Assentiment.

(Clématite dans mon jardin 20/02)20190220_145852

L’épaule engagée déjà ailleurs

Dans l’allégresse rose du recommencement

Gorge et genoux encore plissés

Dans la plaie le couteau

La ceinture des yeux à mettre le froid en pièces

Caillot commun qui s’empresse

Et s’élucide soudain sur la sauvagerie de février

Et la glace de ses mots antérieurs

Ma distraction Ta profondeur

La translation au matin

Du gant à la main

Jusqu’à la lumière

Patiemment

 

Barbara Auzou.

« Bête écrivante » de Marie-Claire Bancquart.

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Tu comprends quelque chose, toi, la bête écrivante, aux mouvements de fond dans ton corps ?

Par là circulent

les histoires au milieu de l’Histoire au corps froid

ça halète, ça limite, ça apatride dans les béances

ça sonne parfois bien

ça n’est jamais dans l’ordre alphabétique.

Tu marches avec, tu dors avec traversée par des vies d’insectes

d’hommes ou de platanes.
Et ça, tu le sors en paroles.

Voici quelques mots tiédis au passage,

qui s’éparpillent au dehors, témoignant

que tu leur as donné un peu de vie supplémentaire :

clin de temps,

cri d’amour, de refus,

dans un pli d’univers.

« Olga » de Bernhard Sclink.

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Trad. de l’allemand par Bernard Lortholary

Collection Du monde entier, Gallimard
Parution : 03-01-2019
À paraître le 01 mars aux éditions Gallimard.

Dominique aujourd’hui présente/ Eluard.

Paul et Dominique Eluard chez Roland Penrose, Farley Farm1951

Paul ÉLUARD
Recueil : « Le Phénix »

Toutes les choses au hasard
Tous les mots dits sans y penser
Et qui sont pris comme ils sont dits
Et nul n’y perd et nul n’y gagne

Les sentiments à la dérive
Et l’effort le plus quotidien
Le vague souvenir des songes
L’avenir en butte à demain

Les mots coincés dans un enfer
De roues usées de lignes mortes
Les choses grises et semblables
Les hommes tournant dans le vent

Muscles voyants squelette intime
Et la vapeur des sentiments
Le cœur réglé comme un cercueil
Les espoirs réduits à néant

Tu es venue l’après-midi crevait la terre
Et la terre et les hommes ont changé de sens
Et je me suis trouvé réglé comme un aimant
Réglé comme une vigne

À l’infini notre chemin le but des autres
Des abeilles volaient futures de leur miel
Et j’ai multiplié mes désirs de lumière
Pour en comprendre la raison

Tu es venue j’étais très triste j’ai dit oui
C’est à partir de toi que j’ai dit oui au monde
Petite fille je t’aimais comme un garçon
Ne peut aimer que son enfance

Avec la force d’un passé très loin très pur
Avec le feu d’une chanson sans fausse note
La pierre intacte et le courant furtif du sang
Dans la gorge et les lèvres

Tu es venue le vœu de vivre avait un corps
Il creusait la nuit lourde il caressait les ombres
Pour dissoudre leur boue et fondre leurs glaçons
Comme un œil qui voit clair

L’herbe fine figeait le vol des hirondelles
Et l’automne pesait dans le sac des ténèbres
Tu es venue les rives libéraient le fleuve
Pour le mener jusqu’à la mer

Tu es venue plus haute au fond de ma douleur
Que l’arbre séparé de la forêt sans air
Et le cri du chagrin du doute s’est brisé
Devant le jour de notre amour

Gloire l’ombre et la honte ont cédé au soleil
Le poids s’est allégé le fardeau s’est fait rire
Gloire le souterrain est devenu sommet
La misère s’est effacée

La place d’habitude où je m’abêtissais
Le couloir sans réveil l’impasse et la fatigue
Se sont mis à briller d’un feu battant des mains
L’éternité s’est dépliée

Ô toi mon agitée et ma calme pensée
Mon silence sonore et mon écho secret
Mon aveugle voyante et ma vue dépassée
Je n’ai plus eu que ta présence

Tu m’as couvert de ta confiance.

1951.

 

 

Fleur de talus

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Tournons le dos à la mer toute entière à l’étreinte des peurs aujourd’hui défuntes

Et lançons plus loin le tablier du pont   Jusqu’à l’œil

Dans l’inconnu des cartes et son pluriel tremblant se ravive un ciel intact

Vivant sous les paupières conjointes

À l’aube des pervenches qui se répandent jusqu’au seuil

Cultivons la paix des maisons et à la paume notre préférence

Pour l’élan de terre en son sourire extravagant

Qui vous plante ses violettes vives en plein cœur

Et en toute saison

Dans un soleil en éternel accroissement

 

Barbara Auzou.

