Berceau.

Impression sur verre. Gustave Klimt.

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j’ai souri malgré moi

à l’opacité de la nuit

et à son parfum de sous-bois

dont les haches depuis longtemps s’étaient tues.

Sur le rebord couché du temps,

j’ai tendu mon visage nu

au tréteau où veillait l’oiseau familier.

Le jour alors s’est ouvert au talus

de son chant et dans la respiration d’une seconde

dilatée sur l’axe rond du monde, j’ai vu

l’aube peigner son recommencement

tandis que nous reprenions silencieux et fidèles

notre conversation à l’envers du nuage

et à un coude du ciel où se balançait

le berceau apaisé d’une profonde alliance.

 

Barbara Auzou.

Portrait du sous-lieutenant Marcos.


Je suis assis dans une cabane en bois aux environs de la ville de San Cristobal de Las Casas dans le Chiapas, au sud-est du Mexique, me préparant à dessiner le portrait du sous-commandant en chef Marcos. Vingt ans plus tôt, dans cette ville aux rues étroites, avec des maisons ayant la couleur des fleurs, aux pavés irréguliers, tout Indien marchant sur le trottoir devait s’écarter pour laisser un Mexicain « blanc » passer tranquillement son chemin. Cela a changé quand les zapatistes ont pris le contrôle de la ville en 1996. Ce qui se passe aujourd’hui sur les mêmes pavés irréguliers est une question de choix et non de discrimination.

Quand je suis entré dans la cabane où il vivait provisoirement, il me demanda : où voulez-vous vous asseoir ? Je lui montrai une chaise près de deux commandants zapatistes – une femme avec sa fille de six ans et un homme plus âgé – qui étaient déjà assis. Comme ça, imaginais-je, il leur parlerait et me laisserait en paix. Il me regarda avec une pointe d’ironie comme s’il lisait dans mes pensées. En paix ? Oui, la paix est un instant.

Hier (16/12/2007) Marcos avait annoncé devant sept cents personnes qu’il ne ferait plus d’apparitions publiques pendant un moment à cause de la menace qui pesait sur la communauté zapatiste, sur son mode de vie ; la lutte qu’il menait depuis treize ans était aujourd’hui si importante qu’il devait redevenir le soldat clandestin qu’il avait été autrefois pour aider à l’organisation de sa défense dans les montagnes. La défense de ceux – il se souvenait de l’assemblée – qui avaient formellement renoncé à toute forme de lutte armée depuis 1996 mais qui, s’ils étaient attaqués, auraient résisté avec détermination. Le bruit courait que le nouveau président Calderon et son gouvernement, après leur élection truquée, préméditaient d’éliminer les zapatistes sans provoquer de véhémentes protestations. En sorte que le resplendissant exemple de désobéissance des zapatistes à l’encontre de la tyrannie du fascisme économique qu’on appelle néolibéralisme serait balayé du même coup.

Marcos et les commandantes commencent à parler et je me mets à dessiner. Trois d’entre eux, ainsi que la petite fille de six ans, portent leur passe-montagne. « Nous portons des masques, affirmaient autrefois les zapatistes, pour devenir visibles. » Un paradoxe étrange à prendre en considération quand on fait un portrait. Trois jours plus tôt, j’avais discuté avec cinq des conseillers de la communauté zapatiste d’Oventic. Ces femmes et ces hommes parlaient avec beaucoup de calme parce qu’ils racontaient leurs vérités – distinctes de la vérité. Le calme qui accompagne la croyance en une seule vérité est une rude indifférence. Leur calme était considérable. Et leurs masques, loin de rendre leurs visages moins humains ou moins uniques, les rendaient plus humains. Je lisais leurs visages en lisant dans leurs yeux et le message des yeux est la moins contrôlable des expressions faciales et donc la plus sincère.

