Poèmes. 2017/2018

Fragments.

Mes Voeux, Annette Messager.

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Ce serait comme une exclamation,

stoppée à la flèche et en plein vol,

qui aurait fait voeu d’élision

à la veine d’une nuit folle.

Et des mots de verre brisé

et du corps fragmenté

accueillerait le silence et l’accident,

le surcroît blessé de lucidité

et toutes les peurs à la torsion

d’un soleil en embuscade

et qui ment.

On verrait alors les grappes du monde se balançant

à la saignée des branches-mères

s’offrir aux yeux et aux mains des enfants

et chercher le pouls du temps

au front sévère qui sépare patiemment

ce qui est

de ce qu’on espère.

 

 

 

Barbara Auzou.

 

La Gravité.

La Petite Châtelaine. Camille Claudel. (1890)

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Nue et désemparée

au jour qui la traverse

d’affronts, de tensions,

de fureurs et d’accalmies,

à la forge et à la cendre,

la gravité pâle en sa robe

d’interrogations et d’envies

redonne confuse l’attention claire au geste

et la connaissance de ce qui s’ingénie

à rompre, à briser, ou à renaître au tison.

 

Elle qui s’était clouée le coeur

à la combe et au versant le plus escarpé

de la tourmente du tout- ou- rien et du conflit

accepte à l’aurore de se laisser bousculer, tendre,

et tous les rires dedans qui restaient à secouer

se répandent féconds et en pluie

au crépuscule de la fleur.

 

 

Barbara Auzou.

L’estoc.

Photo Pinterest.

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Et où écrire ailleurs

que sur l’état naturel de l’excès,

des trouées de l’enfance,

de son corps et de ses contrées

innervant les remises de peine et puis la peur,

les désirs de guerre et ses tourments sublimés?

 

Ce qui pourfend à l’épée n’est que le mot retenu.

C’est l’estoc fragile et fou

au fleuret furieux du souffle ému

qui flaire l’ouverture à la feuille du temps

et au fer sa séculaire nervure.

 

Ce qui s’écrit ne doit se fier à l’armure

Sous peine de n’être à la page que main coupée

et au jour inchangé de ne voir célébrer

que le sacre de l’usure.

 

 

Barbara Auzou.

Les paliers.

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À franchir un à un les paliers

de l’escalier perpétuel

on oublie la marche dérobée par un nuage

et sa pâleur de nacre comme un mirage

où le corps dégringole pèle-mêle

se fendant sec à l’ardoise fraîche

et sans ancrage.

On est fauché à l’aube d’une récolte de silence

moisson au secret d’un coeur qui bat l’amble

tendant les mains à un avenir qui tremble

en quête obstinée d’évidence.

Et on reste comme un enfant éberlué

au perron de la tour de Babel.

 

 

Barbara Auzou.

Fatuité du printemps.

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Ecoute le vent se faire silencieux

aux jeunes pétales abusés.

Vois au péril de la confiance accordée,

les oiseaux complices ouvrir le sentier

à ses desseins sombres et orageux.

 

Regarde,

Déjà le pied de la rosée

est moins sûr à la sandale négligée.

Ce qui va de soi s’inquiète du retour des saisons

et se mouche sans fin à l’aigu des chansons

qui célèbrent la tulipe d’orgueil saturée.

 

L’herbe reste prisonnière aux lèvres serrées

d’un printemps tout entier à son affectation.

 

 

Barbara Auzou.

A tenir le ciel…

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L’air avait le coeur sec

et les éclats du vent,

volutes vouées à l’échec

martelaient de cris sourds

un soleil confisqué au matin.

 

Et nous tenions le ciel

à la tenaille de nos mains

pour que le territoire de nos printemps

ne disparaisse pas des cartes

et ne fasse feu de paille

aux masques éteints du renoncement.

 

Alors seulement,

des nouvelles géographies

nous nous trouvions heureux

et nous nous accoudions ravis

à la rampe d’un jour radieux.

 

 

Barbara Auzou.

Derrière la porte.

La vieille porte.(2008)

Photographe 

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Que nul ne regarde derrière ma porte

quand vient la poussière à la pupille du soir.

Vous planteriez l’iris du silence

au terreau d’un oeil qui bâtit son territoire

sur l’arc tendu d’un sourcil

que le ressort avait déserté au matin

et qui se referme pourtant en piège de cils

sur des larmes d’orgueil amoncelées.

 

Que nul ne s’inquiète à l’écho de mes volets.

Au désordre de la mémoire et aux méandres de la pensée

je préfère le caillou du chemin et l’abri sûr des mains.

La morsure de la nuit est déjà loin

puisqu’elle a été nommée.

 

 

Barbara Auzou.

Sans mémoire.

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En vérité, je n’ai pas de passé,

je n’ai rien retenu

de ce qui m’a traversée.

Et de la fureur des intempéries

ne demeure au ventre qu’un arbre couché

sur lequel les enfants s’affrontent

pour un royaume clair de verticalité.

Les oiseaux y font le reposoir

de leurs rêves de matins blancs et d’épées

à fendre un ciel d’abandon déçu.

 

S’il est un lieu où migrer,

il aura un avenir sans mémoire

peuplé de mangeoires

de sandales usées

et de myosotis invaincus.

 

 

Barbara Auzou.

Vestiges nus.

Pinterest.

Photo : Les 2 sentinelles…, France, Monuments,

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Les visages sont les vestiges nus des saisons qui reviennent par habitude séjourner un temps à la tiédeur des maisons.

Mais leur lumière est restée captive à la gueule ouverte du grand chien et au parquet des coursives dont ils firent leurs chemins.

Et moi je reste volontairement à côté évaluant la direction que prendra le geste.

Si dans le sang toujours restent des histoires d’enfants interrompues, c’est pour s’étendre dans l’herbe de la patience blonde à attendre tout des pensées vagabondes et de l’accroche-coeur les séductions têtues.

 

Barbara Auzou.

Respiration.

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Chez les sages, chez les fous

absents jusqu’à la brûlure,

de la parole vive à la parole dure

et à celle qui se cogne à l’enclume

d’une poitrine sous les verrous,

tout est respiration.

Et le cheval du sang,

prêt à jouer

et à dessiner des ronds

au costume fringant

d’un soleil ruisselant d’écume,

pousse au pouls de la porte étroite

sous un ciel qui a inventé les oiseaux

pour dans l’immensité être moins seul

et désobéir au sinistre linceul

de la ligne droite.

 

 

 

Barbara Auzou.

Purs.

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Nous aurons des mains de nouveaux-nés

et des rameaux d’attente fébriles aux doigts;

ce sera un mardi frileux je crois;

nous laisserons la pudeur éparse au jardin suspendu

pour que le soleil n’ait pas à s’en plaindre

et les histoires qui se déroulent hors de nous

accrocher seules leurs insomnies

à la cime des arbres nus et qui ont froid

de l’usure d’un ciel maintes fois reprisé

qui déteint en proverbes grossiers

sur nos fruits vermeils.

 

 

Barbara Auzou.

 

Je ne sais pas.

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Tellement à dire

et à laisser accroché

à l’herbe humide

comme une parole déposée.

Et moi je ne sais pas

du langage commun les sévères lois.

Je ne sais pas la brume qu’on force à l’épaule leste

pour se frayer au matin un passage.

J’entends les mots tus et les messages

pulvérisés au corps nu d’appréhension

et les saccages et la brutalité des gestes

à demeurer bouleversée entre le songe et la réalité

au cadastre tremblant de l’émotion.

 

 

Barbara Auzou.

Les silhouettes de lumière.

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Au poids sur l’épaule

et à la route qui ne tolère l’attente

on sait soudain

la douleur du jour que rien ne délivre

sur la peau comme une forme tremblante

et la sinuosité de son parcours

au tamis de l’ampoule blanche du matin

qui boit au corps des parcelles de vivre.

 

Et pourtant il faut terminer son histoire

fût-elle de sable fin

même au néon d’un soleil noir

et au moule imposé du lendemain.

 

Le monde reste sourd aux vents à suivre

aveugle aux silhouettes de lumière postées sur les chemins

 

qui tendent leurs doigts à la folie généreuse de la menthe.

 

 

Barbara Auzou

S’en remettre au vent.

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S’en remettre au vent

et en comptant valider

les kilomètres vacillants

qui promettent un air purifié.

 

Ce que je croyais

ma patience de laine

enfantine et ordonnée

s’effiloche en cris silencieux

pour s’empaler sur de grands tréteaux

défiant sérieux l’horizon saturé.

 

 

Bientôt la brume obscure

défait son lourd manteau

pour réchauffer le chemin qui me promène

et lui offrir sa juste envergure.

 

 

Barbara Auzou.

L’ombre.

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Il y avait la pensée du lieu

pour pourvoir à la peur de l’imprévu

lestée au ventre en son milieu

et des vagues creusées de poussières nues

qui glissaient sur un grand corps de soleil

et de fruits mûrs.

Déjà l’ombre louvoyait à l’encolure

sans vraie responsabilité au dehors.

Pas même la récolte d’une promesse vermeille

Sinon solenniser le geste familier

avant de céder sa place à l’inachevé.

Et dans le bleu rare d’une eau à la bouche asséchée

tenter de trouver la brûlure

d’un morceau de ciel

à puiser le jour au vrai.

 

 

Barbara Auzou.

Rencontre.

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Les mains mêlées de la nuit

préparent d’un même mouvement et avec soin

la rencontre et son inéluctable consolation

vite renvoyée aux cartons des sévères lendemains

dont il serait malséant d’annoncer la saison.

 

Les deux ensemble et tour à tour s’affairent

à ordonner de l’entente les signes nécessaires,

l’insolite et le familier pendus à la jupe du matin

et les chemins réciproques et les paroles claires

qui rendent la juste légèreté aux feuillages,

font le tri des songes aux fronts sérieux

et le vertige des bouches au miroir du visage.

 

 

 

Barbara Auzou.

Jeux d’enfants III.

Pour mémoire « Jeux d’enfants » se trouve ici. , « Jeux d’enfants II », ici.

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Des rires de pieds nus

à l’herbe détroussée du matin

offerte aux jeux enfantins,

C’est donner à voir

à en devenir assidu.

 

À la rosée des mains

s’abreuver de ce qui peut être bu

sous peine d’un revers sec du lendemain

au talon et droit au but.

 

Chut…joue et abrège

en toi ces longs conciliabules

avides de preuves.

Ils empruntent de capricieux arpèges

et que deviendrais-tu

sans que ne t’émeuvent

les arbres tronçonnés à la scie du sacrilège?

 

Personne ne détient les clefs vertes de ton existence.

Joue, et à l’arbre qui s’érige encore bien droit

devine la cachette discrète de ce qui fait son essence.

 

 

 

Barbara Auzou.

L’enfant fauve.

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En équilibre et à son aise

sur la cerne espiègle du temps,

comme sur un grand trapèze,

courir à sa perte et sans filet.

Déchausser le pied de la panique

et regarder de haut

les grandes machines compliquées

de la vie, à en faire tout un cirque.

Chauffer ses os à l’air,

le papillon des membres chatouillé

d’éphémère.

Les dresser à rugir en chemin choisi

et en liberté retrouvée, partout.

 

Puis s’endormir dans une mémoire d’enfant -fauve

à qui l’on aurait confié un jour d’histoires et de genoux

de ce qui fait vivre tous les mots

et les clefs secrètes du chapiteau.

 

 

 

Barbara Auzou.

A l’embolie des routes.

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Les chemins en surface

ont de grands visages de glace

et mon âme en porte-à-faux

y glisse parfois à la faveur

d’une distraction.

Mais c’est un convoi de fortune

et sans destination

qui s’avance là où est établi

que nous parlerons

de l’air interrompu des saisons,

de l’embolie des routes

du retour des nuages

et de celui des primevères.

