Le vent fou. (Juillet 2017)

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N’ouvre pas la fenêtre

le verbe craint l’espace trop grand

que le temps ne contient plus

la poussière cicatrise mal

l’horizon déchiré par la pierre

Observe de loin les rides du ciel

Elles tracent un chemin

Qui ne mène nul part

et se perd sans le savoir

dans les plis du drap propre

Trop intimement battu

par le vent fou

 

 

Barbara Auzou

Pareille.

Joueuse d’osselets/ Musée du Louvre.

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Puisque rien ne console de la beauté fais-moi pareille l’excroissance de ton non-dit et compte-moi au nombre des pierres à fleurir futures sur les arpents regagnés de ton jardin

Puisque nous savons tous deux ce qu’il en est des eaux et de l’escalier qui y descend

Tout chargé des osselets enfantins à l’oreille

 

Barbara Auzou.

Paix nue.

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Dans la rencontre tiède de la chair et du bois l’étreinte de la respiration fait son nid patiemment en surplomb d’une mer muette

Quelque chose sur le point de se dire s’est tu et descend en procession d’images sur le pivot aléatoire du monde

Comme une paix nue et sans victoire que les cormorans habilleraient de silence

 

Barbara Auzou.

« 1938, Nuits » d’Hélène Cixous.

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Résumé

C’est le quatrième livre qui me ramène à Osnabrück la ville de ma famille maternelle. Je cherche. Je cherche à comprendre pourquoi Omi ma grand-mère s’y trouvait encore en novembre 1938. Ainsi que ses frères et soeurs. Cela faisait pourtant des années que les Monstres occupaient le ciel allemand et proféraient des menaces de mort à l’égard des juifs, mais Omi continuait à penser qu’elle était allemande même après avoir été déclarée nonaryenne, même quand la langue allemande a formé de nouveaux abcès antijuifs tous les mois. Certes son mari était bien mort pour l’Allemagne en 1916 mais quand même Dans la rue le banc est interdit aux juifs.
Quel courage lui faut-il pour rester dans la ville qui brûle les siens tandis que K. le grand ogre nazi passe en ricanant devant notre grand magasin boycotté, ou peut-être quelle terreur ? Ou peut-être la voix de l’angoisse est-elle plus forte que celle de sa fille, Eve ma mère qui a pris la porte définitivement dès 1933 ?
Aucune explication.
Je ne comprends pas pourquoi je ne comprends pas.
Il y a tant de sortes de juifs qui ne savent plus qui ils sont. Il y en a qui partent, mais pas assez loin, comme s’ils avaient peur de perdre – quoi ? Il y a des juifs-qui-ne-partent-pas. Eri la petite soeur d’Eve ma mère est partie dès 1933 quand les piscines lui ont été interdites. Mais Siegfried est resté. Les Nussbaum aussi. Il y en a qui ont voulu partir quand on ne pouvait plus partir. Il y en a qui sont revenus se perdre. Qu’es-ce qui te ferait partir ? me demandé-je. Et vous, qu’est-ce qui vous ferait partir ? On ne peut pas dire qu’Omi soit partie finalement.
Elle ne m’a jamais parlé de la Nuit de Cristal. Il y avait de quoi être éclairée pourtant.
Comme je n’arrive pas à rentrer à l’intérieur de ma grand-mère je me décide à entrer dans la Nuit Décisive par l’intérieur de Siegfried K., un ami de ma mère. Il a 25 ans, il vient d’arracher son doctorat de médecine, la Grande Synagogue lui brûle devant la figure, le voilà naufragé à Buchenwald, pour l’inauguration par les Premiers Déportés. Je le suis.
Il ne sait pas ce qui lui arrive. C’est nouveau. Ça vient d’ouvrir. Ce n’est pas terminé. Buchenwald est à côté de Weimar. Weimar, c’était Goethe. Siegfried est un modeste Robinson juif aktionné en 1938. Avant, je ne savais pas ce que c’était, un juif aktionné. Suivons Siegfried dans la fameuse Nuit Nazie aux mille Incendies, prologue au temps de l’Anéantissement. J’aimerais tant pouvoir lui demander pourquoi, comment, il est encore là.