Parler de sincérité me fait soudain penser à la photo d’une femme qui ne porte pas de masque. Elle s’appelle Maria Conception Moreno Arteaga. Mère de six garçons qu’elle a élevés seule. Quarante-sept ans, vivant dans un village à 200 km au nord de Mexico. Elle gagnait sa vie comme femme de ménage. Il y a trois ans, elle fut arrêtée par les forces de sécurité du gouvernement mexicain et jetée en prison sous la fausse accusation d’avoir été mêlée à un trafic illégal d’immigrants. (Des dizaines de milliers de personnes du Honduras, du Guatemala et du Salvador sont renvoyées chez elles tous les ans par les forces de sécurité mexicaines quand elles tentent de traverser le pays pour se rendre à la frontière septentrionale avec les États-Unis, où elles espèrent traverser une autre frontière et trouver du travail.)

Un jour, Maria Conception se retrouva devant six émigrants en haillons qui avaient traversé plus de la moitié du pays et quémandaient de l’eau. Elle leur donna donc de l’eau et un peu d’argent pour manger car, étant donné leur condition, « il était impossible de refuser ». Après avoir été inculpée à tort, elle passa plus de deux ans en prison. Son travail consistait à fabriquer des logos pour des vêtements. Avec les quelques pesos qu’elle retirait de ce travail forcé, elle achetait du savon et du papier hygiénique pour rester propre. Le message de ses yeux dans la photo est : je ne pouvais pas refuser.

Marcos a des mains larges avec des doigts exceptionnellement longs. Leur peau est usée et un peu calleuse, leur texture était celle des mains d’un paysan. Quand il paraît en public il adopte la posture d’un messager et il lit avec soin et lenteur le nouveau message à voix haute, ou bien il se tient là pour l’incarner. Ici, dans la cabane, il est à l’aise et n’est pas avare de son temps. Ses membres pendent mollement comme ceux d’un pilote de long-courrier qui avait autrefois posé son avion sur une piste trop courte. Il me vient alors à l’esprit qu’il ressemble un peu à Saint-Exupéry : peut-être une même méfiance ou réticence au sujet de leur corpulence et de leur haute taille.

Le Mexique possède l’une des plus vastes mines d’argent du monde que les conquistadores avaient rapidement découverte. C’est aussi une terre de miroirs. Des miroirs de palais fracassés aux grands cadres et, plus généralement, une multitude de fragments, de breloques, de piécettes, d’éclats de verre et de mica capturant la lumière. « Quand on touche le coeur de l’autre, on touche aussi à ses chagrins. C’est comme si on se voyait dans un miroir », déclaraient les zapatistes dans la sixième déclaration de la jungle de Lacandon, il y a deux ans et demi.

Mexico est peut-être la plus grande métropole du monde, avec une population qui s’élève à plus de vingt millions d’habitants. Une ville où la consommation est débridée, de rackets imbriqués les uns dans les autres, de pauvreté. Des barios entiers sont régentés par des gangs de trafiquants de drogue. Des avenues résidentielles sont gardées par des gardes privés portant des gilets pare-balles. Une pollution colossale. Une circulation chaotique. La rivière Piedad (ce qui signifie pitié) coule à l’est dans une monstrueuse canalisation rouillée. Des transports publics réduits au minimum. Il y a trois étages de routes suspendues. Au dessous, sans un véhicule, on doit fuir à toutes jambes comme un mille-pattes. Les voitures sont devenues indispensables pour ceux qui ont du travail et un logement. L’ancienne ville aztèque de Tenochtitlan s’est finalement transformée en un carrefour pour les intérêts de l’industrie pétrolière d’un capitalisme du profit à outrance.

Chaque année, un million de paysans et d’indigènes mexicains sont poussés, par la pauvreté et le manque de terre, à quitter leurs maisons pour se rendre dans la capitale ou dans d’autres villes alors que leurs terres sont prises par les corporations agroalimentaires. Le Mexique est un pays d’émigrants. Quinze millions d’hommes et de femmes travaillent aux États-Unis. Ils envoient tous les ans environ 25 milliards de dollars. La majorité de ces travailleurs n’ont pas de papiers : ils sont considérés comme des criminels aux États-Unis et donc traités comme tels.

