« J’ai descendu, en te donnant le bras » d’Eugénio Montale.

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J’ai descendu, en te donnant le bras, plus d’un million d’escaliers,
et maintenant que tu n’es plus là c’est le vide à chaque marche.
Même ainsi notre long voyage a été court.
Le mien dure encore, et je n’ai plus besoin
des correspondances, des réservations,
des embûches, des déboires de qui croit
que la réalité est celle qu’on voit.

J’ai descendu des millions d’escaliers en te donnant le bras,
et non parce que quatre yeux y voient sans doute mieux.
C’est avec toi que je les ai descendus, sachant que, de nous deux,
les seules vraies pupilles, malgré leur épais voile,
c’étaient les tiennes.

(Poésie/Gallimard) – Traduit de l’italien par Patrice Dyerval Angelini.

 

(Ho sceso, dandoti il braccio, 1967)

Ho sceso, dandoti il braccio, almeno un milione di scale
e ora che non ci sei è il vuoto ad ogni gradino.
Anche così è stato breve il nostro lungo viaggio.
Il mio dura tuttora, nè più mi occorrono
le coincidenze, le prenotazioni,
le trappole, gli scorni di chi crede
che la realtà sia quella che si vede.

Ho sceso milioni di scale dandoti il braccio
non già perché con quattr’occhi forse si vede di più.
Con te le ho scese perché sapevo che di noi due
le sole vere pupille, sebbene tanto offuscate,
erano le tue.

« La Partition » de Diane Brasseur

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De la Grèce aux rives du lac Léman, une superbe fresque familiale.

Un matin d’hiver 1977, Bruno K, professeur de littérature admiré par ses étudiants, se promène dans les rues de Genève. Alors qu’il devise silencieusement sur les jambes d’une jolie brune qui le précède, il s’écroule, mort.

Quand ses deux frères Georgely et Alexakis apprennent la nouvelle, un espoir fou s’évanouit. Le soir même, ils auraient dû se retrouver au Victoria Hall à l’occasion d’un récital de violon d’Alexakis. Pour la première fois, la musique allait les réunir.

La Partition nous plonge dans l’histoire de cette fratrie éclatée en suivant les traces de leur mère, Koula, une grecque au tempérament de feu.
Elle découvre l’amour à 16 ans, quitte son pays natal pour la Suisse dans les années 20 et refera sa vie avec un homme de 30 ans son aîné. Une femme intense, solaire, possessive, déchirée entre ses pays, ses fils et ses rêves. Une épouse et une mère pour qui l’amour est synonyme d’excès.

Allary Editions.

 

Ce que le sang ordonne.

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Sous l’allégeance d’un soleil sincère on passe aux aveux

et de la maladie amoureuse du corps on démêle patiemment les cheveux

et chasse l’insecte du sang qui ordonne que s’ouvrent les yeux

sur ce silence à hauteur d’homme qui voudrait nous persuader

que la distance se creuse encore dans les syllabes muettes de ses cellules

 

Le vert au bleu dans la corbeille de ses bras de mer renouvelle ses vœux

pour durer seulement durer un peu jusqu’à la veine du crépuscule

 

Barbara Auzou.

Les missives bleues V

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Je vous écris

et décidément cette maison n’est pas de ce monde. Sa superficie changeante épouse si souvent comme un pouls l’humeur vagabonde du bonheur que s’en est fatigant pour mes poumons.

J’attends l’heure de la végétation bruissante quand elle se tend vers la lumière et qu’elle respire à ma place abolissant les distances et me permettant d’asseoir à table ma tranquille absence et son violent besoin d’être.

Par la fenêtre je vois l’amour, la vallée et ma vie évaporée d’un vase clair comme un murmure d’enfant.

Je vous écrirai demain pourtant

toujours à l’écart de la ronde.

 

Barbara Auzou.

« Comment conduire un pays à sa perte », du populisme à la dictature d’Ece Temelkuran.

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« Comment et pourquoi un populiste sans pitié, avec l’aide d’une bande de sympathisants toujours plus nombreux, a pu mettre fin à la démocratie turque au cours de la nuit du 15 juillet 2016, est une histoire longue et compliquée. Le propos de ce livre n’est pas de raconter comment nous avons perdu notre statut de démocratie, mais d’essayer d’en tirer des leçons au profit du reste du monde. »
E. T.
Dans ce livre vivant, passionné et provocateur, Ece Temelkuran dissèque la montée du populisme à l’international. Elle révèle les schémas, explore les causes profondes et les différentes façons dont les pays, même les nôtres, peuvent sortir de la démocratie sans s’en apercevoir.

