinoise – passe à l’action : il crée un premier syndicat, une association pour l’éducation des masses, un journal indépendant en malais… Il n’est plus temps de comprendre le monde, mais de le changer !

Après Le Monde des hommes et Enfant de toutes les nations, voici, avec Une empreinte sur la terre, le troisième volet du Buru Quartet, publié en français pour la première fois, directement traduit de l’indonésien. Fresque politique, roman d’initiation, d’amour et d’émancipation, le Buru Quartet est une incroyable machine romanesque – géniale, puissante et unique.

Une empreinte sur la terre – Buru Quartet III

Roman traduit de l’indonésien par Dominique Vitalyos

Paru en Mars 2018.

Mots pour délier.

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Il te fallait, petite fille, des mots pour délier

et pour abolir les distances

qui tournaient en vain autour d’un soleil en vrille.

Et tu faillis mourir de faire des phrases qui tenaient

à deux mains le sens et le lait d’une trop longue patience

qui caillait dans les défroques

des dimanches d’insignifiance.

Tes consonnes mangeaient leurs voyelles et ta manière

propre de dire l’incompris au coin d’une nappe d’éxistence

faisait semblant de se donner et de repasser le couvert là

où le bavardage régnait pour retomber

en loques.

Tu avais repéré l’alarme à l’angle de l’oeil

et la balançoire des voix entre la vie et le deuil.

Alors au secret du mouvement

heure après heure

tu mâchais ces bouches errantes et sans âge

rêvant de figuiers qui se regarderaient de l’intérieur.

 

 

Barbara Auzou.

Partage des morts.

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Je garde mes morts.

Tu gardes les tiens.

On ne partage pas les morts.

C’est bocal vide et le poisson rouge dort

dans son eau croupie faisant

des rêves limpides d’océan

sur l’angle droit de son enfermement.

Mais de tes cimetières

qui sont berceaux pourtant

montre- moi le ventre de la terre

et son tête à tête avec l’ovale de ton prénom

et l’arbre droit et complémentaire

dans l’appel d’air d’un rire rond

qui tête le monde et le digère

sur l’ échafaud des amours mortes.

Montre- moi le blocus insensé

contre l’hiver aux dents

décidées et le rectangle de tes angoisses

intolérable et confiné

et tes pas qui s’exportent pantelants

poursuivant inlassablement la beauté.

Montre- moi ton délit d’être

et les couteaux de tes défaites.

Montre- moi tes printemps lâchés

comme des idées particulières

et tes peurs marquant un temps d’arrêt

sur un carrefour quadrillé vert.

Montre- moi ton idée du soleil

pareille au rayon de la mienne

dans un jour qui se fait corps plein.

Alors je prendrai tes morts

et te donnerai les miens.

 

 

Barbara Auzou.

 

 

La taciturne.

(Image tirée du film Frantz de François Ozon.)

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Entre présence et absence

entre vertige et feu

s’élève sans défense

le cri jaune de la Taciturne

resté comme en enfance

au même palier nu.

Une même descente

pour une même remontée

restées accrochées à perte de ciel

et aux froid des statues.

Et pourtant la fleur double

au front de la pensée

poursuit son galop essentiel

dans l’aujourd’hui qui se veut trouble

 

et dans ton mystérieux rire de rosée.

 

 

Barbara Auzou.

Le front à la pierre froide.

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Au terme

d’un sommeil désemparé

d’un sommeil obtus

j’ai accroché mon regard fixe et trop grand

sur le clou rouillé du seuil en partant.

 

J’ai respiré l’air frais

et j’en suis revenue

les tempes fièvreuses d’un soleil

ramassé dans les ravines

le front à la pierre froide et sans odeur

qui laisse l’idée de liberté abasourdie

à la trouée du ciel

comme une fatale imprudence

saturée de craintes sévères

et de palpable insignifiance.

 

À la hache du temps qui passe

j’ai opposé le panache épars des heures

et j’ai ouvert le chemin sur une pensée

si claire qu’elle en demeurait nue.

 

 

Barbara Auzou.