Ce qui se passe ici est le reflet de ce qui se passait dans le goulag soviétique. En ce lieu, les prisonniers sont obligés de travailler jusqu’à ce qu’ils tombent d’épuisement, ici, les travailleurs sont pourchassés comme des criminels jusqu’à devenir des hors-la-loi. Pendant ce temps, à Mexico, des millions de regards interrogateurs se croisent à chaque seconde, à propos des scams, des occasions, des plaisanteries, des alternatives, des vies routinières, de l’honneur, ou ne faisant que poser des questions sans réponse. « L’histoire, soulignaient les zapatistes, n’est une ligne ascendante que pour les puissants, où leur quotidien est toujours le sommet. Pour ceux qui sont en bas, l’histoire est une question qui ne peut être résolue qu’en regardant derrière ou devant soi, en créant de nouvelles questions. »

J’observe les sourcils, les lignes du bas du front, les cercles sous les yeux, le nez large qui fait saillie sous le masque. Sa voix physique est à la fois distante et persuasive. La voix écrite est autre chose. Contrairement à ce qu’on croit en général, la voix véritable d’un écrivain est rarement (peut-être jamais) la sienne ; c’est une voix née de l’intimité et de l’identification de l’écrivain avec d’autres qui savent que leur chemin est barré et qui guident l’écrivain sans mot dire. Elle ne provient pas du tempérament de l’écrivain mais de la confiance.

Tandis que je dessine le volume de sa tête, je me demande comment définir, comment entourer d’une ligne le lieu d’où sa voix provient en tant qu’auteur des messages zapatistes. D’où parle-t-il à ce monde ? Physiquement, la voix parle de là, des hauts plateaux ondulants et escarpés du Chiapas, aujourd’hui contrôlés par les peuples indigènes qui ont repris leurs terres pour les cultiver et qui ont construit des écoles, des centres villageois, des cliniques. Mais d’où parle cette voix figurativement ?

Il vient de faire rire la petite fille. Quand elle rit, son masque palpite. Retour à la ville pour répondre à ma question. La principale artère est toujours appelée avenue Insurgentes ! Au contraire, il y a toujours des dizaines de rues qui portent le nom de capitales et de pays européens, parce que le Mexique pensait être le centre du progrès et de la révolution dans le monde. Presque tous les Mexicains sont allés voir une fois dans leur vie la peinture murale de l’Épopée du peuple mexicain comme on va en pèlerinage à Santa Maria de Guadalupe, et ils ne vont pas voir l’immense peinture pour étudier l’art, mais pour se souvenir et méditer sur leur destin.

J’ai décidé de renoncer à l’encre pour dessiner Marcos au fusain, parce qu’il est plus indécis, plus nerveux. L’encre sait, dès le départ, ce qu’elle veut dire : le fusain écoute. Aucune reproduction ne peut donner une idée de la force et de l’échelle de la peinture murale de Rivera qui domine l’escalier principal de ce qui fut, jusqu’à une date récente, le siège du gouvernement, le palais présidentiel. La comparaison avec la chapelle Sixtine de Michel-Ange n’est pas absurde, mais avec le Jugement dernier, pas avec le plafond.

Diego l’Éléphant, comme le surnommait Frida Kahlo, était un homme comme les autres. Il était parfois turbulent, parfois défaitiste, parfois paresseux, souvent inconséquent. Il s’est pourtant transformé quand il a été amené à peindre et à rendre tangible sur ces murs l’histoire des peuples dont il est issu ; il devient alors responsable au point de donner au moindre détail, au moindre trait sa place particulière dans une vaste destinée historique. On a l’impression qu’en haut des marches, le peintre colossal a inventé un millier d’années d’histoire, pas le contraire. Les centaines de figures grandeur nature – des civilisations précolombiennes, depuis la rue du marché de Tenochticlan, depuis trois siècles d’exploitation coloniale des Espagnols, depuis la guerre d’indépendance qui s’acheva en 1821 et, de manière plus emphatique, depuis le siècle qui a suivi cette guerre, jusqu’à la révolution et la vision d’un futur différent –, toutes ces figures célèbres et anonymes sont contenues dans une vision d’une telle énergie et d’une telle continuité, qu’en dépit des nombreuses cruautés criantes, on a le sentiment de recevoir en cadeau un zantedeschia provenant d’une des corbeilles des fleuristes dépeinte quand on redescend l’escalier pour partir.