 

Sans intention particulière et pourtant

écartelée à la roue du bavardage

Je reste toujours au seuil de la direction

comme en avance sur le langage.

 

Parlez-moi autrement.

 

 

Barbara Auzou.

Tard le soir.

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Tard le soir s’étend

et s’allonge la rumeur

en intimes territoires

de la figure déchirée du monde

qui pénètre le foyer réfractaire,

s’enfle, se presse, désigne au cadran

endormi à la cheminée des heures

ce qu’il reste à parfaire

pour rendre au jour son odeur

d’herbe mouillée et au pouls

l’indispensable ardeur.

 

Et l’on mesure au ruban du matin

la part de souffle à rendre en partage

Qu’il faudra desceller de l’acier du sein

pour qu’une lumière plus droite

s’érige dans un soleil multiplié

où s’ébattent en liberté

les menthes sauvages.

 

 

 

Barbara Auzou.

Négatif.

André Kertész: Geza Blattner et une de ses marionnettes en ombre chinoise, 1930 (environ) Négatif gélatino-bromure d’argent noir et blanc sur support souple.

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Ne pas être celle que je suis et dans la démesure de chacun des gestes terrorisés se cogner un peu plus aux murs d’un langage intérieur en volets fermés.

Éteindre ce regard trop grand sur un ciel dévoyé qui s’écrase lourdement et sans un murmure sur la parole concédée.

Entrer dans la ronde du matin , à l’ovale tremblant de son renoncement sans tain; ne pas rêver aux miroirs d’autres jardins: la rosée s’y répand en flaques de sang.

Faire fi de l’effroi du jour et enterrer tous les soleils jusqu’aux derniers. À l’aube morte la joue sur l’oreiller, emprunter le sommeil des autres pour rendre le sien plus léger.

 

 

Barbara Auzou.

Quand les mots et les tableaux se répondent…(6)

Voici Delphys-La Matrice, ma sixième collaboration avec le peintre Niala-loisobleu.

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Ne faire plus qu’un

à la douleur et à la source .

Naître à la nuit qui s’anime.

Piétiner les spasmes du souvenir

et les traces d’hiver aux yeux morts,

des générations entières que plus rien n’arrime.

Et puis mourir.

 

Dans le grand bain de la lave aveugle

du rejet et du partage,

un enfant que j’ai connu

et dont je garde l’empreinte du visage

façonné au moule flou d’une innocence sans âge

jetait des cailloux aux miroirs sans tain

pour que s’érigent insatiables les clairvoyantes alchimies

aux reliefs des ventres de couleurs et des chauds croquis.

 

Et, déjà , au ciel du lit, le vent tournait lentement

(Quel forfait pour un printemps !)

qui rendraient plus rouges et plus sucrés

les fruits de l’amour  au brûlant compotier.

 

 

 

 

Barbara Auzou.

Carcan.

 

Colette Cleeren, Double the trouble II.Colette-Cleeren_Double-the-trouble-II

 

Aucun jour ne s’est enquis de toi au matin.

Aucune feuille à ton oreille où se balancer dans l’hier.

Partout des regards de poussière à racler les apparences

dans les moindres recoins du banal aux abois.

Et tu restes au nombre des timides aux pas hésitants

traînant avec eux des cortèges d’illusions à la semelle et au carcan

des pierres piétinées en chemin

qui étouffent le grand chant de la terre

entre leurs deux grands bras humides.

 

 

Barbara Auzou.

Simple.

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À discipliner la lumière

en errance au seuil du jour hésitant,

j’ai vu dans vos mots la permanence de l’orgueil

offerte aux fleurs de l’amer

et à la veine bleue déroulée en sentiers sinueux.

 

J’avance sur un lendemain de bitume vert:

les fleurs y poussent droites et grimpent

pour s’offrir effrontées et sans attendre à l’eau

et les arbres croissent en sang silencieux

sur une terre de mots simples.

 

Leurs fruits roulent à vos pieds comme des cadeaux.

 

 

Barbara Auzou.

La voix encore.

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La voix demeurait en suspens

dans un ciel bouleversé

et l’air se donnait en saccades espacées à l’horizon coupé en deux par un soleil trop pâle perdu en son profil en pleurs.

Les sérieuses salutations du silence avançaient en cortège au chemin d’un cadre étroit et la marche cherchait une allure qui pourrait satisfaire le pas à la cambrure d’un sol qui s’arrondissait sous la caresse.

Fallait-il qu’on laisse accroché au leurre d’un lampadaire les lèvres mortes des mots arbitraires pour se réchauffer à la proximité du murmure?

 

 

Barbara Auzou.

Point d’ancrage.

 

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Quand se déchire le tissu du ciel en cumul d’oublis

sur un matin à mordre les visages et à compter les victimes,

on cherche un point d’ancrage au chemin morcelé et accidentel,

et de la volonté en éveil l’instrument magnanime

qui confinera jusqu’au soir nos heures sauvages

au ciment des géographies cruelles.

 

 

 

Barbara Auzou.

 

Quand la peinture et les mots se répondent…Entité.

Voici ma cinquième collaboration avec le peintre Niala-loisobleu.

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Entité – 2018 – Niala – Acrylique s/Canson, encadré s/verre 30×40

 

Une époque comme on n’en vit jamais

de fruits mûrs se tenant loin

des saisons et des capricieuses lunaisons.

Une époque à cueillir au sang frais

du matin les pommes rouges qui murmurent

À la caresse d’un ventre toujours en été.

 

Les bras de la nuit en corps d’orchestre

redonnent le sucre délectable aux gestes

généreux des récoltes et délestent

du laborieux accord des instruments

Qui trop vite au gourmand s’empressent

Et à l’écorce de l’épaule arrachent et blessent

Sans redistribuer la framboise

Au tambour du jardin suspendu.

 

Et à la toile et à l’enfant et à l’oiseau

Sur l’oreiller d’une branche là-haut

Qui tient du printemps les promesses

Ce sont des rêves de myrtilles et de grenades

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À profusion et loin des tumultes

Le peintre qui s’apaise comme on exulte

Inscrit à la pulpe du pinceau la chair de la fraise.

 

 

 

Barbara Auzou.

En attendant.

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À la note des jours trop étroits

sur lesquels il pleut longuement

je violoncelle sous l’oeil éberlué

d’une hirondelle frileuse

à offrir son printemps

au triangle inquiet de la terre

qui l’attend et qui chancelle.

 

Tandis que je racine en doigts noueux

les cordes confuses du temps

l’énergie crépue de la lumière

s’invite en agitant ses grelots agilement

et prend la place restée vide pour le concert.

 

 

Barbara Auzou.

 

La chambre de Don Quichotte.

Voici ma quatrième collaboration avec le peintre Niala-loisobleu.

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La chambre de Don Quichotte – 16/03/2018 – Niala

Acrylique s/Canson, encadré s/verre 30×40

 

Au galop furieux des cœurs fous

s’emballe la roue, pilon à la poitrine

qui écrase rouge et turbine

claque, éclate en orageux déversoirs

vocifère la colère des grands soirs.

 

Il brûle elle revient il repart

Il l’épouse elle refuse , feux noirs

allumés aux yeux du redresseur de torts

enragé à vouloir faire de l’auberge un château enchanté

toujours toujours à l’armure et encore

à raviver de la Dulcinée les flammes

et à ses yeux furieux la braise

qui sert de bûcher au cadavre de ses chimères

aux pales du moulin à vent qui aplatit l’orgueil à son aise

comme on adoube

comme on enterre .

 

 

La jeune laboureuse, belle allure, jolie monture, avait ce soir-là

revêtu le costume d’un taureau impérieux à qui on n’en compte pas.

Mais le moulin en cette nuit d’orages organiques

dévia le vent d’une histoire destinée à jaillir dans le monde.

Amour et Sérénité au sein d’une chambre bleue se trouvèrent réconciliés.

Et aux cendres d’un matin, ce qu’il restait à moudre au moulin d’une table ronde :

-As-tu bien dormi ma Dulcinée ?

-Oh oui ! Et toi, mon chevalier ?

 

 

Barbara Auzou.

Les pages du livre.

livre – Photographie ©2014 par Philippe Bousseau – Art graphique, photographie, photo.

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À détricoter patiemment l’hier

comme on déchire les pages d’un livre

et sans jamais avoir appris à vivre,

on bannit les légendes que le temps obstiné

pourtant reconstruit à l’âtre d’une vie sans demeure

livrée aux chiens en déroute

et on lance le vieux cheval efflanqué de nos doutes

à l’assaut de la brume d’un matin d’hiver.

 

D’aucuns disent l’avoir vu s’ébrouer

en bredouillant des vers.

 

 

 

Barbara Auzou.

L’événement.

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Écrire l’événement

c’est tromper le vigile

en sa nuit de signes trop ordonnés

et dévier la logique de l’unique chemin

pour lui donner un sens sous peine d’être rien

à la serre du grand rapace

sinon une proie.

 

Ce qui tombe ne tombe pas par moi.

Le langage hélas parfois nous devance

et prend le visage commun de l’accident

écrasé à l’ardoise bleue des toits

grand corps déchiqueté au fiel des lignes électriques

que l’orage foudroie

et disperse en plumes de sang.

 

 

 

Barbara Auzou.

Au mur.

 

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Les soirs où la beauté tarde,

de vieilles étoiles au secret des chambres

ouvrent les yeux sur des soleils d’un bleu

ardent.

Et c’est bien autre chose qui se joue

à la mémoire en feu

que ce temps exaspéré en durée lente

que rien ne semble devoir arpenter

aux parois trop lisse d’un mur trop blanc.

 

C’est soudain un silence à dévorer le ciel

se répandant éperdu au coeur

de ce qui réconcilie.

 

Et des mots se prononcent à notre insu.

 

 

Barbara Auzou.

Le Tremplin.

Voici ma troisième collaboration avec Niala-Loisobleu.

D’après le tableau : Le Tremplin.

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La Vie, l’Amour 7 – 2018 – Niala – Acrylique s/carton-bois 50×70, encadré s/verre

 

Aux rideaux d’un rêve roux, le souffleur à la fosse arraché n’a plus assez de mots pour compter ce qui s’ajoute ou se soustrait à la rétine déroutée.

C’est l’heure sanguine en ventre d’agrumes.

À peine l’étreinte d’une amertume , le temps de voir au vent se déployer une guirlande d’enfants sans âge, aux genoux et à tous les étages.

Et l’on se demande encore si l’on a assez bercé le père tombé à la terrasse d’un café.

Au caniveau, le sac de jouets crève au soleil d’un tendre assemblage.

Peut-être qu’au dernier acte et au leurre des pâturages, d’autres enfants auraient connu la grâce d’avoir désappris à l’âge tendre ce que les murs de l’école avaient ravi

pour mieux le rendre un beau matin couleur d’oranges

au souffleur en pleurs

sous le strapontin.

 

 

Barbara Auzou.

Provision d’existence.

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Vieillir et surtout parler plus bas

Former ce voeu effarant et fou d’une main qui effleure et se balance

au panier de l’épaule, à la tresse du bras, pour faire provision d’existence

Et puis sourire comme on s’endort, la poche crevée des souffrances au feu de la marmite et ses relents consignés au grenier, sur les marches vermoulues qu’ on évite

Faire le lit des forces inaliénables

et y inviter la nuit

Encore des tables à dresser et des chiens à enterrer là-bas sous le vieil érable

Eux et toutes les portées à venir

 

Ne pas en avoir fini.

 

 

 

Barbara Auzou.

L’absente.

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Ne m’appelez pas

je n’ai pas de réponse aux pourquoi des saisons

les montres pendent à ma pensée perdue

et vous me dérangeriez tout au plus.