Editions Stock

« Les Amis » d’Aja Gabel

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Les Amis » (The Ensemble), d’Aja Gabel, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cyrielle Ayakatsikas, Rivages, 460 p., 22,80 €.

Le premier roman d’Aja Gabel est dédié à « la famille ». Mais son récit se concentre sur un autre type de communauté, celle qui fut au cœur d’une des séries les plus célèbres des années 1990-2000, et à laquelle de plus en plus de romans américains semblent s’intéresser : Friends. Scrutant les interactions complexes qui soudent et divisent un groupe d’amis, des années d’université à la maturité, Les Amis fait penser, sur un mode plus délicat, moins intense et masochiste, au best-seller Une vie comme les autres,d’Hanya Yanagihara (Buchet-Chastel, 2017), qui lui aussi mettait en scène quatre jeunes gens.

Chez Gabel, les personnages sont saisis à un moment charnière, cet âge tran­sitoire, pendant la vingtaine, où les identités se forgent hors du giron familial. Mais la singularité de son roman est de ­connecter les quatre « amis » du titre par un ciment autrement plus solide que les simples attaches affectives : ils sont, en effet, membres d’un quatuor à cordes. Dans ce cadre, les métaphores habituelles des interactions au sein d’un groupe – harmonie, accord, assonance et dissonance – prennent une portée plus ­concrète, que Gabel, longtemps musicienne professionnelle, exploite avec subtilité.

Le milieu de la musique classique

L’intrigue est ponctuée par des ­concerts où, à chaque fois, se joue un tournant de la carrière des jeunes héros. Mais l’essentiel se déroule entre ces épisodes, ce qui se noue et se défait sans cesse entre les membres du « quatuor Van Ness ». Il y a l’ambitieuse calculatrice, la romantique qui place l’amour avant le reste, le virtuose à qui la vie a tout donné et le ténébreux tourmenté qui, dans sa revanche à prendre sur l’existence, égratigne quelques âmes sensibles. Entre ces quatre-là, le roman module les liens, tantôt graves, tantôt plus légers.

L’une des forces du texte tient à sa description du milieu de la musique classique, des coulisses, des répétitions, des mille étapes qui jalonnent le parcours de solistes déterminés à réussir. Un personnage étrange et inquiétant, presque faustien, l’imprésario Fodorio, surgit parfois, en arrière-plan. Les pages les plus ­attachantes mènent le lecteur dans les lieux de prédilection secrets des musiciens, comme cet « antique magasin (…), institution pleine de boules de naphtaline, de parquets grinçants et d’étagères débordantes de partitions parfois classées selon une logique obscure », où l’une des héroïnes entraîne son nouvel amant.

D’après un article le Monde.fr

L’alouette du rêve

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J’aurais vécu là

avec l’alouette de mon rêve

et ses écrits-respirés

que je tenais nus dans mes bras

jusqu’à ce matin où suivant un nuage de facilité

elle quitta le perchoir de mon poignet

et s’enfonça dans la cécité du jour

pour y creuser la fosse de l’absolu

me laissant avec des mots délavés

dans un ciel décidément sans étoiles

 

Barbara Auzou

Atelier poésie/ préparation des portes ouvertes.

Il reste 4 semaines avant les portes ouvertes de fin d’année..Les élèves de l’atelier préparent (sous la bienveillance de ma présence aphone) des panneaux sur Éluard, Supervielle, Guillevic et Apollinaire  auxquels ils ajouteront leurs propres poèmes…Et le récit de la remise des prix qui se déroulera le 22 mai…

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Les Missives Bleues IV

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Bercé par des mains ignorantes le ventre du temps ce matin est pétrifié et les chevilles mordues de doutes manquent d’entrain.

J’ai sous les yeux des colliers de silence sertis de bleu que je camoufle un peu dans un ciel saturé de lui-même.

De quel animal dîtes-moi faudra t-il caresser le pouls et la laine pour que ce printemps rebelle soit un peu à nous?

Et comme à un jeu de patience je m’invite à genoux au pied de la clématite pour chercher sur son inextricable réseau la preuve attestée de notre présence et de notre émoi dans ses fleurs jumelles.

Il m’a semblé qu’elles pleuraient de cet état nouveau.

Je vous écrirai demain très tôt.

 

Barbara Auzou.