Cela faisait longtemps qu’on n’avait plus vu de marguerites…

marguerites bonnes

Cela faisait longtemps qu’on n’avait plus vu de marguerites

l’abîme pâle qui les enveloppe  Dans l’arbre un œuf couve

des pensées interlopes  J’ai rassemblé mes robes dans la perte

des jours pour être quitte Un peu beaucoup les mots inouïs

dans le chaos de la phrase totale m’ouvrent le nid d’un autre visage

plus lourd d’être plus léger Rien en moi jamais ne renonce à l’amour

 

Barbara Auzou.

 

Promesse d’essentiel

L’or de l’azur/ Joan Miró (1967)

l'or de l'azur

 

Ecoute-moi m’étonner

puis rire

lorsque je me risque à la folie des insurgés en gravissant l’instant jusqu’à la lumière de mes espaces clos

C’est un cercle exact que les oiseaux viennent habiter

un espace-temps au tremblé du geste droit qui sans cesse refait le printemps

Et je ris de savoir avec toi maintenant

que voir plus loin c’est aussi voir plus longtemps

 

Barbara Auzou.

Les Jardins Avenants

les jardins avenants

Toi qui reviens vivre à chaque fois les choses debout

tu sais qu’ici on a le droit aux yeux comblés et à l’insatiable curiosité

des jardins avenants qui font des torrents d’épaules La poésie

est pleine d’absence La part définitive du savoir c’est la peau

et le temps se rompt bleu de lin à l’arrière du genou

Joueuse la main accordée à l’autre main

Belette à l’autre bout de nous

 

Barbara Auzou.

Noel 1948/ Maria Casares à Albert Camus…

Maria Casares (2)

Maria (Noël 1948) : « J’ai trouvé le Merveilleux et l’on ne me donne que par autorisation et à heure fixe ! Je te veux partout, en tout et tout entier et je te voudrai toujours. Oui, toujours, et qu’on ne me parle pas de « si… » ou de « peut-être… » ou de « pourvu que… ». Je te veux, je le sais, c’est un besoin et je mettrai tout mon cœur, toute mon âme, toute ma volonté et toute ma cruauté même, s’il le faut à t’avoir. »

maria casares

Albert Camus/ Maria Casares, Correspondances 1944-1959

 

Ils n’ont pas vu

ils n'ont pas vu

Ils n’ont pas vu

Ils n’ont rien vu

des vastes espoirs de notre peau

qui dépèce les mots et du poème-tempête

rodant parmi les arbres  Ils n’ont rien vu

car ils ne voulaient pas voir que l’attente

de toute une vie derrière une fenêtre

tourne avec le lait et récapitule sa naissance

sans arrêt  Qu’on attend la mer comme on attend

la mort flattés du ressac comme de grands enfants

Encore moins  les chemins de détours pour aller

de l’un à l’autre l’amour le fusil et la sueur

à la limite des bras l’orgueil dressé droit devant

un autre orgueil que l’on nomme indifféremment

Amour ou Bonheur Non ils n’ont pas vu cela

Et pour toi et pour moi non plus ils n’ont pas vu

 

Barbara Auzou.

Juste un peu

juste un peu

Change-moi juste un peu L’aurore

parfois est malaisée et les dictionnaires

si lents que le récit d’une vie semble dicté

pas à pas Chaque nom y meurt en silence

Redonne-moi l’or de l’enfance et le vif-argent

qui rassemble l’avant et l’après Je veux garder

l’œil bouclé sous la paupière et le sang froncé

aux veines Sa sainte horreur du linéaire

 

Barbara Auzou.

EROS SUSPENDU/ René Char

RenéChar (2)

 

La nuit avait couvert la moitié de son parcours.
L’amas des cieux allait à cette seconde tenir en entier dans mon regard.
Je te vis, la première et la seule, divine femelle dans les sphères bouleversées.
Je déchirai ta robe d’infini, te ramenai nue sur mon sol.
L’humus mobile de la terre fut partout.Nous volons, disent tes servantes, dans l’espace cruel, — au chant de ma trompette rouge.