 

Je n’ai pas mis le pied dans le sabot du jour

je ne suis pas là où l’on me voit

à l’empreinte de mille directions

flottante au seuil des alentours

 

Ne m’appelez pas

je dors dans le pouls d’ une autre ville

dont les avenues me parcourent en espaces de silence

et la proximité reste le leurre de la distance

à ma voix suspendue

 

Ne m’appelez pas

Montrez-vous sage

Je suis simplement de passage

entre la réalité

le songe

et la page

 

 

Barbara Auzou.

Un ciel trop grand.

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Nous avions pour seule patrie

un ciel trop grand et des mots infirmes

que l’orage avait déformés

et nous ramassions à la coque d’un jour surpris

ce qui restait de cette tourmente sublime

comme la part du monde qui revenait

à l’invention de nos vies,

à l’oeuf peint de nos envies

que le vent faisait rouler sur l’herbe folle

aux pieds nus de la nuit,

aux sandales du matin,

la gorge sèche à boire le jour

à l’eau trouble des fontaines.

 

 

 

Barbara Auzou.

 

Clair de terre.

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À contempler

trop longtemps son rêve

on devient clairvoyant

et on laboure

ravi

la terre à son tissu

les mains nues

et le mors aux dents

en chantant

sous le chien fou de la pluie.

 

 

Barbara Auzou.

Jouet.

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Un soleil flanqué de ses ombres légitimes

s’invite intimidé à la fenêtre hésitante

et les humeurs sanglantes cognent de concert à la tempe.

C’est à peine si à la niche de l’horizon on devine

tapie la bête aux mille yeux , attentive

aux flux et aux reflux des doutes.

Au pouce des jours ordinaires,

comme autant de berceaux

pour survivre.

 

 

Dans le hoquet du monde,

on devient le jouet

de la route.

 

 

 

Barbara Auzou.

Le gardien des jarres.

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Partout, on s’affaire, dans des horizons de peu,

à se manger l’oeil aux voiles de la nuit pour pouvoir saisir, verticale ou en morceaux épars,

aux lampes quotidiennes ou aux fleurs idéales,

la lumière crue du gardien des jarres

pour un soleil plus franc au matin.

 

Mais rien ne brille et tout est lourd à la scie du gardien

occupé à serrer, bleue, la gorge du jour

et les fleurs demeurent les grands nénuphars d’une pluie étranglée de mots.

 

Barbara Auzou.

Mots peints et Mots écrits…Manifestation de la Muse.

Comme Niala-Loisobleu a peint à partir de mon poème pouls (c’est ici) , j’ai de mon côté écrit à partir de son tableau : Manifestation de la Muse ci-dessous.

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Sous la caresse fortuite d’un soleil ravi qui tressaille et ruisselle, le langage du ciel, trop jeune pour une nuit qu’on lui impose en bouquets de pacotille, a épousé les mots rares, les mots embués et les secrets de coton chuchotés  au bleu des draps, au chaud des billes

et

 

C’est la beauté du monde qui s’y penche pour mieux boire

Amphore

Encore

 

Elle n’est pas moi mais je tiens tendre la main abandonnée de l’autre qui déjà a couché son visage de pierre qui fut et sera le mien, celui de tous les matins, celui du fond des âges

 

Et qui s’étage contre la charge du monde à l’aube d’un pinceau bleu et au menton assoiffé de l’enfant avide, le doigt sur la mappemonde, étourdi d’images

En Corps

Encore

 

Et il peint des chemins de ciels clairs qu’un rien amuse.

Le soleil a rendez-vous avec la lune. Elle a enfin cessé de l’attendre s’abreuvant aux rivages tendres d’un ciel réconcilié

À la marge

Et à la manifestation de la Muse.

 

 

Barbara Auzou.

Tour de clef.

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S’en tenir à l’oubli

et entretenir la maison du repos,

les murs à l’horloge

comme autant d’aiguilles de pin

que le vent disperse à la nuit.

 

En occupations distraites

et debout comme ceux qui attendent,

en gestes suspendus à la roue

qui s’enfuit,

on contemple le surcroît de patience

à l’impatience arraché,

sa persistance à la tête,

 

et l’on s’en va

regardant ailleurs

soustrayant à l’iris

le chardon dans la fleur.

 

 

Barbara Auzou.

Quand les mots et les couleurs se répondent…

Ci-dessous mon poème POULS peint par Niala-loisobleu…

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POULS

 

Pourtant

Pourtant

Partout

Des fleurs poussent au filet et au fusain de pièges de papier et les mots peints parcheminent des profils trop épris de pourtours flous

Reprisent

Encore

À la poitrine féroce et lourde la forme et le fond défiant le feu-follet de la peur

Pouvoirs

Pour voir

Aux poumons de peu à la proue poreuse qui répond épouse repousse retient

Respire

Palimpseste de la joue épanchée à l’épaule en aparté pour recoudre le fil fendu des pluies fauves affolées poursuivant promettant persiflant en pure perte et

Permettent

Au pied effaré

la fuite

la refonte

Par la porte

La fenêtre

Ou le ponton

 

Barbara Auzou.

L’heure brève.

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C’était des rêves clairs

à être bus à la prêle du jardin

et qui allaient à l’unité

jouant les superstitions à cloche-pied

sur le sol carrelé de l’hiver.

 

Noir et blanc se confondaient

jusqu’à ne faire qu’un,

des formes faciles et fières,

fatales à la somnolence du matin.

 

L’angoisse pure se dissipait au loin

rassemblant ce qui était épars,

ce qui consume et ce qui sauve

au panier complice de lumière.

 

 

Barbara Auzou.

Allure.

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L’aube attendait l’heure

et le signal à la mémoire alarmée

derrière les rideaux lourds

derrière les paravents inquiets

au-dessus d’un ciel lavé de rosée

dont ne subsistait que la pâleur.

 

Comment décider de l’allure à donner

à la consigne et au verre du jour

Même en pas désaccordés?

Aux recoins de quels visages qui tremblent

en fenêtres d’illusion et à la buée

de quels instruments du souffle à l’air liés

poserons-nous le pavé de l’éternel retour

pour contempler à nos consciences superposées

les jardins qui s’étagent

les journées emmêlées

et la terre et le vent qui battent l’amble?

 

 

Barbara Auzou.

Les morts font le nid des vivants.

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Aux mensonges du vent

Au bec de l’oiseau bourru

Les tourmentes au toit suspendues

Les morts ce jour font le nid des vivants

Insufflant l’air à leurs songes

Et du drame le fil à la patte est rompu

Nous n’attendions plus rien

Et tout est revenu

Le rire l’abeille et les pétales

la légèreté au sein lourd

Et la lueur d’amour fou à l’oeil du chien

L’os épris de la chair et la nuit du matin

Au seuil d’un jour de beauté étale.

 

 

Barbara Auzou.

Pouls.

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Pourtant

Pourtant

Partout

Des fleurs poussent au filet et au fusain de pièges de papier et les mots peints parcheminent des profils trop épris de pourtours flous

Reprisent

Encore

À la poitrine féroce et lourde la forme et le fond défiant le feu-follet de la peur

Pouvoirs

Pour voir

Aux poumons de peu à la proue poreuse qui répond épouse repousse retient

Respire

Palimpseste de la joue épanchée à l’épaule en aparté pour recoudre le fil fendu des pluies fauves affolées poursuivant promettant persiflant en pure perte et

Permettent

Au pied effaré

la fuite

la refonte

Par la porte

La fenêtre

Ou le ponton

 

 

Barbara Auzou.

D’autres voies.

Photo: Erik Frey.

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Sur une nuit déçue de ne pas régner en sa violence exténuée,

s’est posée l’aile du possible dardant une lumière rompue à apaiser la fureur de la terre, ses soubresauts de semelle irascible suffoquant à l’étreinte refusée du matin

bientôt refroidie et qui s’éloigne lentement tandis qu’aux fronts mêlés de rides communes comme des nuées colorées à la matière anonyme et au souvenir du maintenant , se dessinent inédits, simples et inouïs, des chemins contents.

 

Barbara Auzou.

Oh les dimanches…

L’ENFANT SOUS LA TABLE– LUANA MAYERAU

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et parce qu’il ne fallait surtout pas être treize à table, ils sont bien douze par vers…et trinquent encore…

 

 

 

 

 

 

À crédit, car il fallut rendre les rumeurs

dérobées à la cheville et au pied des autres,

je fus une enfant cachée sous la nappe à fleurs

lourde des dimanches recomptant ses apôtres.

 

Pléthore de pieds de chaises à la mine acérée,

crayons de papier et qui mâchait le buvard

de l’étendue des heures et des robes l’ourlet

sous la table retombant en fiers étendards.

 

J’observais là le travail lent et fasciné

de la sage machine à coudre des histoires

et au point de croix la mémoire des histoires,

son bruit de cristal sec aux verres entrechoqués.

 

Jeu d’enfant à la bille ronde, souci cadet,

j’échangeais des signes avec des visages muets

et les meubles craquant au coeur me répondaient.

 

 

Barbara Auzou.

 

Pour seul argument…

Photo André Baechler.

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Ils auraient voulu qu’on ne soit ni inquiets ni surpris

de ce ciel en chute de lune à l’escalier du crépuscule.

Pas même de la main du meurtre à peine penchée au lit

de sombre d’agonie , repentie mais incrédule.

Ils n’auront laissé aucune pensée, pas un message

pour le cadavre maintenant blanchi de la nuit.

Ils disaient que les coudes de ses murs plein de rage

emprisonnaient l’espace et sacrifiaient la libellule

la maintenant éloignée de l’aisselle humide du rivage

qui hantait leurs songes clairs et maritimes.

Et c’est avec leurs seules envies de large

qu’ils répondaient imprudemment de leur crime

et les mots de sang jeune étaient leur seul bagage.

 

À l’aube de sable, de marécage en marécage,

ils promènent un regard aveugle que rien n’arrime.

 

 

Barbara Auzou.

A travers les jalousies.

Galerie Marchal – Artiste peintre à Lourmarin

 

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À l’été des maisons en volets consentants, on surprend les mots verts s’accrochant follement au regard de la terre meuble, s’enroulant à son grand corps de figue mûre qui s’étire, assoupi encore de tous les signes qui l’assiègent, et se réchauffe en craquements d’os à la brique rouge des murs.

Mais au leurre de l’aube, choisissant toujours l’angle familier du ciel, la belle infidèle, un regard par-dessus l’épaule, s’en va s’offrir au soleil du plein midi, abandonnant son ombre alanguie sur la gêne rose des jalousies et à l’horizon déshabillé ses parfums de miel.

 

 

Barbara Auzou.

Métronomes.

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Ô la grande affaire domestique

à bâtir le quotidien comme on se parle.

Il y a des plis et des jours

en suspension  et lourds

pendus au péril de l’espoir et de son contraire,

le disque double de la terre

qu’obstinément on astique

pour soi et l’autre le semblable

et on interroge sans chercher de réponse

un chemin contraire et sans mémoire

demeuré vierge de tout savoir

un pur chemin sans axiome.

Ceux qui savent ont arraché à la ronce

la racine avec la fleur

et elle crie captive dans le noir

à leurs doigts de métronomes.

 

 

Barbara Auzou.

Violente et douce l’énigme.

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Violente et douce l’énigme des lieux

l’énigme des choses et celle de l’autre

au sable de la voix,

à la terrasse de l’iris vigilant et sérieux,

et comme il faut démêler à l’excès de l’étonnement

les mots et les signes en ondes ressérées

les murmures et les silences au filet!

 

Par quelle grâce sans jamais céder

au déni froid des yeux de statue,

restons-nous au large sans nous échouer

au rocher sombre du commun

pour faire ruisseler sans fin

le poème en années claires

malmené

aux sévères lois des calendriers?

 

 

 

Barbara Auzou.

