Poèmes. 2017.

 

 

Impasse polychrome.

« première aquarelle abstraite » de Kandinsky.

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De visites de courtoisie

en leçons de mieux-vivre

lancées à la face

d’un ciel mensonge,

les corps dé-constitués,

en procession et sur nos traces,

nous ont jetés sur les routes

d’un monde de lumières aveuglées

s’emparant de nos corps,

un peu ivres et alanguis

comme d’un os que l’on ronge

arrachant la moelle grise

du doux désespoir

pour imposer au soir

les uniformes couleurs,

sinistres fleurs qui travaillent

en secret

à l’extinction du soleil noir

dont on s’était épris

 

 

et qui s’éclipse bientôt

en souvenir d’épaule ronde.

 

 

Barbara Auzou.

Chemin de traverse…

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Nous allions ensemble dans les bifurcations saisonnières qui se croisent

s’étreignent à peine au passage des angles de l’hiver

pour s’enlacer pleinement au rond-point du printemps;

sur des chemins, nous le savions, qui n’arrivent pas,

de connivence, garants d’un secret qui ne s’ébruite pas

tellement sages d’ignorance.

Parfois, au cours de la traversée, j’ai cru vous devancer

Alors que c’était encore moi qui vous suivais…

 

 

Barbara Auzou.

 

Haute-couture.

À ma fille,

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Si les jours dépolis en oiseaux titubants

se gargarisent des traîtres marées

et coassent en débris de coquillages

à ton oreille agressée,

alors découds patiemment l’ourlet du ciel

pour agrandir ton espace et installe-toi

là, toute,

la jaune conscience étale

en traces de souffle

et en parfums de citrons

 

 

 

Barbara Auzou.

Espace du quotidien.

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Doigts offensés au pli de la nappe

respectable

exécutant bientôt le contre-chant

inimitable

qui éloigne la tragédie du jour et fait danser

les mains

s’emparant de l’espace au service du

quotidien

oiseaux de porcelaine dorés un peu ébréchés en souvenir

de la dernière écharde

rien ne demeure plus étranger à qui vous regarde.

 

Barbara Auzou.

En blessures de feuilles.

 

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En proie à la fièvre et isolé de la meute,

le mot farouche, mordu à la bouche

a semblé montrer aux bois inclinés

quelque signe de connivence

et l’arc du silence, au supplice,

a glissé sombre et taciturne

puisant en la salive répandue

la source salutaire, l’horizon d’orgueil

mesurant , bon prince, l’impact de la flèche

et l’infinie étendue d’avoir à nommer

pour toujours établie en forêt solitaire

en blessures de feuilles.

 

 

 

 

Barbara Auzou.

Utiles.

Silhouettes en marche. (Jeannette Allary.)

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Où vont les ombres qui se maintiennent

à l’orée du sens

et qui détiennent ce qui nous manque?

Elles vont rares et nombreuses

se touchant à peine

sans route

sans rêve

sans trêve

dans la perspective mouvante

par elles tracée

interrogeant le fourré

et continuant à nourrir

au bec

l’enthousiasme qui exige du poème

une distance

sans voile.

 

 

 

 

Barbara Auzou.

Matinales.

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Ils ont un visage de matin

qui accorderait un peu contraint

un assentiment tremblant à l’horizon

déshabillé.

Et toujours le contour incertain

comme égaré un temps dans l’intervalle

du voyage intime et de l’universalité.

Présences sans tain et infirmes

bientôt cahotées entre

le perdu et le promis

le fauteuil et la vitre du train.

Sous les sombres bonnets en laine

de nuit

défilent les parcelles de blé et de lin

vertige à la rétine éprouvée

qui croit voir

et ne se sait pas regardée.

 

 

Barbara Auzou.

 

Terrain de l’enfance.

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Blessée au dire

Sur le terrain lourd de l’enfance

j’ai semé des signaux incompris

comme on soupire

comme on fouille

comme on danse

comme on épure

cruel bourbier à la gorge

sage

de l’enfant qui ne renonce pas

aux images.