 

L’EPOQUE 2019/7 « SERAIT-IL DONC POSSIBLE ? »

Voici « Serait-il donc possible? » , septième de cette nouvelle Epoque 2019 avec le peintre NialaAlors que nous attendons la publication de l’ouvrage « L’Epoque 2018 » pour la fin de l’année aux Éditions Traversées, les tableaux eux (2018 et 2019) seront exposés au printemps à Cognac du 15 au 27 Avril 2019 au Couvent des Récollets.

C’est un travail à quatre mains , merci d’en tenir compte dans vos commentaires.

 

p1050798-copie-2-1 la vraie bonne

L’EPOQUE 2019/7 « SERAIT-IL DONC POSSIBLE ?
Niala
Acrylique s/carton mousse 100×70
2000,00 €

Serait-il donc possible

Sous la peau grattée

L’alchimie Mon orange

Mon dernier quartier

T’avoir trouvée

Ronde et sensible

Sous mes doigts tes orbes

Imparfaits Géométrie que j’engrange

Sucre subliminal Ombilic des anges

Possible aussi la lampe érectile

Au bout des doigts Sa part animale

Ma vie Ma très ancienne Trop bercée

Contre la longue nuit des cataractes

S’éclairer sur l’arc aboli de sa route

La flèche de mes oiseaux sur la cible intacte

Et le fusil de tes mots de tes doutes de tes brumes

 Toute joie avant toi est invalidée

Dans les catégories ordinaires qui nous tiennent lieu de vie

Je vois se former la présence nue et sage

De la maison dernière Regarde mon alchimie

Mon orange Mon dernier quartier Les yeux qu’elle a pris

Ce sont ceux irréductibles des enfants que nous fûmes

 

Nous les avions oubliés sur la plume d’une mésange de passage

 

 

 

Barbara Auzou.

Bronze/ Bertrand Belin (Album « Persona)

 

Guerre gagnée
Mémoires honorées
Lion de pierre
De bronze
Au milieu des parcs l’été
Au milieu des parcs l’hiver
Au milieu des parcs

Trônent
Aigles aux ailes déployées
Ennemis terrassés
Passe une famille
Passe
S’éloigne
Puis disparaît
Dans le fond
Un pauvre sans nom

S’allège d’un sac
Pour fumer à l’aise
Remonte son froc
Son tabac a le goût du fer

Du fer croisé
Du tabac trouvé par terre
Glané
Fume en l’honneur de l’amitié
Remonte son froc
Fume à la nuit à venir
A où dormir
Guerre gagnée
Mémoires honorées
Lion de pierre
De bronze
Au milieu des parcs l’été
Des parcs l’hiver
Au milieu des parcs

Contre toute chose animée
Inanimée
Un souffle
Guerre gagnée
Mémoires honorées
Lion de pierre

Si je préfère voir…

Canova2

Je m’adresse aux absents

Au plaisir ordinaire Au jeu

De dupes du tout se vaut Au sang

Frileux Au chat qui gît dans la gouttière

Parce qu’il rêvait des cieux Au pavot détourné

Aux réunions qui réunionnent faute de mieux

On planifie pour se rassurer de l’échéance de la prochaine réunion

Pas pour trouver des solutions Mon garçon

À mes élèves mes agneaux mon troupeau qui signent en grand

De lettres de feu et malhabiles leurs écrits de peu comme un aveu

Impuissant d’être et qui les datent fiers pour atteindre une plage qui n’est pas pour eux

Sous leurs ongles enrhumés une épave  Le cadavre appréciateur d’un jeu dangereux

Qui habite l’absence Je m’adresse au silence heureux

Calmement démoli Patiemment reconstruit du beau sur les lettres écrites et déchirées

De l’occasion perdue Je m’adresse à toi mon amour et je me demande comment

Et sur quelle herbe étrange et émue nous préservons encore la tige érectile et le labour nu

D’espérer

 

Barbara Auzou.

Plus loin que soi.

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Regarde moi

Le papier mâché

Les ballons lâchés

Où ma vie se poursuivra

Toujours inversée et en nage

Sur le sol livide et nerveux

Et ces couleurs qui vont plus loin que la vie

C’est pour toi

Tout comme le textile délicat des nuages

Et l’encre incomplète  qui recueille l’oiseau en prise

Avec ce qu’il y a de plus grand que soi

 

Barbara Auzou.