Et nous serions bien fous…

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Au refuge de l’effacement, recomposant en marges superposées les plaques du temps, le poème tremble

et souvent s’autorise à faire taire les taciturnes réponses du vent et ses autoritaires refus lancés à la brise, en tambours d’ailes qui s’électrisent à l’observatoire du ciel et au masque d’un improbable printemps.

Et nous serions bien fous , quand on y pense, de ne pas y entendre les échos amoureux du silence dont la lumière ne cesse de s’éprendre

pour y dessiner ses muets espaces comme en terre promise.

 

 

Barbara Auzou.

Sur cordes vibrantes.

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L’enfant fou

au spectacle bouleversant du temps

fait fi des sempiternelles trompettes

du printemps

se plie se déplie et suspend l’air

un instant

au bleu d’un ciel épris

qui remise sans répit

les nuages

et rénove en rameaux réels

ma cage

pour m’accueillir comme éclaircie

sur cordes vibrantes.

 

Barbara Auzou.

De la cave au grenier.

Reproduction gravée par Devilliers l’aîné d’après le Philosophe en méditation de Rembrandt (1814).

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Le ciel est bas et le soir descend une à une les marches à l’appel de la lune

comme un vieux bonhomme en prise avec sa vie inopportune, tendant des mains de printemps au rideau d’acier

qui lui aurait ravi et le soleil et les saisons

et le toit chaud de ma maison;

Je l’entends arpenter l’espoir de la cave au grenier, convoquant Éluard et le dur désir de durer.

 

 

Barbara Auzou.

Soleils-fantômes.

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Dans le soleil s’ébrouent de vieux fantômes grimaçants, l’image de l’un superposée à l’image de l’autre à en devenir le rayon de son rêve , la rayure de sa veille.

Alors parle plus bas et n’applaudis pas à l’arène sanglante de leur combat.

Le ciel s’est tu au vent sombre et au poumon des regards.

La blessure au flanc craque le bois sec du jour pour s’éteindre en râle à la voix.

Que nos corps épousent la brume à l’ombre d’un lendemain de sable piétiné et raccompagnent le vieux cheval triste, comme il se doit.

 

Barbara Auzou.

Carte d’identité.

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Ne me demandez pas de parler de moi.

À la pure invention de la nuit même

le profil prend les aspects changeants

que le mot au fer du silence malmène

pour se déchirer pantelant

au sabre des mythologies et des fables

bien en peine de tresser

une ligne au front reconnaissable.

 

Et c’est encore RIEN que vous tiendriez

au panier de vos bras hésitants.

 

Ne me demandez pas de parler de moi.

La vérité est un coq hurlant

qui lance le vent furieux de sa cage

aux points cardinaux de mon visage

s’inventant une droiture à la gaine

des doigts forçant la commissure de gêne.

 

Et c’est toujours RIEN que vous tiendrez

au sécateur de vos bras repentants.

 

 

Barbara Auzou.

 

Valse des vieux amants mariés à l’art…

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Au soir des lampes sentinelles

postées au gué de l’ultime sursaut,

observe à la rampe des doigts

sans âge et de tous les âges à la fois,

les danses silencieuses et essentielles

des ombres -soeurs douces et charnelles

à la piste sombre d’un ciel enténébré  et froid

comme des étoiles en robes de nuit et de chaos.

Un deux trois.

Un deux trois.

Vois comme elles se meuvent à l’endroit

où le langage décide de son équivalent de silence.

Vois comme elles cognent à la coque du mot étroit

et dessinent des rondes répétées d ‘évidence.

Un deux trois.

Un deux trois.

Abreuve toi du bout du pied et avec élégance

des traces d’un ailleurs sensible et fugace

avant que d’un revers de talon,

l’aube en efface les traces.

 

 

Barbara Auzou.

Pas grand chose.

Sculpture Nathalie Pitel.

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Ce n’est pas grand chose

seulement une alarme à la paupière

le nénuphar des yeux en saison morose

au lit étrange de l’eau

à faire le tri de l’air

et celui des mots.

 

En vérité l’espace est trop grand.

Il nous laisse sans contours et sans destinations

enchaînés aux pattes de l’oiseau inquiet

en proie à la plume farouche et au duvet

de la poésie toujours  et partout

affichant l’heure exacte au frisson

d’un ciel qui s’écroule debout.

 

 

Barbara Auzou.

Jusqu’au bleu.

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Vois à la buée de l’impatience la bouche avare du soleil tarder à s’ouvrir au blanc manteau d’un matin d’oiseaux avides et le froid retenir au creux de la corde les choses dites

et leur mordre les doigts jusqu’au bleu.

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La terrible et muette absence d’orgueil des visages,

trafiquants de mélancolie aux yeux blancs d’os

drainant les allées en gestes cérémonieux

et sages ,à la sévère responsabilité

nouée de chagrin .Et pour la joie le grand charriot

immobile dans son mouvement silencieux.

D’une existence mort-née, sinistre attelage

du vivre à peine . Amour au néon encodé,

ciel blafard amputé de mots à la solde de l’hiver.

 

 

Barbara Auzou.

 

Confuse.

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Comme j’aimerais être une pleureuse à l’épaule ronde mouillée de chaleur que l’on aurait décollée avec douceur du silence de la peau amoureuse et du poids lourd du sol en attente creuse

dont je sais les sillons à la chaux de la mémoire et les outils pesants à l’étreinte rustique, les deux sangles qui blessent à l’oblique les feux immobiles d’une terre qui vire au noir.

De retours d’aubes en lisières lavées de ruses qui enterrent les querelles en profondeur,

soucieuse des récoltes et civilisée à peine , au moule collant je reste

confuse.

 

Barbara Auzou.

 

Le mot absent.

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Appuyé à ton ombre

aux dents de ta colère muette

sur le trottoir gris de la routine

qui ordinairement t’encombre,

tu ponctues d’un pas lourd

et de quelques points de suspension,

les chutes du ciel et leurs gueules d’accident

qui creusent les ravines comme une conclusion.

 

Comme une justice rendue au soleil

qui verserait sa lumière au bol du matin,

tu cherches à ma bouche , à mes mains

une réponse à rien  comme on ment

mais je suis disqualifiée sur cette ligne effacée

du mot pour toujours manquant

et la terre est démembrée pareille.

 

 

Barbara Auzou.

Au clown triste de la nuit.

Photo Vivian Maier.

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Il faudra donc en passer par le pari incertain des réponses qui s’agitent au clown triste de la nuit tel un sablier qui fait ses comptes dans l’irritation et la poussière,

et puis trébuche.

Et  guetter l’heure exacte au ciel peint qui ouvre le sas de la lumière captive, fugitivement, et toujours à la faveur du sensible,

et puis s’estompe.

Continuer et passer outre la bouche concédée au sourire fermé

et accueillir sans comprendre l’or factice et les orages, l’évidence et le vertige

et puis nommer:

Jaune, la douleur.

 

 

Barbara Auzou.

Bête de somme…

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Journées de brutalités froides

à l’ongle bleu du matin

en plaies blanches au poches

où dansent tous les sangs inconnus.

Et l’on se surprend à aimer

des visages à peine entrevus

et leurs yeux de chiens qui plantent

ingénus

le croc de l’interrogation muette

à nos yeux sans réponse

et à nos cadences de bêtes de somme

grattant la terre

la grâce légère

en laine d’ inclinations passagères.

 

 

Barbara Auzou.

Littorine.

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On occupe seul un espace de ciel

de terre et de sable, littorine

qui écoute à la coque les cris

ravis à la mer, se débattant à la marée

de nos yeux restés en enfance.

 

Et c’est l’éternel état chaque jour redessiné

à la vague chahuteuse et à l’écume des peurs

qui rassemble au ventre et recompte

sur les doigts et au sel de la peau

les morceaux épars de soi dispersés

par le vent frère dont on avait lâché la main

un beau jour d’imprudence marine.

 

Barbara Auzou.

Oui mais à peine.

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Traverser avec élégance

la vie vivante mais à peine

comme s’il fallait un peu d’air

un peu d’absence

à ce qui est blessé. Déveine

de bleus froids en transhumance

voués à l’effacement qui garderaient

de l’automne les apparences.

 

S’éloigner avec prudence

de la bouche du soleil et

de sa rouge empathie

comme s’il fallait un peu de fraîcheur

à ce qui est blessé. Lavis

de séduction peinte au coeur

vouée à l’esquisse qui garderait

des couleurs toutes les nuances.

 

 

Barbara Auzou.

Présence .

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Qui est cette voix qui murmure en volets de nuit,

s’attache à la bête craintive de mon pas

et partout la suit?

De quel éclat trompeur a t-elle émue le seuil

et séduit la gardienne des clés

avare de son logis?

Combien de mots dédiés à la douleur du dire

a t-elle accroché à mon épaule affligée

pour repartir tellement extérieure

à tout ce qui demeure

délaissant la timidité des murs idiots

rompus à dessiner le parc clos

qui rassure les corps?

 

À peine tue, j’ai craint de ne plus l’entendre encore.

Seuls restent quelques brins de souffle

que je tiens serrés quand je dors.

 

 

Barbara Auzou.

 

Vieux cheval andalou.

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Pour J.

 

Vieux cheval andalou

trottant en territoire étranger

l’oeil rond de te trouver ainsi

étonné

Quoi? la fin déjà

qui distille le souffle

au compte-goutte

et au poumon fou;

la bride au front des routes

et le bois des membres

frottant la terre désamorcée?

 

Quoi déjà les sentiers impérieux

aux sombres desseins

et la charge rude

à la selle des lendemains,

à l’oxygène de l’asphalte

et au simulacre de la course?

 

Il se fait tard

et ton sang-cobalt pince

maladroitement la guitare.

 

Entends à ton trot à ton pas

partout chanter Lorca:

¿ qué luna recogerià

Tu dolor de cal y adelfa?

Tierra de luz

Cielo de tierra.

 

 

Barbara Auzou.

Ruines de rocaille.

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Restreints dans un espace à l’air raréfié, les mots, suffoquent au soc sectaire qui les dévore et les rejette torréfiés, en rituels délétères à la page avare.

Laborieux ouvriers rouges de rage, ils réparent  à la cage les trous du ciel avec ardeur sans laisser d’autres traces de leur passage que des ruines de rocaille qui roulent à la gorge

en désir d’improbables fleurs.

 

Barbara Auzou.

 

Grands ponts.

 

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Ô les petits ponts et les grands ponts

aux mains circonflexes de l’enfance

rompues à déshabiller l’horizon,

signaux sensibles retombant comme

une sentence à habiter notre maison ;

et bientôt au foyer la danse effrontée

des rencontres.

Celles pour avoir chaud

et les périssables comme taches à la nappe

une fois le festin fini,

les essentielles à la distance abolie

qui devinent préviennent et se rient

de la montre

et celles qui laisseraient l’inclination

d’une nuque sur le quotidien.

 

Puis viendraient à l’ourlet du matin,

d’autres voyageurs aux bagages de mots nus

qui s’évaderaient de guerre lasse

vers d’autres versants

dans un salut muet laissé

à mon seuil de silence.

 

 

Barbara Auzou.

Au rouleau de nos peurs.

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Il est si tard déjà au rouleau de nos peurs

que la fleur même précède l’idée de la fleur

sans plus offrir le calice

à notre orgueil qui s’étiole étonné

sur vos parois trop lisses

et vos chants courtisés à l’épine

qui meuble la terre

comme on ravine.

 

Ce que j’entends à travers vous

c’est le cri muet de la lumière floutée

par le non jamais proféré

face au ciel qui dévale fou

de ne rien chercher à vos bouches

que ce que vous savez déjà

et qui attend son heure.

 

Il est si tard déjà au rouleau de nos peurs.

Que nous poussera t-il en lieu de notre tête

qui s’évade en dangereuse candeur

si ce n’est la face affolée de l’insecte?

 

 

Barbara Auzou.