Elles collent aujourd’hui

en contours contrariés

Aux bottes du message

qui pressure.

 

 

Barbara Auzou

 

L’ongle du sommeil…

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Quand l’ongle du sommeil accuse la chair,

l’intention, rendue à l’air, s’endort sur le côté

gauche

et la nuit, bonne copine, inlassablement

fauche

ce qu’elle doit voler au jour

pour faire le lit de l’hiver

en couvertures de saison.

Bonne joueuse, elle s’éclipse à l’aurore

et dans la crinière de sa course rieuse

quelques noix dansent

encore.

 

 

 

Barbara Auzou

 

 

Matin.

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Chaque matin, à genoux dans la cerne du jour,

nous sellons le cheval fourbu de nos corps

et nous le lançons sur le chemin

si complice du fait

qu’il l’en épouse.

 

 

Barbara Auzou

Impermanence.

Dessin de Franck Saïssi.

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À regarder l’arbre

Nous avons compris

Qu’il y avait du précaire dans nos saisons

et dans nos mains facilement oublieuses

de leurs défaites.

Nous  avons admis

que ces mains équivoques

bénissent le mariage

de l’impermanence et du temps

la lumineuse fragilité pour témoin

et qu’elles tricotent enfin

de la pelote du vivre

le lit de laine chaude

où allonger nos peurs

 

 

Barbara Auzou

 

 

Papier Mâché.

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Moite de résolutions qu’elle ne sait tenir

mais disposée au sommeil

la nuit en son lit et en chemise de veille

subit les assauts funestes des insomnies cachées

et des leurres manifestes

réclamant tour à tour leur dû

et en nage

s’enroulant autour du drap rabattu

attaquant la bouche lestée

en commissures de rage.

Repus aux premières clartés

et pour longtemps médusés

Ils lui arrachent un chant d’amour

pour l’aube

 

 

et sa gueule de papier mâché

 

 

 

Barbara Auzou.

 

Prendre chair.cbb14ad6236438d518b568f1246e490dÀ l’exact opposédu désir droitde se tenir ensembles’étale la merde cendresaux cheminéesdes foyers anxieuxet la vaguesuccessivedes passants pressésvieillissantd’un trottoir à l’autre.Du temps il fautprendre chair.Tout est courbeet tout est passage.Barbara Auzou 

Préférence.

Véronique Boulanger. Rhinocéros -échassier ( hommage à Dali.) 2008.

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Si j’eus une préférence

ce fut pour les silencieux

aux corps affublés

de légendes

interdites par les mots

par les mains;

les illisibles sur la page

qui me maintenaient

en marge de la lettre

mais s’offraient au pillage;

les fermés à tout vent

qui n’avaient plus l’âge

des grands imagiers

pour apprendre

le monde;

les solitaires échassiers

qui m ‘abandonnèrent

dans la stupéfaction

ronde

d’avoir choisi

et la singulière odeur

de terre humide

qui l’accompagne.

 

 

 

Barbara Auzou

Fauché à la césure…

Henri Michaux, Peinture à l’encre de Chine n°2, 1959,

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Dans les débris de vers

rompus

fauchés

à la césure

et qui succombent,

dire de moins en moins

devint l’arme

paradoxale.

Et si d’aventure,

il y avait encore lieu

d’écrire

Il faudrait au crime

asservir

la certitude gutturale

et son étendue

chargée d’ombre.

Qu’enfin elle plie

un genou pâle

devant le silence

qui irradie.

 

 

Barbara Auzou

Obligeance.

Peinture: « El viaje impossible ». Alex Claude.1987.

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À la bouche

affrétée en préparatifs

grotesques

nous tairons la destination

du mot

et sa nuit étoilée

d’ignorance.

Mais riche

de son seul viatique

nous craignons

qu’il ne puisse

achever la traversée.

