Un manteau trop petit

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C’est toujours dans notre réel que les autres nous laissent

après l’essai des couleurs après la bouche et ses prouesses

et notre syntaxe s’en trouve bousculée ainsi que la place

de chaque chose que l’on touche Alors on se replace en osmose

au cœur surpris de ce qu’on a cessé d’attendre et il nous pousse

des ailes plus grandes des ailes plus tendres et un surcroît de nudité

qu’on tient en laisse sous un manteau trop petit

 

Barbara Auzou

« Je ne suis pas un oiseau » d’Anne Herbauts

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Un voyage graphique et poétique, qui aborde avec délicatesse le thème de l’exil et des migrations. Et donne à la tragédie un éclairage universel.

Sur la couverture, une découpe d’oiseau striée comme les barreaux d’une cage et un titre en forme de négation. D’emblée, tout est dit : un oiseau empêché de voler n’est plus un oiseau, un homme en exil qui ne trouve pas refuge est un condamné. Voilà encore à l’œuvre la grande force du travail d’Anne Herbauts, cette fois-ci plutôt à destination des adultes, même s’il reste accessible à tous. De double page en double page, de bout de poème en bout de ficelle qui s’échoue et meurt sur le sable, elle regarde la tragédie des migrants en face mais la raconte de biais. Là, cet oiseau peut-être des­siné par un enfant, accroché en haut de la page tel un soleil ; et en écho cet autre, peint d’une main plus sûre, qui s’effondre comme abattu en plein vol. Ici elle transforme l’écriture sumérienne en empreintes d’oiseaux, plus loin elle rêve d’un radeau brisé de­ve­nu cabane puis fait se croiser Renaissances italienne et flamande, dieux grecs et nef chrétienne, visages romain et africain… Les guerres, les catastrophes et les haines chassent les hommes de chez eux, les siècles et les cultures n’y changent rien, pour preuve ce lancinant refrain qui scelle le destin humain : Je ne suis pas un oiseau. Un chant poignant de simplicité, un poème visuel tout en délicatesse, qu’elle entonne sans une once de grandiloquence. Si Anne Herbauts n’appuie nulle part, elle touche pourtant en plein cœur.

 

| Ed. Esperluète, coll. Hors-formats, 80 p., 22 €.

Un article Télérama.fr

Ce que je ne serai pas (III)

Ce que je ne serai pas I et II sont ici et 

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Le ciel a beau battre l’avoine de ses intempéries sur la croupe d’un cheval sévère

Jamais du squelette je ne serai le reproche d’avoir failli à la vie

Et c’est par la pivoine que je continuerai à l’habiller de rose et de chair

 

Barbara Auzou

 

Gardienne

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On parlait de bateaux toujours bleus et d’exils volontaires

d’horizons que l’on sonde avec ce qu’il faut de croyance et d’abstraction

lorsque surgit jumelée à l’amour l’idée d’un lieu

On aura ajouté quelques souvenirs heureux  et quelques tutelles littéraires

à ces rêves de mer qui auront bâti la maison des années profondes

Mais j’étais une fleur de terre poussée dans la durée ordinaire d’un seul soleil

et la maison est restée irréparée bien trop vaste pour le travail d’une seule abeille

Alors j’ai appris à solenniser le geste familier  à caresser la ronde de sa lumière

Une lampe dans la main et une autre dans le cœur

je reste la gardienne de la rêverie et de la rigueur

 

Barbara Auzou

Mystique

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Quand a lieu l’échange mystique

entre l’air et la fleur

l’homme regarde sa solitude dans le bleu pâle de ses yeux en colère

et ses mensonges ferroviaires sont autant de chevaux de bois sans musique

froidement inhabités

Un temps il s’accable à l’épaule évadée d’un trop grand cœur

Puis n’y pense plus

 

Barbara Auzou

Sylvain Tesson, nouvel Ulysse pour un documentaire d’Arte

L’écrivain-voyageur Sylvain Tesson se lance dans un nouveau périple à l’occasion d’une collaboration avec Arte : le tournage du documentaire Dans le sillage d’Ulysse avec Sylvain Tesson. L’auteur de Sur les chemins noirs partira de Marseille, en voilier, pour refaire le voyage d’Ulysse en Méditerranée : l’admirateur d’Homère voguera ainsi sur les traces de son héros.