Parfois je sais la terre.

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Parfois je sais la terre,

la fin et la blessure,

l’ivresse chaude d’avoir peur

et la tentation de l’inventaire

sous les doigts qui rassurent.

 

Je sais qu’il faut brûler debout

en choisissant l’arbre à la commissure.

Mettre un terme au débat;

au rebut ce qui fait feu de tout bois.

Devenir son propre incendiaire.

 

Et imposer au soleil engrangé de nuits

l’écorce dorée de jours plus confiants.

À la ramure le chant troublant

des voix rares qui me devinent

tremblante

intimes soeurs qui murmurent

au ventre.

 

 

 

Barbara Auzou.

Le combat et la bouche.

 

 

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Parfois un oiseau parlait plus haut que les autres,

le morne insecte de l’oreille s’affolait

alors en déchirements sinistres au tympan.

Ah! les profondes alarmes de la parole

intentées contre le sein d’une nuit sans faute!

 

Et c’était soudain mille oiseaux qui réclamaient

la lutte à grandes armes et l’impatience des cimes,

l’imposture du feu et tout ce qui dissipe,

le combat et la bouche offerte au bleu du crime

et le corps et l’entrave et l’entaille et la chair!

 

En manteau d’ombre et au terme d’un rude hiver,

j’ai suivi des ciels moins habités et plus clairs.

 

 

Barbara Auzou.

Le fossoyeur blanc.

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Il est toujours dimanche à l’horloge complice

Comme pour s’assurer que rien ne recommence

à l’édredon et en respirations factices

sous l’aile qui couve le bourgeon en dormance.

 

Vois l’hiver ranger ses morts avec attention

la douceur blanche de son égard à tracer

au cordeau la parcelle, à la neige le nom

cinglé de légendes pour ne pas oublier.

 

Sais-tu, toi qui ouvre des yeux pleins de Printemps

Que le fossoyeur blanc n’accorde son pardon

qu’au crépuscule des doigts , écorces du temps?

 

 

Barbara Auzou.

Traversée.

Photo: Kai Fagerström

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À Xavier Bordes, (qui m’avait dit qu’il n’avait pas de conseils à donner en matière de poésie…Tout au plus, se méfier peut-être du vers court…)

 

Du rustique sabot , la mémoire pavée

de froides tomettes brunes comptant mes pas

aux cailloux parsemés en chemins familiers

qui m’empruntent en bifurcation les soirs de lune

 

Des ellipses et aux averses du souvenir

qui me rêvent détrempée en pluie de graviers

à la cire enfantine du parfum têtu

qui me respire entièrement et puis s’éclipse

 

Des mots graves en grappes revenus de loin

rompus à me dire peu et de moins en moins

aux losanges du papier peint marron marié

à l’orange qui me tourne floue au fusain

 

Des airs moqueurs qui se jouent de mes vibrations

aux chants profanes qui m’entonnent avec passion

aux livres de poussière qui m’ont lue, relue

mise à terre, inclinée, mise à mort, mise à nu

 

Je suis maison habitée; je suis traversée.

 

 

Barbara Auzou.

 

L’énigmatique au seuil.

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Elle est l’énigmatique au seuil

bien établie dans cet envers

du décor,

dans la grâce d’une certaine absence

que rien ne berce.

 

Au revers du rideau mince,

elle tend l’autre joue

comme on donne du leste

au tambour du soleil,

et elle prend corps

sous la caresse du quotidien,

ôtant ses habits de pudeur

un à un

pour sentir battre le coeur

de la maison à son sein

en veille,

en conversation silencieuse

et à l’unisson.

 

Elle est l’hôtesse,

l’énigmatique au seuil

et elle vous accueille

dans la grâce d’une certaine absence

qu’en secret tout berce.

 

 

 

Barbara Auzou.

Sur la terrasse du monde.

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Légion de lutteurs lents

maîtrisant mal l’élastique du muscle

et la duplicité du temps,

bêtes de somme médusées, mufle au tapis,

comme sur la terrasse d’un monde déserté,

nous nous relevons lentement,

surpris au musc du sol incertain

et dans l’ ineffable lumière,

nous ouvrons des yeux remplis de terre

en direction d’invisibles oiseaux

bleus qui lancent aux astres

leurs chants lointains

et le harnais lourd  et fangeux

de notre ultime viatique.

 

 

Barbara Auzou.

Secret mal gardé.

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Offensés à la lacune d’une éternité

qui se tient éloignée des corps et du souvenir,

nous accrochons au nuage d’un ciel d’arbres

et en forêt commune

notre légitime désaccord

bavard comme un secret mal gardé.

 

De voyages lacunaires

en réminiscences flexibles à l’envi,

d’excès d’attaches

à l’idée même de la mort,

de notre récit

nous restons à la fois le dedans et le dehors.

 

L’éternité, elle, en rit encore.

 

Barbara Auzou.

Au poumon de la route.

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Un jour il faut lancer

le décompte des années,

simplifier le chemin,

accroître son souffle au matin

et devenir tous les chemins ensemble

à l’octroi d’une complicité bien dissimulée

au mur du partage qui se dénude enfin

et qui en tremble.

 

Alors, on est protégé de l’abus;

on n’a plus d’âge que celui de l’ingénu

qui se balance au laps du silence

dupliquant le soleil en floraison augmentée,

furieusement assidu en ses renaissances.

 

 

Barbara Auzou.

Au ressac des paroles vaines.

 

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Au bec courbé de l’ignorance,

les oiseaux de mauvais augures

picorent en arrière-cour

à la recherche de l’innommé

du tout-dire au rien de ses atours.

 

Ô puisse le ressac des paroles vaines

nous refouler en d’autres déserts

que celui des visages aux yeux crevés

arpentés en saccades et à la rampe

d’un vieux soleil qui s’abîme

en haute-mer

 

en d’épouvantables procédures.

 

 

Barbara Auzou.

 Les évidentes couleurs…

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En sourires clairs et en matins échevelés,

ton incroyable voix gommée à l’étrange

rassemblait les morceaux épars de l’hier

rituel au passage des doigts, en terre désarmée.

 

« -ce qui est mystérieux , c’est ce qui est simple »

disais-tu. Forêt de signes à toi seule destinés

en leur évidente couleur.

Et moi, je voyais bientôt au rideau orange

se terrer l’ombre du temps ,

flanqué de sa tremblante imposture.

 

Depuis lors, les herbes s’affolent

en perspective du printemps.

 

 

Barbara Auzou.

 

Pièce sans auteur.

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Serions nous toujours condamnés

à rester au prélude de la pièce sans auteur

en volets opaques et au trouble de l’horizon?

 

Nous rêvions de matins tonitruants

au moulin abandonné qui giflerait l’eau

follement exaltée côté jardin.

 

Et nous nous faufilons sombrement

costumés comme on se glisse

côté coulisse

en économies de joies

et en sobres aspirations

sous un soleil enrôlé

en de rares apparitions

 

et qui tire le rideau sur un ciel

moribond.

 

Barbara Auzou.

A contre-courant.

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Quand, pourri à la paille trempée,

le souvenir s’étonne d’avoir fait son temps,

il éponge sa mélancolie moite

qui rame à contre-courant

en efforts fiévreux

à la ride de l’eau claire

et en fatigue épaisse .

 

Qu’importe la destination!

Enrubanné à la duplicité du matin

qui leste la cheville endolorie,

il tourne tourne sur son axe

épris de sa maladie

aux odeurs de menthe poivrée

Que l’onde délaisse.

 

 

 

Barbara Auzou.

Magie claire.

 

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Au terme d’une vie de distractions

à se cogner aux angles du ciel,

Il aura fallu que le gravier

à l’allée fleurisse en territoire

gagné

et change l’énigme en évidence

pour que les claires magies

et les courroucées

raniment au foyer la braise

du sens

et à la chaîne du puit

la si convoitée harmonie

et son chant rauque

à la dérive.

 

Désormais,

nous veillons sur le silence

et l’hirondelle,

voués à les guetter

de rive en rive.

 

 

Barbara Auzou.

Vous me dérangez.

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C’est encore la vie,

cette fatigue au front

pic-vert qui tape à la tempe

d’écorce attendrie

et ces cortèges d’insectes

sales aux veines

en peine de battre en flots continus

pour sucer à la sève

l’ insensé idéal

à la cime suspendu comme un falot.

 

C’est encore la vie

le front fiévreux qui s’effondre

sur le livre ouvert

au sens

pour mieux le fendre

et ces cortèges d’énigmes déguisées

en injonctions paradoxales

que vous lancez

en lourdes neiges froides

Sur la clarté de mon noir matinal.

 

Vous me dérangez.

 

Barbara Auzou.

 

Abdication.

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Ils sont venus,

peu nombreux d’abord,

en climat d’effacement

gonflant comme un abcès

à la botte de l’oubli.

 

Ils se sont installés,

prolifiques termites à nos toits;

ils ont fait leur lit

aux draps sales de nos mémoires

souillées de crachats

cathodiques

plantant le grappin

aux regards vides de lointain

pour y boire l’infusion

à la paupière qui se ferme

comme on abdique

sur un constat amer

 

mais sans autre forme

de procès.

 

 

 

Barbara Auzou.

Fantaisie temporelle.

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À l’ouverture des barrières,

demain s’éprend de l’hier

et le met sur la voie,

au passage des trains qui se chevauchent

bien plus qu’ils ne se croisent,

sérieux cortège un peu gauche

lancé sur la ligne sage

du matin consigné

à l’ardoise.

 

 

Hier s’éprend de demain

aux rails du temps incertain

et ensemble ils refont le chemin,

revêtant de multiples visages

prisonniers à l’acier de l’imagination

qui les fauche sans ambages

et les recrache,enrayés,

au passage du dernier wagon.

 

 

 

Barbara Auzou.

Fondations.

Brou de noix et huile sur papier, 74×47,5 cm, 1947, Pierre soulages.

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Sur quels décombres

en lassitudes obstinées

convient-il d’ériger le mot?

 

Le fardeau est-il moins lourd

à la poutrelle une fois marié?

 

Où accrocherons-nous

la collection d’images?

Aux contours de quels cadres

en torchis paillés de souvenirs

friables?

 

Et toujours,

au pied du mur,

à bâtir, nous recommençons,

au socle sensible de la fondation

qui susurre à la brèche

que rien, jamais, ne comble

nous installant taciturnes

dans notre déni

 

Comme un chat hautain

en sa maison.

 

 

 

Barbara Auzou.

Bien avant l’oubli.

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Au drap,

ce qui subsiste du poignet délicat,

comme braconné à l’épaule de pierre

qui connut d’âpres brassées

d’obscures lumières.

 

Et sur ton visage qui s’estompe,

bien avant mon oubli,

la ligne imaginaire au souffle du front

pâli,

jadis rompue à offrir un dos rond.

 

Aujourd’hui ,

revêtue de vieilles légendes

limées à la corde de l’ignorance

qui vient te reprendre

au nid du sourcil broussailleux,

tu t’endors au matin qui penche

heureuse de savoir que tu ne sais rien.

 

 

 

Barbara Auzou.

 

Après la pluie.

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Nés de la dernière pluie

ou bouleversés peut-être

au jaune prélude de la clarté

qui s’ensuit

et qui la boit,

 

j’ai vu des hommes au matin

laper leur lendemain

au béton froid de l’excuse,

y célébrer l’intimité aux cent doigts

dans l’avare répit des ruses

tendues par les nuages crevassés

aux colliers des chiens

qui aboient.

 

 

Barbara Auzou.

Contrefort.

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Le harpon du temps mesure sa prise

à la hauteur de la voûte ployant l’échine servile.

À force de nous voir marcher courbés sur nos doutes

Le bout du tunnel enchagriné

est lui-même devenu las.