 

 

Barbara Auzou

Exérèse…

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Coiffés de fierté lisse

ils ignorent la colonne d’angoisse

et son tressage minutieux

échappé  du seul cri fugace,

les passeurs de l’ordinaire

les chirurgiens du sérieux.

 

 

Ils ignorent le râle de la voix

suspendu aux pulsions

du ciseleur.

S’ils savaient,

ils auraient peur

les mille coudes immondes

luisant de rouge légitimité.

 

 

Demeure pour toi, fillette

le raphia emmêlé de la tignasse

et la plaie froide

d’être au monde

 

que tu peignes au mieux.

 

 

Barbara Auzou

Dans le lit du hors-texte.

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Comme on ment

déjà travaille

la peur d’oublier

ce qu’on a cessé

d’attendre.

Il n’y a plus qu’à

s’endormir

soustrait à l’orage

dans l’écrasement

des pluies

qui ravine

la syntaxe

prépare le lit

du hors-texte

et du blanc

sur la page.

 

 

 

Barbara Auzou

Consumato.

Un grand merci à Marcello Comitini qui vient de m’offrir dans un geste de plaisir totalement spontané la traduction italienne de mon poème…
Consumato.
Era necessario rallegrarsi
vestiti soltanto della nostra
impazienza
a spazzare via ridendo
come in trance
lo spettro dei mille desideri
la sua bocca spalancata
che avrebbe allontanato la paura
ossessionante da morire
Era necessario allontanare
le mille bocche di cellophane
dalle braccia prigioniere
che salmodiavano
metallo alle orecchie tenere
la gioia di possedere
e del tutto vendesi
Bisogna oggi
seppellire l’esca
della felicità a tutti i costi
e tendere
ai desideri di desiderare
le nostre mani non consenzienti
Barbara Auzou, poème traduit en italien par Marcello Comitini.

Consommé.

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C’est qu ‘il fallait jouir

vêtus de notre seule

impatience

à balayer de rires

comme en transe

le spectre des mille envies

sa gueule béante

qui éloignerait la peur

lancinante de mourir

 

C’est qu’il fallait éloigner

mille bouches de cellophane

aux bras ligotés

qui psalmodiaient

métal aux oreilles tendres

la joie de posséder

et du tout-à-vendre

 

 

Il faut aujourd’hui

enterrer le leurre

du bonheur à tout prix

et tendre

aux désirs de désir

nos mains non-consentantes

 

 

Barbara Auzou

Marcheur solitaire.

193627_1_lAyant délaissé

son cheval de peine

Rabattu la fumée

sur la parole défaite

il était un jour parti

lui et l’ ombre

qu’il s’était choisie

Sans réveiller le chien

qui dort

ni le rêve déposé

au pied du lit

Et il assiégeait de son pas

lent

Un silence consentant

méditant sur l’écart

et la ronce

le chant

et l’ortie

 

Barbara Auzou

Paupières de sel.

Visage Fem Rêve by Georges Audigier

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Longtemps

je me suis flattée

de lire sur les visages

la vie que le doute

effleurait

et la muette éloquence

accrochée aux paupières

de sel.

Je croyais y saisir

les territoires excessifs

et du jour les secrètes

alliances.

C’était avant que la bouche

de l’ignorance ne dessinât

le contour fidèle

et ne m’abandonnât

seule

et au seuil du mot

 

avec brosses et pinceaux

dans mon réel

 

 

Barbara Auzou

Extension de l’habitat.

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Toujours,

l’absence a la sagesse folle de ne pas condamner les murs autour du vide

et de s’éloigner de la brûlure du foyer après avoir fait feu

de tout bois.

Toujours,

l’absence hébergée de pièce en pièce finit par se sentir à l’étroit dans la collusion domestique

et interroge l’espace trop longtemps laissé en friche.

Toujours,

l’absence infidèle à ses emplâtres , marche après marche, et comme mise en demeure,

se fait architecte de l’extension de l’habitat.