En même temps – et c’est peut-être la raison pour laquelle je songe au tourbillon du Jugement dernier de Michel-Ange – l’histoire politique du Mexique moderne, telle qu’elle est dépeinte sur ces murs et en fonction de tout ce qui s’est passé depuis qu’ils ont été peints, n’est rien moins qu’un champ immense de promesses qui n’ont pas été tenues. Un genre d’esclavage succéda à un autre, de nouveaux systèmes de répression et de discrimination remplacent les anciens, les formes modernes de pauvreté furent inventées et imposées, de plus en plus de ressources naturelles furent ponctionnées et volées par les gringos dans le Nord, et les peuples indigènes furent toujours plus déshérités. Seul le cri d’Emiliano Zapata pour « la terre et la liberté », avant qu’il ne fût assassiné en 1919, continue à sonner juste.

J’en viens au fait. Le fossé entre le vaste champ de promesses trahies et les espérances du peuple pour plus de justice devait être comblé d’une façon ou d’une autre, et les principaux partis politiques, à commencer par le PRI (Parti de l’institution de la révolution !), l’avaient fait pendant soixante-dix ans en mettant en charpie ce qui avait été autrefois un langage politique. Promesses trahies, prémices trahies, propositions trahies, lois trahies. Chaque principe – sauf celui de l’intérêt égoïste – a été vidé de tout contenu. Le discours politique, les campagnes électorales, les discours pour les mass media ont été systématiquement réduits à la prévarication et aux diversions de ceux que les Grecs anciens appelaient les idioti (les nombrilistes) en opposition aux politici. Sous le fascisme économique du néolibéralisme, c’est désormais un phénomène planétaire.

La voix des messages zapatistes, qui offre un exemple de résistance à la fois locale et globale, provient de ce fossé. Pas pour tenter de résoudre par le haut mais, oui, en construisant depuis le fond et les tréfonds. « Nous ne croyons pas que les fins justifient les moyens. Nous pensons, en fin de compte, que les moyens sont la fin. Nous construisons notre objectif en même temps que nous construisons les moyens grâce auxquels nous combattons. En ce sens, la valeur que nous donnons à la parole, à l’honnêteté et à la sincérité est grande, même si, parfois, nous pouvons nous tromper ingénument. » Il me regarde en train de dessiner et sourit. Il y a deux genres de sourires (parmi d’autres) : l’un qui attend d’entendre la chute d’une nouvelle blague, et un autre qui se souvient d’une blague déjà connue. C’est le second.

Je me trouvais dans un village nommé Acamilpa, dans l’État de Morelos, d’où Emiliano Zapata est originaire. Milpa signifie un champ de maïs où d’autres plantes poussent et où de nombreux oiseaux, insectes et animaux coexistent. Je veux décrire le visage d’une veille femme qui m’était étrangement familier. Elle aurait pu venir de mon village dans les Alpes, ou est-ce l’âge qui nous ramène dans le même village ? Quoi qu’il en soit, c’était un samedi soir, et la cour d’une petite ferme était remplie de tables couvertes de nappes en lin, parce que c’était l’anniversaire de quelqu’un et que les invités n’allaient pas tarder à arriver. Un accordéoniste jouait déjà de la musique. Il y avait un acacia imposant qui avait dû se trouver là à l’époque où Emiliano Zapata était un enfant.

À une table, treize anciens des villages environnants avaient une réunion sérieuse pour coordonner leurs plans de désobéissance et d’obstruction pour éviter que leur eau soit détournée et volée par des spéculateurs fonciers. Ils parlaient chacun à leur tour, avec attention et réflexion. Ils acceptaient la musique comme si c’était un mets en train de cuire qu’ils pourraient déguster plus tard. Le visage de la vieille femme était tanné et raviné par les vents, ses yeux brillants indiquaient qu’ils avaient l’habitude de regarder ce lointain d’où provenaient les vents.