 

Ainsi congédiés en de vertes frontières

nous plantons des arbres

à la haute idée de l’arbre

pour tâter un peu le pouls de la terre

et caresser le ceinturon de sa cambrure

au contrefort de la poulie ricanante.

 

 

 

Barbara Auzou.

Intermezzo.

Anges déchus de la cathédrale Urakami (Nagasaki); photo de Shômei Tômatsu.

Déraisonnables,

nous avons précédé la route,

et nous jugeant désormais

infréquentables,

elle a bifurqué en d’improbables

saisons.

 

Nous avons bâti des étés

pour uniques lendemains

à la bêche du thorax

qui martelait le sol sec,

dans la poussière

d’une improbable syntaxe.

 

Puis nous avons entendu,

au dos de la nuit,

le verger mêler son lamento

à celui de la vigne qui pansait

ses plaies ,

en doigts écrasés au piano,

comme une sentence

 

 

Alors ,

devant la pomme cueillie au mur,

privée de sa chute et arrachée à l’instant,

nous avons déposé comme une blessure

le marteau-piqueur de nos urgences.

 

 

 

Barbara Auzou.

Jeux d’enfants II.

Pour rappel, le poème « Jeux d’enfants » est ici.

(Jeux d’enfants, Doisneau.)

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Hors du corps de l’enfance

effrontément dilapidé du sens

nous avons essuyé d’un revers

de la manche

les injonctions purulentes de talc

inscrites à la chair meurtrie

Mouche toi et dis bonjour à la dame

exécuté à la barbe de la morve méchante

catafalque d’un retour contrit à l’écurie.

 

Jacques a dit va au bout de tes phrases

dans les remous en table rase

du clavier malhonnête

ambassadeur du mot quand tu seras grand

merveille

déjà l’image pâlit à ta langue de géant

un deux trois soleil.

 

Et c’est l’épouvantable morsure

que la nuit gardait sous le coude

attendant d’être bien sûre que s’installe

l’azur

en bulles de savon éclatées

maigre butin au corps

 

encore

qui hésite

en transit

 

Celui qui rira le premier

au terme de la ronde

finira en ricochets

de pierres furieuses

sur l’eau à jamais blonde.

 

 

Barbara Auzou.

Derrière eux.

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Et ils se demandent ce qu’ils laisseront

sur les sentiers étranglés du silence

et à la plaie sèche du timbre

ceux qui renâclaient en manque d’air

devant les trop faciles sentences.

 

Peut-être quelques tisons rescapés

de la flamme familière

sporadiquement belle

qui savait dompter l’animal sauvage

de leur voix

mordu par la vipère de l’été?

 

 

 

Barbara Auzou.

En promenade solitaire…

La pie, de claude Monet.

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Indicible plaisir atone à être l’absent

en draps de brume et à la buée

de la bouche qui hésite au givre

en simulacres d’aventures

en rêve de pur-sang

Quand tout est endormi à la fenêtre

du foyer.

 

 

indicible et muet plaisir à être l’absent

s’éloignant dans l’arrondi feutré de la peur

à la rencontre de la folle en cheveux de givre

et en contretemps de la saison

que la pie des neiges appelle de ses voeux

lancés aux arbres en affres de respiration.

 

 

Barbara Auzou.

Comptine.

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En l’absence de gouffre

refoulé en aurores idéales

dans les répétitions ingénues

des bras à la parenthèse gracile

 

En l’absence de soeur

et en face à face accolée

pont de fantaisie fragile

qui gonfle le mollet nu

 

Je bâtirai une vie étale

au deuil de l’herbe tendre

dessinée à la coupure franche

des futures échéances lourdes

de conseils

en parjure aux contes de fées

 

pourtant adossée à l’encore

en attelage de soleils.

 

 

 

Barbara Auzou.

Par effraction…

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…et c’est finalement comme si cela se passait à l’écart de soi

et en pas de côté silencieux

le mot et le vide mesurant la distance aveugle qui les sépare

en filiation réciproque et par jeu

crachant à la serrure inutile en froissement de feuilles

métalliques les cendres avares de l’innommable

que l’on aurait aimé entamer par le gond et par la dent

à la racine putride

Sans y être invité

sans recul

et par effraction…

Saudade.

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Le fado à la voix abrasive

de robes noires en châles retenus

nous avons inventé un chemin

parmi les décombres et sur les corps

des disparus au versant clair

de l’obscurité

qui exigeait qu’on gratte la terre

au mépris de la vague vaniteuse

ne faisant que passer et

riant l’écume à la bouche

de l’onglée sale au matin

 

…puis revenant en cordes pincées

contempler nos mains louches

qui dessinaient l’innommable destin

en chants huileux d’ironie

improvisés sur le tard

saudade échouée sur la rade

crevée à la corde des guitares.

 

 

 

Barbara Auzou

Embarcation de fortune…

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Au terme d’un combat amer et dérisoire

il a fallu délivrer le mot excentrique

de sa prison de mousse humide en succession

de verrous que le vent-même n’ébranle pas.

 

Puis le laisser glisser sur son embarcation

de fortune, noir, en solitude perruqué

et en présence fragmentaire pour voir renaître

dans une lueur de colère qui s’arc-boute

à la lune claire, un ultime sens esquissé

 

qui s’efface au seuil d’énigmatiques poussières.

 

 

 

 

 

 

Barbara Auzou.

En jardins plus sauvages.

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Les bruits ont défleuri en jardins plus sauvages

et à l’inclination prise par la feuille

dans le vent nous avons su que quelquechose

devenait vrai et retombait en graviers secs

rosses osselets à l’oreille qui se délectait

des pêchés que nous aurions un jour commis.

 

 

Alors c’en fut fini de la grande bobèche

de tulipe saturée de maintien glabre

et dans un geste fou en index de crin

nous avons dénoué la chevelure des arbres

pour en recouvrir le calice du matin.

 

 

 

Barbara Auzou.

Ligne de fuite…

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En chutes de lune, sans quartier, et à la barbe du ciel,

je marche

En blessures courtisées par l ‘abeille qui résonnent en tambour à la cage et tendent leurs filets,

je marche

En excroissances du non-dit suspendues à la corde qui tangue en sourires d’excuses et à la râpe du verbe,

je marche

En poussières de mots, au bâillon invisible et en territoire ennemi,

je marche

En rejet du lait au fiel du téton casqué en armure rose

je marche

En gouttes de temps chargées de fer à la plume confuse

je marche

 

En floraison tardive dans l’insolence des gravats, en pic à l’iris

je suis debout

 

 

 

Barbara Auzou.

Migration en une autre image.

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Il y aura celui qui

ponctuel et gris conquiert

la nuit aux douze coups frileux

et à grandes enjambées maladroites

tel un ménure en plumes d’hiver

qui aurait migré sur le tard.

 

Tu le verras transpercé au flanc

par la griffe de l’horloge

criblée d’outrages et dépecée

en restes de chants délétères.

 

Il se tiendra au seuil de ce qui

se ferme et attendra

qu’on l’en déloge sage

jusqu’à ce que l’aube le fauche

net dans une autre image.

 

Alors tu sauras que l’on a inventé

le rêve pour oublier la peur

brune

de l’oiseau-lyre qui nous observe.

 

 

 

Barbara Auzou.

Jardin sous la pluie…

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Au même lit que la nuque

ployée en interrogation

sur l’épaule du souvenir

j’ai revu le vieux portail en bois fendu

à travers lequel nous glissions le bec

éternellement affamé

du regard, tentant d’apercevoir

au mieux

le parc de l’hôtel de Croisy qui vit naître

le jardin sous la pluie

éclusé aux tempes de Claude Debussy.

 

Le ciel alors s’attardait un peu hors du cadre

et dans les choses transparentes

que le temps aux doigts soucieux

et en mort lente

ne tarderait pas à replonger

dans les remugles de la mare.

 

 

 

Barbara Auzou.

Circonflexe.

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Les mains ont peur

et empruntent les chemins

d’évidences

où le langage décide.

 

Les mains nous font signe

à la rature et s’émeuvent

de la sente étroite

où s’aventure le mot

se perdant dans son équivalent

de silence.

 

Les mains construisent

à la marge

la courbe offusquée d’un pont

qui enjambe le corps mort

du monde

sans jamais le nommer.

 

 

 

Barbara Auzou.

Pies-grièches.

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Au déclin du jour qui tend

les doigts d’écaille vers

la nuit,

elles habitent un monde

au dos cannelé

devisant noires

au dossier de la ruelle

en grappes de raisin

et vrilles sèches.

Elles attendent l’échéance

de la saison en drap

sombre

qui soutient le sein

comme il peut

au nid du ventre,

pareilles,

présentes à l’appel

en grappes de chagrin

en envol de pies-grièches.

 

 

 

Barbara Auzou.

En creux d’ailleurs…

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À habiter mon inquiétude

en creux d’ailleurs

caressant à toute heure

l’obsession du cercle

et son infinitude

j’ai écartelé l’été

de mes bons soins

et jeté au loin les boîtes

aux odieux compartiments

les vertes peurs empilées

dedans

pour m’étendre en un

horizontal jardin de paresse

et de renoncement

désormais contenue

en la seule plainte du vent

que rien ne traverse

 

 

Barbara Auzou.

Programmé.

Alain Fleischer, L’homme dans les draps (2003)

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Alors,

tu laisserais à l’empreinte de la vitre

embuée,

tes tourmentes inapaisées

en draps trop lourds,

puis tes obscurs renoncements

au matin

hérissés en battements

de tambour

et , au seuil du jour navré,

tu saisirais la main du dehors

aux griffes rétractiles

au souvenir encore vif

de la dernière pluie

essorée au hublot du cil.

 

Alors,

l’inquiétude même

deviendrait inutile

à la nuit délavée.

 

 

Barbara Auzou.

Complices.

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Nous allions

flanqués de nuits malhabiles

les yeux sales

et les poches déformées

nulle réponse

à nos semelles serviles

nulle direction infuse

à nos routes.

Y eut-il même l’ombre d’un doute

quand la bouche en ses vices

déclara la solitaire beauté

repliée à la robe du tilleul

inapte au service

et lui tissa le linceul

où nous couchâmes sans regret

notre médiocrité complice?

 

 

Barbara Auzou.

Cerises…

Droit de réponse ,pour rire ,à mon ami Pierrick.

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Nos noyaux de cerises

étaient les outils rouges

et sans devise

qui entretenaient

le verger de peu de voix

juteux à nous distraire

de ce qu’ils voulaient

que l’on soit

c’était, quand j’y pense

À l’aube de quoi

le silence commence

 

 

Barbara Auzou.

Oui.

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Encore

le cheval de bois déchiré en cambrures fantasques

pour rire

Encore

le leurre du feu érigé en maître du rien qui s’exhale en cendres

de soupir

Encore

les rêves de mai dressés aux poings dans le refus

de grandir

Encore

la lèvre brune coupée à l’herbe sèche dans la cible

de l’été

Encore

la flèche à la cathédrale du corps farouche arrêtée

au divan

Encore

les silhouettes à colorier

en enveloppes de papier prêtes

à affranchir

Encore

la dent féroce à la pulpe du temps

les lundis succédant aux dimanches

en gants de crin

Encore

l’oeil à la main du livre

la bouche entrouverte au bol

du vivre

 

Encore

 

 

 

Barbara Auzou.

Dites-moi…

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Est-ce ainsi que l’on se tait

les os rompus en aubes trop vives

quand on ne perçoit plus

que le corps fourbu du langage

en craquements de bois sec?

 

Est-ce ainsi que l’on se tait

au crépuscule de la parole vaine

quand l’ombre de l’autre s’enroule

en pelote de sel rêche

sur la peau?

 

Est-ce ainsi que l’on se sait

et que l’on s’en va

les doigts aveugles hésitants

en nervures de feuilles noueuses

dans un sursaut d’appel d’air

en se cognant doucement

aux contours familiers du Taire?