 

 

Barbara Auzou

 

 

Blanches mains.

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Théodore Géricault/ étude de bras et de mains…

 

 

Les mésanges des mains s’échappent en salutations

bucoliques

ouvrant le passage au duvet de l’ortie

qui déchire la paume ravie

et le velours du matin.

Ces tueuses aux veines bleues insuffisamment parées

étranglent dans l’étreinte moite

le passereau de peu de mots et son chant

mélancolique

pauvre anneau de pacotille

qu’elles convoitent jusqu’à l’envie

et dont elles trouvent immédiatement

à s’orner.

 

Barbara Auzou

 

 

Ronds dans l’air.

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Ils auraient tant aimé

Que tout fût dit écrit

sur l’horizon tracé

les charognards que le jour inquiète

figés dans la rectitude du temps

qui rient du vent

interrompant le vol

de l’alouette

 

Mais l’aile aveugle

bat

même engourdie

et persévère

esquisses circulaires

au péril de la friabilité

du mot

et de l’éraflure  d’encre

et malgré la penne

abîmée

elle féconde comme en absence

le nid

la peau la chair

la plume la fièvre le sang

d’un mur à l’autre

devant des remparts transparents

n’importe où tapant

se cognant comme on s’élève

à l’inaliénable liberté

du vivant

 

Barbara Auzou

 

Absence.

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À s’être maintenu pantelant

à la lisière du soupçon

il avait renoncé

couché finalement

son attente verte

trop lourde de temps

auprès de la saison blanche

et son immobilité

inquiète

 

c’est à peine si les bras

dessinaient encore

dans le doute froid

l’ouverture laissée

à l’étreinte de givre

 

Nul n’entendait

la scie du cri muet

glace à la gencive

agacée

racine toujours vive

que tapait le marteau

 

sur l’arbre

en mal d’oiseaux

 

Barbara auzou

 

 

 

Mythologies intimes.

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Ce que l’on croit perdu

concassé dans l’abîme

est gagné sur la présence

crue

des mythologies intimes

Il faudra qu’une à une

s’éteignent

Les trop hâtives lumières

que l’éboulement mijote

à notre insu son règne

entraînant sur le chemin

pentu

la brûlure sombre

et le bouillon

qui ronge les lèvres

pour voir se dresser

le tendre lendemain

sa stupeur d’exister

à la face

émue

et ses fleurs en nombre

écloses au fond du ravin

 

 

Barbara Auzou

 

 

Orgueil du matinal

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Un songe froid

perle à la paupière

froissée

du matin hirsute

étale son édredon

d’orgueil

sur l’aube en peignoir

de givre

qui lime l’ongle

court

 

 

Barbara Auzou

 

 

Mariage arrangé…

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À la recherche du sens

et au détour de l’âge

faudra t-il célébrer

les noces arrangées

du signifiant et du signifié

Au milieu de la ride

profonde

d’une ruelle habitée

de silence?

 

 

Barbara Auzou

 

 

Les évidences douces…

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Tu n’avais pas vu

dans l’absence des regards

ce qu’il en était du monde

le goût d’épouvante

de ses saisons orange

ni les plis au front

arracher le sens caché

à ce qui était simple

comme des épines lancées

contre les choses

 

 

Aujourd’hui

à genoux

tu rassembles

les évidences douces

Va,

Elles te feront bien

un lit de feuilles

et tu t’accrocheras

à la parole nue

comme la grappe rouge

sur le lentisque

 

 

Barbara Auzou

 

 

Songe sylvestre…

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Tandis qu’au loin

des bouches pleines

de terre

construisaient le berceau

du livre

je cherchais

comme on erre

par défaut

un peu ivre

et sans illusion

la page blanche

au creux du buisson

à la hanche

pleine et déliée

le fagot des mots

et sur l’insolente fougère

la grâce de l’élision

qui tronçonnerait

la ligne tremblée

comme on opère

 

Barbara Auzou

 