Pour la fête d’anniversaire, des ballons colorés avaient été accrochés entre la maison et l’acacia. Et voici ce qu’elle me dit : « J’ai vécu ma vie – telle qu’il m’a été donné de la vivre, et je pense maintenant au futur. Je pense à mes petits-enfants et à leurs enfants, et comment ils vivront. Nous devons résister pour leur bien. Ceux qui gouvernent aujourd’hui veulent détruire tous les paysans et toute communauté indigène parce qu’ils veulent posséder la moindre graine sur la terre et le moindre litre d’eau qui vient de nos montagnes. Nous arrêtons donc leurs camions quand ils viennent voler ce qui nous appartient… Il vaut mieux mourir debout que de vivre à genoux. » Ses cheveux longs, aussi blancs que les miens, avaient été ramenés en arrière et noués en un chignon. Marcos portait une montre à chaque poignet : une pour le temps de la paix, l’autre pour le temps de la guerre. Quand les zapatistes étaient engagés dans une opération défensive, ils travaillent selon un horaire modifié au cas où leurs messages seraient interceptés. Il y a de toute façon des situations qui défient le temps, et n’importe quel temps.

Dans la ville de San Andrés où, en février 1996, le gouvernement signa un accord formel avec les zapatistes pour reconnaître les droits de tous les indigènes, un accord qui n’a jamais été honoré, il y a l’église de San Andrés, l’apôtre. Dans l’église il y a un certain nombre de statues de la Vierge et de saints qui portent des vêtements en tissu, cousus et brodés. La semaine dernière, à l’heure de midi, je me suis arrêté là, parce que j’ai entendu de la musique dans le village d’Acampila. La musique était plus ancienne et différente. Il y avait là, à l’intérieur, deux jeunes femmes indigènes avec leurs nourrissons dans le dos et, à une certaine distance d’elles, deux hommes. Pas de prêtre. Les quatre personnages chantaient en polyphonie. Un millier de bougies allumées, beaucoup dans des vases de verre, se trouvaient sur le sol de l’église, leur flamme étincelait dans le vent qui entrait par la porte latérale restée ouverte. L’une des femmes, tout en chantant, balançait un encensoir et la fumée de l’encens était suspendue comme une brume au-dessus des flammes qui étaient comme des fleurs. L’année, la saison, le jour, l’heure étaient des détails oubliés. Jusqu’au moment où l’un des bambins cria pour être nourri et que la mère lui donna le sein. L’autre femme lissait une tunique entre ses mains, elle l’avait achetée pour la statue de San Andrés ; elle savait qu’il était temps de laver celle qu’elle portait et de la changer.

Derrière le masque, sous le large nez, une bouche et un larynx qui parlaient d’espoir depuis le fossé. J’ai dessiné ce que j’ai pu. Pendant ce temps, il est probable que les zapatistes étaient en danger. Chaque attaque contre eux viendra de ces croyances à courte vue que leur exemple pourrait bien balayer.

 

Un article de John Berger pour Les Lettres françaises.

(Traduit de l’anglais par Gérard-Georges Lemaire)

Les Editions de La Différence ne sont plus…A méditer.


Les Éditions de la Différence ont été mises en liquidation judiciaire le 20 juin 2017 après quarante et un ans d’existence. Le tribunal a refusé toute solution de redressement judiciaire et aucun racheteur ne s’est présenté, ni aucun mécène pour venir au secours du naufrage. On aurait aimé une autre façon de célébrer ce quasi demi-siècle. C’est qu’en un demi-siècle bien des choses ont changé dans le domaine de la culture.

C’était justement il y a quarante et un ans. Mon ami d’enfance m’avait conseillé d’envoyer à une de ses connaissances, le poète Jean-Paul Guibbert, mon premier manuscrit auquel je n’avais pas donné de titre. Ce que j’ai fait, sans avoir aucune nouvelle pendant plusieurs semaines. J’ai su que Jean-Paul Guibbert l’avait communiqué à une toute jeune maison d’édition en train de se créer, qui avait un logo ravissant, dessiné par André Masson. C’était la lettrine D, D pour Différence, qui ressemblait à un dragon.