 

 

 

Barbara Auzou.

Bellum verbis.

Hugo barbare

Intransigeant compagnon, le mot ne cogne plus le fer à la tempe

anémiée

et fuit le visage de résignation fasciné

dont le regard embrasse l’unique direction

de l’hiver.

 

Bouillonnant à l’artère, chevillé au corps en attaches

simples

il a refermé la paume sur le poème

avorté en victoire sèche

pour planter son trait à la rétine

où demeure l’image éculée d’un possible

automne.

 

 

 

Barbara Auzou.

Impasse polychrome.

« première aquarelle abstraite » de Kandinsky.

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De visites de courtoisie

en leçons de mieux-vivre

lancées à la face

d’un ciel mensonge,

les corps dé-constitués,

en procession et sur nos traces,

nous ont jetés sur les routes

d’un monde de lumières aveuglées

s’emparant de nos corps,

un peu ivres et alanguis

comme d’un os que l’on ronge

arrachant la moelle grise

du doux désespoir

pour imposer au soir

les uniformes couleurs,

sinistres fleurs qui travaillent

en secret

à l’extinction du soleil noir

dont on s’était épris

 

 

et qui s’éclipse bientôt

en souvenir d’épaule ronde.

 

 

Barbara Auzou.

Chemin de traverse…

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Nous allions ensemble dans les bifurcations saisonnières qui se croisent

s’étreignent à peine au passage des angles de l’hiver

pour s’enlacer pleinement au rond-point du printemps;

sur des chemins, nous le savions, qui n’arrivent pas,

de connivence, garants d’un secret qui ne s’ébruite pas

tellement sages d’ignorance.

Parfois, au cours de la traversée, j’ai cru vous devancer

Alors que c’était encore moi qui vous suivais…

 

 

Barbara Auzou.

 

Haute-couture.

À ma fille,

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Si les jours dépolis en oiseaux titubants

se gargarisent des traîtres marées

et coassent en débris de coquillages

à ton oreille agressée,

alors découds patiemment l’ourlet du ciel

pour agrandir ton espace et installe-toi

là, toute,

la jaune conscience étale

en traces de souffle

et en parfums de citrons

 

 

 

Barbara Auzou.

Espace du quotidien.

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Doigts offensés au pli de la nappe

respectable

exécutant bientôt le contre-chant

inimitable

qui éloigne la tragédie du jour et fait danser

les mains

s’emparant de l’espace au service du

quotidien

oiseaux de porcelaine dorés un peu ébréchés en souvenir

de la dernière écharde

rien ne demeure plus étranger à qui vous regarde.

 

Barbara Auzou.

En blessures de feuilles.

 

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En proie à la fièvre et isolé de la meute,

le mot farouche, mordu à la bouche

a semblé montrer aux bois inclinés

quelque signe de connivence

et l’arc du silence, au supplice,

a glissé sombre et taciturne

puisant en la salive répandue

la source salutaire, l’horizon d’orgueil

mesurant , bon prince, l’impact de la flèche

et l’infinie étendue d’avoir à nommer

pour toujours établie en forêt solitaire

en blessures de feuilles.

 

 

 

 

Barbara Auzou.

Utiles.

Silhouettes en marche. (Jeannette Allary.)

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Où vont les ombres qui se maintiennent

à l’orée du sens

et qui détiennent ce qui nous manque?

Elles vont rares et nombreuses

se touchant à peine

sans route

sans rêve

sans trêve

dans la perspective mouvante

par elles tracée

interrogeant le fourré

et continuant à nourrir

au bec

l’enthousiasme qui exige du poème

une distance

sans voile.

 

 

 

 

Barbara Auzou.

Matinales.

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Ils ont un visage de matin

qui accorderait un peu contraint

un assentiment tremblant à l’horizon

déshabillé.

Et toujours le contour incertain

comme égaré un temps dans l’intervalle

du voyage intime et de l’universalité.

Présences sans tain et infirmes

bientôt cahotées entre

le perdu et le promis

le fauteuil et la vitre du train.

Sous les sombres bonnets en laine

de nuit

défilent les parcelles de blé et de lin

vertige à la rétine éprouvée

qui croit voir

et ne se sait pas regardée.

 

 

Barbara Auzou.

 

Terrain de l’enfance.

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Blessée au dire

Sur le terrain lourd de l’enfance

j’ai semé des signaux incompris

comme on soupire

comme on fouille

comme on danse

comme on épure

cruel bourbier à la gorge

sage

de l’enfant qui ne renonce pas

aux images.

Elles collent aujourd’hui

en contours contrariés

Aux bottes du message

qui pressure.

 

 

Barbara Auzou

 

L’ongle du sommeil…

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Quand l’ongle du sommeil accuse la chair,

l’intention, rendue à l’air, s’endort sur le côté

gauche

et la nuit, bonne copine, inlassablement

fauche

ce qu’elle doit voler au jour

pour faire le lit de l’hiver

en couvertures de saison.

Bonne joueuse, elle s’éclipse à l’aurore

et dans la crinière de sa course rieuse

quelques noix dansent

encore.

 

 

 

Barbara Auzou

 

 

Matin.

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Chaque matin, à genoux dans la cerne du jour,

nous sellons le cheval fourbu de nos corps

et nous le lançons sur le chemin

si complice du fait

qu’il l’en épouse.

 

 

Barbara Auzou

Impermanence.

Dessin de Franck Saïssi.

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À regarder l’arbre

Nous avons compris

Qu’il y avait du précaire dans nos saisons

et dans nos mains facilement oublieuses

de leurs défaites.

Nous  avons admis

que ces mains équivoques

bénissent le mariage

de l’impermanence et du temps

la lumineuse fragilité pour témoin

et qu’elles tricotent enfin

de la pelote du vivre

le lit de laine chaude

où allonger nos peurs

 

 

Barbara Auzou

 

 

Papier Mâché.

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Moite de résolutions qu’elle ne sait tenir

mais disposée au sommeil

la nuit en son lit et en chemise de veille

subit les assauts funestes des insomnies cachées

et des leurres manifestes

réclamant tour à tour leur dû

et en nage

s’enroulant autour du drap rabattu

attaquant la bouche lestée

en commissures de rage.

Repus aux premières clartés

et pour longtemps médusés

Ils lui arrachent un chant d’amour

pour l’aube

 

 

et sa gueule de papier mâché

 

 

 

Barbara Auzou.

 

Prendre chair.cbb14ad6236438d518b568f1246e490dÀ l’exact opposédu désir droitde se tenir ensembles’étale la merde cendresaux cheminéesdes foyers anxieuxet la vaguesuccessivedes passants pressésvieillissantd’un trottoir à l’autre.Du temps il fautprendre chair.Tout est courbeet tout est passage. 

Barbara Auzou

 

Préférence.

Véronique Boulanger. Rhinocéros -échassier ( hommage à Dali.) 2008.

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Si j’eus une préférence

ce fut pour les silencieux

aux corps affublés

de légendes

interdites par les mots

par les mains;

les illisibles sur la page

qui me maintenaient

en marge de la lettre

mais s’offraient au pillage;

les fermés à tout vent

qui n’avaient plus l’âge

des grands imagiers

pour apprendre

le monde;

les solitaires échassiers

qui m ‘abandonnèrent

dans la stupéfaction

ronde

d’avoir choisi

et la singulière odeur

de terre humide

qui l’accompagne.

 

 

 

Barbara Auzou

Fauché à la césure…

Henri Michaux, Peinture à l’encre de Chine n°2, 1959,

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Dans les débris de vers

rompus

fauchés

à la césure

et qui succombent,

dire de moins en moins

devint l’arme

paradoxale.

Et si d’aventure,

il y avait encore lieu

d’écrire

Il faudrait au crime

asservir

la certitude gutturale

et son étendue

chargée d’ombre.

Qu’enfin elle plie

un genou pâle

devant le silence

qui irradie.

 

 

Barbara Auzou

Obligeance.

Peinture: « El viaje impossible ». Alex Claude.1987.

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À la bouche

affrétée en préparatifs

grotesques

nous tairons la destination

du mot

et sa nuit étoilée

d’ignorance.

Mais riche

de son seul viatique

nous craignons

qu’il ne puisse

achever la traversée.

 

 

Barbara Auzou

Exérèse…

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Coiffés de fierté lisse

ils ignorent la colonne d’angoisse

et son tressage minutieux

échappé  du seul cri fugace,

les passeurs de l’ordinaire

les chirurgiens du sérieux.

 

 

Ils ignorent le râle de la voix

suspendu aux pulsions

du ciseleur.

S’ils savaient,

ils auraient peur

les mille coudes immondes

luisant de rouge légitimité.

 

 

Demeure pour toi, fillette

le raphia emmêlé de la tignasse

et la plaie froide

d’être au monde

 

que tu peignes au mieux.

 

 

Barbara Auzou

Dans le lit du hors-texte.

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Comme on ment

déjà travaille

la peur d’oublier

ce qu’on a cessé

d’attendre.

Il n’y a plus qu’à

s’endormir

soustrait à l’orage

dans l’écrasement

des pluies

qui ravine

la syntaxe

prépare le lit

du hors-texte

et du blanc

sur la page.

 

 

 

Barbara Auzou

Consumato.

Un grand merci à Marcello Comitini qui vient de m’offrir dans un geste de plaisir totalement spontané la traduction italienne de mon poème…
Consumato.
Era necessario rallegrarsi
vestiti soltanto della nostra
impazienza
a spazzare via ridendo
come in trance
lo spettro dei mille desideri
la sua bocca spalancata
che avrebbe allontanato la paura
ossessionante da morire
Era necessario allontanare
le mille bocche di cellophane
dalle braccia prigioniere
che salmodiavano
metallo alle orecchie tenere
la gioia di possedere
e del tutto vendesi
Bisogna oggi
seppellire l’esca
della felicità a tutti i costi
e tendere
ai desideri di desiderare
le nostre mani non consenzienti
Barbara Auzou, poème traduit en italien par Marcello Comitini.

Consommé.

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C’est qu ‘il fallait jouir

vêtus de notre seule

impatience

à balayer de rires

comme en transe

le spectre des mille envies

sa gueule béante

qui éloignerait la peur

lancinante de mourir

 

C’est qu’il fallait éloigner

mille bouches de cellophane

aux bras ligotés

qui psalmodiaient

métal aux oreilles tendres

la joie de posséder

et du tout-à-vendre

 

 

Il faut aujourd’hui

enterrer le leurre

du bonheur à tout prix

et tendre

aux désirs de désir

nos mains non-consentantes

 

 

Barbara Auzou

Marcheur solitaire.

193627_1_lAyant délaissé

son cheval de peine

Rabattu la fumée

sur la parole défaite

il était un jour parti

lui et l’ ombre

qu’il s’était choisie

Sans réveiller le chien

qui dort

ni le rêve déposé

au pied du lit

Et il assiégeait de son pas

lent

Un silence consentant

méditant sur l’écart

et la ronce

le chant

et l’ortie

 

Barbara Auzou

Paupières de sel.

Visage Fem Rêve by Georges Audigier

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Longtemps

je me suis flattée

de lire sur les visages

la vie que le doute

effleurait

et la muette éloquence

accrochée aux paupières

de sel.

Je croyais y saisir

les territoires excessifs

et du jour les secrètes

alliances.

C’était avant que la bouche

de l’ignorance ne dessinât

le contour fidèle

et ne m’abandonnât

seule

et au seuil du mot

 

avec brosses et pinceaux

dans mon réel

 

 

Barbara Auzou

Extension de l’habitat.

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Toujours,

l’absence a la sagesse folle de ne pas condamner les murs autour du vide

et de s’éloigner de la brûlure du foyer après avoir fait feu

de tout bois.