Des rivages de Sicile jusqu’aux côtes turques, en passant par l’Italie, l’Albanie et la Grèce, Sylvain Tesson convoquera la poésie d’Homère et tous les Dieux de l’Olympe au service d’une aventure intemporelle au cours de laquelle il rencontrera les habitants de ces rivages. En livrant au public sa vision très personnelle de l’Odyssée, l’écrivain nous emmène à la découverte des cultures et des lieux marqués par ce récit épique, toujours aussi présent dans notre culture européenne. Pivot de la coopération culturelle et économique entre les deux rives de la Méditerranée, c’est sur le Vieux-Port de Marseille que Sylvain Tesson embarquera pour sa grande Odyssée.

Dans le sillage d’Ulysse avec Sylvain Tesson
Une série documentaire avec Sylvain Tesson (5x26mn)
Réalisée par Christophe Raylat
Une coproduction : ARTE France, Lato Sensu Productions
Avec la participation d’Ushuaia TV et TV5 Monde

Diffusion sur ARTE en 2020

Sylvain Tesson
Écrivain, journaliste et grand voyageur, Sylvain Tesson est passionné par l’Asie centrale, qu’il parcourt inlassablement depuis 1997. Il s’est fait connaître en 2004 avec un remarquable récit de voyage, L’axe du loup. Reconnu par la critique et apprécié par le public, Sylvain Tesson publie de nombreux livres dont Une vie à coucher dehors, Petit traité sur l’immensité du monde, Dans les forêts de Sibérie (Prix Médicis essai 2011) et le recueil de nouvelles S’abandonner à vivre… En 2017, il partait déjà pour ARTE en expédition à travers les hauts plateaux du Tadjikistan pour le documentaire Octobre blanc, Sylvain Tesson sur les sommets de la révolution. La même année, il conçoit une série de 8 émissions pour France Inter intitulée Un été avec Homère, qui donnera lieu à un livre homonyme en 2018.

 

« Investiture » de Norge.

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Investiture

Tu es belle comme une pomme.

Tes mouvements ont la musculeuse
tension d’un piège,

le troublant équilibre
d’une algèbre.

Et tu m’apportes le magnétisme
d’un film inédit.

Mais je renonce à cette obtuse
équation, car je demeure
trop fragmentaire.

On ne peut pas te circonscrire
ni par la fervente fiction
d’une verrière gothique,

ni par l’exacte souplesse
d’un roulement à billes.

Soyons nus sous le ciel primaire
et aimons-nous
frustrement comme dans
la Genèse.

 » Nouveaux Visages » de Danzy Senna

9782330121624En ce début de XXIe siècle, Maria et Khalil forment le “couple parfait”. Noirs à la peau claire, ils sont ces “nouveaux visages” en train de brouiller des frontières archaïques. Tous deux résident dans l’enclave noire bohème de Brooklyn où Khalil surfe sur la première vague de l’ère “point-com” tandis que Maria travaille à sa thèse sur le terrible massacre de Jonestown, lors duquel, en 1978, les neuf cents adeptes, en majorité noirs, de la secte du Temple du peuple trouvèrent la mort.
Enfant adoptée et élevée par Gloria, une universitaire militante morte avant d’avoir achevé sa thèse sur “la triple conscience des femmes noires”, Maria à qui tout semble pourtant réussir souffre en secret de troubles du comportement capables de la mettre en danger et de compromettre son avenir.
Danzy Senna, qui a elle-même grandi dans l’“élite à dreadlocks”, s’emploie ici à tourner en dérision la quête d’authenticité raciale dont a parfois pu faire preuve une communauté noire contemporaine “branchée”. “On ressemble à des personnages de Woody Allen, la mélanine en plus”, résume Khalil.
À travers sa protagoniste, Nouveaux visages incarne l’échec des très flexibles valeurs du monde contemporain à constituer un rempart contre les forces de la mémoire, du désir ou du désespoir. Une remise en cause aussi caustique que radicale de la quête d’identité dès lors qu’elle se réduit à un cliché dévorateur.

Mai 2019 / 224 pages

traduit de l’américain par : Yoann GENTRIC