 

A géométrie variable…

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J’ai abandonné l’enfant

muet d’émerveillement

Sous le vieux chêne

trop occupé

à chanter en rive

dans son trop-plein de ciel

 

 

J’ai laissé l’enfant

à la liberté de l’ortie

à peine si je me suis

retournée

pour le voir se heurter

au maître de la nuit

et tomber le masque lourd

de paupières blondes

 

 

Alors j’ai dit oui

au cordeau du chemin

et désormais verticale

j’ai déclaré

Que je pouvais

habiter cet ici

à géométrie variable

 

 

Barbara Auzou

 

 

Jeux d’enfants.

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Quel songe avare

s’est fiché

dans l’échancrure

du jeu

sans laisser

de pelures

ou si peu

 

 

 

Rituels cruels

araignées

aux chevelures

battements d’ailes

et tirs-aux-pigeons

 

 

 

Gravir l’échelle

avec le sérieux

élégant et rond

tout entier

dans les jambes

frêles

le rire au poplité

 

 

 

Sèche désormais

la plaie au genou

évaporée

la salive mentholée

au dernier barreau

savamment sciées

l’attache des mains

et l’épaule tendue

 

 

 

Sombres

nous n’avons pas vu

que l’échelle

ne craint en vérité

rien tant que son ombre

et les vieilles pages

dessinées

 

 

Barbara Auzou

 

Habiter le silence…

 

 

 

C’est qu’à vouloir

habiter le silence

de la pierre

adopter la patience

des veilleurs d’aube

nous avons épousé

l’ombre

avec la seule hâte

de nos sourires

 

 

 

Demain

qu’aurons-nous

à offrir

au front fiévreux

de la nuit

qui ne déçoive

son attente

sinon

l’ordre de la maison

le chat mort

et le livre pour vieillir?

 

Barbara Auzou

 

 

Eprise d’un trop fier silence…

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Éprise

d’un trop fier silence

il aura fallu ignorer

les mots de peu de poids

qui cousent le jour

en ourlets grossiers

 

 

Et du bavardage

les lances

Elles s’évertuent

À assiéger

le repos de soie

qui seul

m’agrée

 

 

Tout crie haut

Les plaintes de la rosée

éclatent dans les bouches

déformées

et le rouleau des mots

s’écrase sur la crête

à la face hilare

des nuages

sans même accoucher

de tempêtes

 

 

Déjà

je sens sourdre

l’orage mort-né

d’un grand désarroi

 

Cependant que je me tais

 

Barbara Auzou

 

Inventaire.

 

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Quand vous aurez emporté

les images floues

et leurs griffures

d’aigrette

les voix tues

confinées

dans l’enclos

le passage du souffle

le murmure du platane

et la satisfaction vaniteuse

du lilas

le matin surpris

croisant le soir

en avance

 

 

Vous n’oublierez pas

l’asile du lit

et puis la bibliothèque

à la charpente jaunie

le fond qui pleure

la forme qui rit

l’ossature de papier

le palimpseste des années

prisonnier

à l’orée du bois

et la fièvre retombée

des cruels dimanches

qui réclamaient

une rançon

 

 

Alors

il restera

un logis vide

où inviter

le mot

 

 

Barbara Auzou

Gueule d’hiver.

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Ignorer la saison

de suie

et sa gueule d’hiver

définitif

 

ignorer la silhouette

incongrue

du vieil archiviste

occupé à dépecer

un ciel lesté

d’inventaires

à la lumière

d’un grand bougeoir

 

Ignorer les globes

de verre poli

écrins lapidaires

des secrets

mal tenus

 

Offrir un dos rond

Offrir son dos nu

au temps rétif

Puis y surseoir

 

Barbara auzou

 

Clefs d’octobre.