Toujours,

l’absence hébergée de pièce en pièce finit par se sentir à l’étroit dans la collusion domestique

et interroge l’espace trop longtemps laissé en friche.

Toujours,

l’absence infidèle à ses emplâtres , marche après marche, et comme mise en demeure,

se fait architecte de l’extension de l’habitat.

 

 

Barbara Auzou

 

 

Blanches mains.

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Théodore Géricault/ étude de bras et de mains…

 

 

Les mésanges des mains s’échappent en salutations

bucoliques

ouvrant le passage au duvet de l’ortie

qui déchire la paume ravie

et le velours du matin.

Ces tueuses aux veines bleues insuffisamment parées

étranglent dans l’étreinte moite

le passereau de peu de mots et son chant

mélancolique

pauvre anneau de pacotille

qu’elles convoitent jusqu’à l’envie

et dont elles trouvent immédiatement

à s’orner.

 

Barbara Auzou

 

 

Ronds dans l’air.

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Ils auraient tant aimé

Que tout fût dit écrit

sur l’horizon tracé

les charognards que le jour inquiète

figés dans la rectitude du temps

qui rient du vent

interrompant le vol

de l’alouette

 

Mais l’aile aveugle

bat

même engourdie

et persévère

esquisses circulaires

au péril de la friabilité

du mot

et de l’éraflure  d’encre

et malgré la penne

abîmée

elle féconde comme en absence

le nid

la peau la chair

la plume la fièvre le sang

d’un mur à l’autre

devant des remparts transparents

n’importe où tapant

se cognant comme on s’élève

à l’inaliénable liberté

du vivant

 

Barbara Auzou

 

Absence.

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À s’être maintenu pantelant

à la lisière du soupçon

il avait renoncé

couché finalement

son attente verte

trop lourde de temps

auprès de la saison blanche

et son immobilité

inquiète

 

c’est à peine si les bras

dessinaient encore

dans le doute froid

l’ouverture laissée

à l’étreinte de givre

 

Nul n’entendait

la scie du cri muet

glace à la gencive

agacée

racine toujours vive

que tapait le marteau

 

sur l’arbre

en mal d’oiseaux

 

Barbara auzou

 

 

 

Mythologies intimes.

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Ce que l’on croit perdu

concassé dans l’abîme

est gagné sur la présence

crue

des mythologies intimes

Il faudra qu’une à une

s’éteignent

Les trop hâtives lumières

que l’éboulement mijote

à notre insu son règne

entraînant sur le chemin

pentu

la brûlure sombre

et le bouillon

qui ronge les lèvres

pour voir se dresser

le tendre lendemain

sa stupeur d’exister

à la face

émue

et ses fleurs en nombre

écloses au fond du ravin

 

 

Barbara Auzou

 

 

Orgueil du matinal

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Un songe froid

perle à la paupière

froissée

du matin hirsute

étale son édredon

d’orgueil

sur l’aube en peignoir

de givre

qui lime l’ongle

court

 

 

Barbara Auzou

 

 

Mariage arrangé…

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À la recherche du sens

et au détour de l’âge

faudra t-il célébrer

les noces arrangées

du signifiant et du signifié

Au milieu de la ride

profonde

d’une ruelle habitée

de silence?

 

 

Barbara Auzou

 

 

Les évidences douces…

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Tu n’avais pas vu

dans l’absence des regards

ce qu’il en était du monde

le goût d’épouvante

de ses saisons orange

ni les plis au front

arracher le sens caché

à ce qui était simple

comme des épines lancées

contre les choses

 

 

Aujourd’hui

à genoux

tu rassembles

les évidences douces

Va,

Elles te feront bien

un lit de feuilles

et tu t’accrocheras

à la parole nue

comme la grappe rouge

sur le lentisque

 

 

Barbara Auzou

 

 

Songe sylvestre…

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Tandis qu’au loin

des bouches pleines

de terre

construisaient le berceau

du livre

je cherchais

comme on erre

par défaut

un peu ivre

et sans illusion

la page blanche

au creux du buisson

à la hanche

pleine et déliée

le fagot des mots

et sur l’insolente fougère

la grâce de l’élision

qui tronçonnerait

la ligne tremblée

comme on opère

 

Barbara Auzou

 

 

A géométrie variable…

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J’ai abandonné l’enfant

muet d’émerveillement

Sous le vieux chêne

trop occupé

à chanter en rive

dans son trop-plein de ciel

 

 

J’ai laissé l’enfant

à la liberté de l’ortie

à peine si je me suis

retournée

pour le voir se heurter

au maître de la nuit

et tomber le masque lourd

de paupières blondes

 

 

Alors j’ai dit oui

au cordeau du chemin

et désormais verticale

j’ai déclaré

Que je pouvais

habiter cet ici

à géométrie variable

 

 

Barbara Auzou

 

 

Jeux d’enfants.

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Quel songe avare

s’est fiché

dans l’échancrure

du jeu

sans laisser

de pelures

ou si peu

 

 

 

Rituels cruels

araignées

aux chevelures

battements d’ailes

et tirs-aux-pigeons

 

 

 

Gravir l’échelle

avec le sérieux

élégant et rond

tout entier

dans les jambes

frêles

le rire au poplité

 

 

 

Sèche désormais

la plaie au genou

évaporée

la salive mentholée

au dernier barreau

savamment sciées

l’attache des mains

et l’épaule tendue

 

 

 

Sombres

nous n’avons pas vu

que l’échelle

ne craint en vérité

rien tant que son ombre

et les vieilles pages

dessinées

 

 

Barbara Auzou

 

Habiter le silence…

 

 

 

C’est qu’à vouloir

habiter le silence

de la pierre

adopter la patience

des veilleurs d’aube

nous avons épousé

l’ombre

avec la seule hâte

de nos sourires

 

 

 

Demain

qu’aurons-nous

à offrir

au front fiévreux

de la nuit

qui ne déçoive

son attente

sinon

l’ordre de la maison

le chat mort

et le livre pour vieillir?

 

Barbara Auzou

 

 

Eprise d’un trop fier silence…

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Éprise

d’un trop fier silence

il aura fallu ignorer

les mots de peu de poids

qui cousent le jour

en ourlets grossiers

 

 

Et du bavardage

les lances

Elles s’évertuent

À assiéger

le repos de soie

qui seul

m’agrée

 

 

Tout crie haut

Les plaintes de la rosée

éclatent dans les bouches

déformées

et le rouleau des mots

s’écrase sur la crête

à la face hilare

des nuages

sans même accoucher

de tempêtes

 

 

Déjà

je sens sourdre

l’orage mort-né

d’un grand désarroi

 

Cependant que je me tais

 

Barbara Auzou

 

Inventaire.

 

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Quand vous aurez emporté

les images floues

et leurs griffures

d’aigrette

les voix tues

confinées

dans l’enclos

le passage du souffle

le murmure du platane

et la satisfaction vaniteuse

du lilas

le matin surpris

croisant le soir

en avance

 

 

Vous n’oublierez pas

l’asile du lit

et puis la bibliothèque

à la charpente jaunie

le fond qui pleure

la forme qui rit

l’ossature de papier

le palimpseste des années

prisonnier

à l’orée du bois

et la fièvre retombée

des cruels dimanches

qui réclamaient

une rançon

 

 

Alors

il restera

un logis vide

où inviter

le mot

 

 

Barbara Auzou

Gueule d’hiver.

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Ignorer la saison

de suie

et sa gueule d’hiver

définitif

 

ignorer la silhouette

incongrue

du vieil archiviste

occupé à dépecer

un ciel lesté

d’inventaires

à la lumière

d’un grand bougeoir

 

Ignorer les globes

de verre poli

écrins lapidaires

des secrets

mal tenus

 

Offrir un dos rond

Offrir son dos nu

au temps rétif

Puis y surseoir

 

Barbara auzou

 

Clefs d’octobre.

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En convenir

 

L’été seul détient

sa part de légende

son petit morceau

de virtuosité

crinière de blé

bien étrillée

par les merles

à notre service

 

 

Ils ont remis les clefs

de la maison d’octobre

les voraces valets

Plus rien à nettoyer

Aujourd’hui ils reposent

ivres

et satisfaits

sur leur stèle

 

 

Et déjà nos corps

refroidis

s’éloignent

en ombres d’ardoise

 

Barbara Auzou.

 

 

 

A hauteur d’homme…

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Et celui-là encore

Dans son quant-à-soi

Silencieux et rond

Qui fait fuir la pie

Je l’ai connu

Je le connais

 

Mai éclot à son verbe tu

Sourdine

Et rosée sèche

Différence

Qui répugne à l’aisance

À la trame facile

Du sens avoué

Et de la saison attendue

 

Incartade impardonnable

À peine pardonnée

Davantage à hauteur du fait

Qu’à la hauteur des circonstances

 

Il invoquait le Printemps

Au plein coeur de l’été

Pour rendre le monde

Un peu plus habitable

Malgré-tout

 

Barbara Auzou

Voce mea

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Et quand bien-même

le fil désaccordé de ma voix

Caresse davantage la plainte

que le message

 

Méconnaît

les cimes haut perchées

de la vacuité du mot

perles en toc

écloses au gosier

 

Elle sourd

Racine

et fleur de rocaille

en vibrations souterraines

 

Se tient loin

du flot aigu

du bavardage

Déraille à peine

sur l’horizon du sens

 

Cri muet

trop tôt avisé

de la blessure sèche

d’avoir à nommer

 

Barbara Auzou

 

Billet des Corbières 39: Cri…

Sculpture de Jean Dupas, d’après l’orme de La Caunette…(village frontalier de Minerve..)

 

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L’arbre a revêtu l’immobilité de la pierre

sous le joug du feu négligé

et de ses signaux incompris

seule reste la souche pétrifiée

elle exhibe sa dépouille friable

aux passants déracinés

qui tanguent en tas flottants

imperméables à la brûlure

et au silence qui étouffe le cri

mais attendant encore médusés

l’improbable retour de la feuille

et l’ultime présence de l’oiseau

 

 

Barbara Auzou

Billet des Corbières 32: Présence tutélaire

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J’ en ai vu qui comme toi

accrochaient imprudemment

leur insolente jeunesse

à la cime brutale des roches

dis, à quoi penses-tu?

dis-moi à quoi tu me fermes les portes

Quel pacte dangereux

as – tu noué avec le vent

qui grillage ton visage de cheveux?

J’en ai vu qui savaient de toute éternité

que l’horizon s’incline sur leur passage

et vient les prendre par la main

ceux-là ne s’étonnaient même plus

de l’odeur d’aïl sauvage

déposée sur leur peau

 

Barbara Auzou

 

Billet des corbières 16: Le vent fou

 

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N’ouvre pas la fenêtre

le verbe craint l’espace trop grand

que le temps ne contient plus

la poussière cicatrise mal

l’horizon déchiré par la pierre

Observe de loin les rides du ciel

Elles tracent un chemin

Qui ne mène nul part

et se perd sans le savoir

dans les plis du drap propre

Trop intimement battu

par le vent fou

 

 

Barbara Auzou

 

Billet des Corbières 13: C’est seulement maintenant que l’heure sanguine abdique…

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C’est seulement maintenant que l’heure sanguine abdique

entraînant sous sa jupe humide l’odeur lourde

des menthes écrasées d’insectes

que le vent sournois balayait encore tout à l’heure

et la terre qui s’était rêvée sable redevient terre

pour le marcheur emprunté rêvant de garrigues

sous les sarcasmes de la pierre froide statue

chimère de son invariable désir de s’ancrer là

C’est dans un fracas de mots perdus

que l’heure sanguine se disloque

étalant un baume de silence inquiétant

sur les morsures du sel et du vent

promesse rauque d’un lendemain de chaleur

où la vipère attend

 

Barbara Auzou

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une réflexion sur “Poèmes. 2017/2018

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