Aux Editions Galilée.

 

L’EPOQUE 2019/8 et 9: « LES CAMPAGNES ET LES BORDS DE MER ».

Voici « « LES CAMPAGNES ET LES BORDS DE MER » » , huitième et neuvième de cette nouvelle Epoque 2019 avec le peintre NialaAlors que nous attendons la publication de l’ouvrage « L’Epoque 2018 » pour la fin de l’année aux Éditions Traversées, les tableaux eux (2018 et 2019) seront exposés au printemps à Cognac du 15 au 27 Avril 2019 au Couvent des Récollets.

C’est un travail à quatre mains , merci d’en tenir compte dans vos commentaires.

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L’EPOQUE 2019/8

« LES CAMPAGNES ET LES BORDS DE MER »
Niala
Acrylique s/toile 46×38
Encadré 500,00 €
Le vin des prés a été bu.

Les évidences dorment encore indemnes

Contre les jambes fraîchement fuselées du jour.

Plus loin l’arbre élu à la commissure rit

Et essore sa sueur matinale aux plis de son écorce.

Entends, mon Endormie

Ce bruit d’outils très anciens

Et les portes de l’étable battre féroces

Dans leur compréhension éblouie de la lumière.

Les bêtes puissantes s’agenouillent en secret

Au labour de nos mains ouvrières.

On nous réclame dans la raison intime d’un grand champ;

Roseaux patients et architectes du calme

D’une aube à l’autre.

 

D’une  aube à l’autre encore

On nous réclame dans les bras flexibles

D’une haute mer qui roule sa plainte d’accouchée

Entends, ma noyée

Les pores de plénitude pénétrer

L’été bien avant la saison claire

Et nos poissons mordus rouges s’affûter

Les jambes le long des quais

Il est temps pour nous de rassembler les saules irascibles

Pour leur apprendre les pleurs perdus

Entre la persistance et l’origine

L’éponge et le pommier.

 

 

 

Barbara Auzou.

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L’EPOQUE 2019/9

« LES CAMPAGNES ET LES BORDS DE MER »
Niala
Acrylique s/toile 46×38
Encadré 500,00 €

Dépositaires.

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Le temps hors d’haleine s’est posé comme un oiseau doux sur nos jambes de bateaux échoués

Dans nos paumes creusées par les marées et par lui nous apprenons tout

Les eaux claires des fontaines La chance inouïe qui a fait de nous

Les dépositaires de mots qui s’inventent dans les yeux furtifs d’un oiseau

de mer  Jusqu’à l’effritement de notre propre soif sous des paupières qui se consument à feu doux

 

Barbara Auzou

 

« Mes Afriques » de Paule Constant.

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L’Afrique, Paule Constant l’a connue dans son enfance. Elle en a rapporté des sensations fulgurantes, des images éclatantes, qu’elle recrée à l’infini. L’enfance, c’est pour elle la vie brinquebalée à travers le monde, le huis clos du bagne et de l’hôpital, la confrontation à la violence et à la maladie. Son travail de mémoire passe par des impressions indélébiles mais aussi par la création d’un système littéraire qui vient récrire la réalité – ou écrire sa réalité. De là naît la fiction.
D’emblée, Paule Constant a imaginé une œuvre polymorphe, un ensemble romanesque en échos et miroirs, où les personnages vont et viennent d’un livre à l’autre, où chaque roman dessine sa géographie dans des Afriques sans cesse réinventées.
De la douleur enfouie est né un monde que Paule Constant continue d’explorer.

Avec des textes et lettres inédits d’Olivier Bellamy, Auguste Bourgeade, Jean-Loup Champion, Romain Gary, Guillaume Lachenal, Catherine Le Pelletier, Henri Lopes, Tobie Nathan et Frédéric Verger

Collection Quarto, Gallimard
Parution : 24-01-2019

L’énigme Murakami.