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En convenir

 

L’été seul détient

sa part de légende

son petit morceau

de virtuosité

crinière de blé

bien étrillée

par les merles

à notre service

 

 

Ils ont remis les clefs

de la maison d’octobre

les voraces valets

Plus rien à nettoyer

Aujourd’hui ils reposent

ivres

et satisfaits

sur leur stèle

 

 

Et déjà nos corps

refroidis

s’éloignent

en ombres d’ardoise

 

Barbara Auzou.

 

 

 

A hauteur d’homme…

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Et celui-là encore

Dans son quant-à-soi

Silencieux et rond

Qui fait fuir la pie

Je l’ai connu

Je le connais

 

Mai éclot à son verbe tu

Sourdine

Et rosée sèche

Différence

Qui répugne à l’aisance

À la trame facile

Du sens avoué

Et de la saison attendue

 

Incartade impardonnable

À peine pardonnée

Davantage à hauteur du fait

Qu’à la hauteur des circonstances

 

Il invoquait le Printemps

Au plein coeur de l’été

Pour rendre le monde

Un peu plus habitable

Malgré-tout

 

Barbara Auzou

Voce mea

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Et quand bien-même

le fil désaccordé de ma voix

Caresse davantage la plainte

que le message

 

Méconnaît

les cimes haut perchées

de la vacuité du mot

perles en toc

écloses au gosier

 

Elle sourd

Racine

et fleur de rocaille

en vibrations souterraines

 

Se tient loin

du flot aigu

du bavardage

Déraille à peine

sur l’horizon du sens

 

Cri muet

trop tôt avisé

de la blessure sèche

d’avoir à nommer

 

Barbara Auzou

 

Billet des Corbières 39: Cri…

Sculpture de Jean Dupas, d’après l’orme de La Caunette…(village frontalier de Minerve..)

 

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L’arbre a revêtu l’immobilité de la pierre

sous le joug du feu négligé

et de ses signaux incompris

seule reste la souche pétrifiée

elle exhibe sa dépouille friable

aux passants déracinés

qui tanguent en tas flottants

imperméables à la brûlure

et au silence qui étouffe le cri

mais attendant encore médusés

l’improbable retour de la feuille

et l’ultime présence de l’oiseau

 

 

Barbara Auzou

Billet des Corbières 32: Présence tutélaire

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J’ en ai vu qui comme toi

accrochaient imprudemment

leur insolente jeunesse

à la cime brutale des roches

dis, à quoi penses-tu?

dis-moi à quoi tu me fermes les portes

Quel pacte dangereux

as – tu noué avec le vent

qui grillage ton visage de cheveux?

J’en ai vu qui savaient de toute éternité

que l’horizon s’incline sur leur passage

et vient les prendre par la main

ceux-là ne s’étonnaient même plus

de l’odeur d’aïl sauvage

déposée sur leur peau

 

Barbara Auzou

 

Billet des corbières 16: Le vent fou

 

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N’ouvre pas la fenêtre

le verbe craint l’espace trop grand

que le temps ne contient plus

la poussière cicatrise mal

l’horizon déchiré par la pierre

Observe de loin les rides du ciel

Elles tracent un chemin

Qui ne mène nul part

et se perd sans le savoir

dans les plis du drap propre

Trop intimement battu

par le vent fou

 

 

Barbara Auzou

 

Billet des Corbières 13: C’est seulement maintenant que l’heure sanguine abdique…

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C’est seulement maintenant que l’heure sanguine abdique

entraînant sous sa jupe humide l’odeur lourde

des menthes écrasées d’insectes

que le vent sournois balayait encore tout à l’heure

et la terre qui s’était rêvée sable redevient terre

pour le marcheur emprunté rêvant de garrigues

sous les sarcasmes de la pierre froide statue

chimère de son invariable désir de s’ancrer là

C’est dans un fracas de mots perdus

que l’heure sanguine se disloque

étalant un baume de silence inquiétant

sur les morsures du sel et du vent

promesse rauque d’un lendemain de chaleur

où la vipère attend

 

Barbara Auzou

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2 réflexions sur “Poèmes. 2017.

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