Que ce soit dans ses courts récits ou dans ses véritables sagas dont la dernière en date, 1Q84, parue dans sa traduction française en trois volumes en 2012 et qui avait assis – si besoin était – sa réputation, Murakami possède l’art de plonger son lecteur dans un trouble infini. Saisi, celui-ci n’ose plus lâcher son livre, se laisse embarquer dans des histoires totalement invraisemblables où le réel le plus absolu se mêle et glisse vers l’imaginaire le plus débridé sans que vous y ayez pris garde. Subtil mélange qui vous enchante tout en vous laissant un goût amer d’insatisfaction, une fois les dernières pages achevées. Mais par quels prodiges Haruki Murakami nous ensorcelle-t-il à ce point ? La question se repose avec acuité avec la récente parution des deux volumes (plus de 900 pages) de son Meurtre du Commandeur, le livre 1 ayant pour sous-titre Une Idée apparaît et le livre 2, La Métaphore se déplace. Entre Idée et Métaphore nous voilà servis pour ce qui est de l’abstraction philosophico-romanesque. Le paradoxe voulant que justement ce ne soit pas tout à fait le cas, et qu’au contraire nous naviguions dans le concret le plus terre à terre… Comprenne qui pourra. D’ailleurs, et l’intéressé ne nous en voudra pas, son style est tout sauf flamboyant, alors ? En fait, et très calmement, Haruki Murakami écrit comme il nous parlerait.

On pourra s’en faire une idée puisqu’au même moment sort un livre de conversations qu’il a eues avec le chef d’orchestre Seiji Ozawa, où il fait montre d’une véritable connaissance de la musique, que l’on retrouve dans son roman. La comparaison avec l’écriture du Meurtre du Commandeur est frappante. Ensuite, dans son ouvrage, il prend tout son temps ; il aurait tort de se priver, n’hésitant pas à nous raconter une anecdote, puis à la reprendre, à la répéter à satiété un peu plus loin alors que nous sommes déjà parfaitement renseignés, croyions-nous. Cette façon de marcher – de conter – à son rythme, est étonnante, d’autant qu’il l’applique à son personnage principal, un peintre en panne d’inspiration, portraitiste pour gagner sa vie et que sa femme vient de quitter sans fracas, et qui rumine tranquillement les mêmes idées, à moins qu’il ne broie que du vide. Tout cela raconté par l’intéressé lui-même. Ensuite Haruki Murakami passe son temps à nous décrire par le menu tous les détails (ceux qui l’intéressent tout au moins) dont on se demande ce qu’ils ont réellement à voir avec l’intrigue : description minutieuse de toutes les voitures que conduisent les personnages, avec notations sur leurs lignes et leurs marques, la couleur des banquettes, etc. Même obsession concernant les musiques qu’écoutent les uns et les autres, sur disque, cd ou à la radio. Quelqu’un regarde-t-il sa montre pour avoir l’heure, nous avons droit à la marque de ladite montre et quelques autres précisions si nécessaire…

L’avantage de cette maniaquerie c’est que nous avons de longs développements sur des domaines que Murakami connaît parfaitement, la musique, la peinture saisie dans son acte de création même. Même s’il ne disserte pas sur cet art, c’est bien cependant au cinéma que l’on songe dans sa manière de camper le décor avec cette maison isolée en pleine montagne où le peintre a trouvé refuge grâce à un ami ; du pur Hitchcock avec cet autre personnage mystérieux qui observe de son immense et glaciale propriété la maison d’en face où vit une gamine qui est peut-être sa fille… Il y a réellement quelque chose de l’ordre de l’obsession, une obsession « tranquille » (du personnage principal) qui pourrait bien être de l’ordre de la folie, jamais dite, jamais évoquée, mais vécue le plus tranquillement du monde. Étonnant vraiment, et paradoxal.

 

 Un article de Jean-Pierre Han pour Les Lettres Françaises.

Tremblante.

(Menthe de mon jardin . 20/02)20190220_145349

Tremblante

À l’idée de nuire

J’envisage les conséquences

D’un trop prompt dénuement

Donnant sur un parfum

Abusif qui s’exhale dans

Un soleil en effraction

 

Oui mais la fibre gourmande!

Oui mais la plaie têtue et son dire abscons!

Et les mains de plaisir et les mains de souffrance!

La découpe d’éclaircie sur le ciseau au bord du jouir!

Et le fol arpent de félicité qui se pense!

 

Ô la menthe effrontée dont rien ne fortifie l’attente!

 

Barbara Auzou.