Au bout de quelques mois, n’ayant aucune nouvelle, j’ai appelé le numéro que l’intermédiaire diligent m’avait indiqué et la voix qui m’a répondu était celle de Michel Waldberg que je ne connaissais pas. Il m’a dit aussitôt, sur un ton jovial et raffiné qui, je l’apprendrais, était le sien, celui d’une sorte de plaisanterie toujours un peu triste et désabusée, mais plaisanterie tout de même, qu’ils allaient publier mon livre, Préface. « Ils » n’y changeraient pas une ligne, « ils » l’aimaient, « ils » le publieraient.

Préface, à vrai dire, n’était pas le titre de mon livre, qui n’en avait pas, mais celui de la réelle préface que j’avais écrite aux chapitres qui suivaient et qui, à ma propre relecture, m’avaient semblé exagérément obscurs. Mais c’était justement cela qui leur plaisait, ce mélange de mise au point et d’obscurité assumée, de mystère et de rationalité. Et puis l’idée qu’un jeune écrivain intitule son premier livre Préface, « ils » avaient trouvé cela assez culotté et réjouissant.

« Ils »… qui étaient-« ils » ? J’allais vivre au Japon pour y enseigner. « Ils » m’invitèrent avant mon départ à dîner avec eux. Et c’est en dînant que je « les » découvris : Joaquim Vital, le directeur de la maison, son amie et collaboratrice Colette Lambrichs à laquelle pendant le repas il tenait tendrement la main, et Michel Waldberg, dont je faisais également la connaissance.

C’était une soirée de plein été, rue Saint-Denis, à la terrasse d’un restaurant, d’un luxe inhabituel pour moi. Entre-temps, j’étais allé à la Librairie Tschann qui était alors située près de la rue de Montparnasse, mais sur le boulevard du même nom, en face de l’église Notre-Dame-des-Champs. C’était alors la meilleure librairie de Paris. J’y trouvais les livres que j’aimais. Ceux de la Différence que je vis sur les tables étaient signés Pierre Dalle Nogare, Juan Pinheiro, Claude-Louis Combet, Leonor Fini, Françoise d’Eaubonne. Il y avait un album sur Bellmer. Un essai sur Sade par Gilbert Lely. Le surréalisme dominait. La poésie assurément. Et une réflexion ouverte, libre sur la sexualité. Une insolence affichée, mais où la volonté littéraire et ironique l’emportait délibérément sur le militantisme, dans ces années-là, souvent sectaire. Oui, sans aucun doute, les surréalistes étaient les parrains, lointains, mais présents.

Je regardais les couvertures et imaginais mon nom et un titre que j’avais encore à trouver, avec ces maquettes-là. Au cours du dîner, je compris qui était le trio. Colette Lambrichs était belge. Historienne de l’art, c’était la nièce de Georges Lambrichs, une de mes références de lecteur. J’avais lu plusieurs livres de sa collection « Le chemin », et je ferais sa connaissance une dizaine d’années plus tard, en travaillant chez Gallimard où il dirigeait encore la NRF. Colette avait quelques années de plus que moi, mais elle était de ma génération, comme Joaquim Vital. Michel Waldberg était leur aîné de quelques années encore. Joaquim Vital était poète et portugais. Il s’était opposé à Salazar. Il avait été emprisonné. Il avait vécu dans plusieurs pays, dont la Belgique. Grand ami du surréaliste Patrick Waldberg cofondateur de la maison, il avait sympathisé avec son fils Michel, devenu son plus proche collaborateur. Tous les trois écrivaient, des poèmes, des nouvelles fantasques à l’humour noir, des essais percutants, provocants. Je me retrouvais dans une aventure que je n’avais pas prévue sous cette forme.

J’avais depuis mon adolescence envoyé quelques manuscrits, mais seuls Claude Durand et Simone de Beauvoir avaient réagi à mes envois, sans suite éditoriale. C’est une autre histoire. J’avais d’abord frappé aux portes habituelles, le Seuil, Gallimard. Et voilà qu’on me parlait avec le plus grand respect, la plus grande confiance, de mes livres, de mon avenir. Avais-je écrit autre chose ? Que pensais-je faire de ma vie ? J’avais vingt-cinq ans. Je partis donc pour le Japon. Et une fois là-bas, fort d’un premier contrat signé et attendant la parution de mon livre encore dans les limbes, j’ai poursuivi. J’ai envoyé un deuxième manuscrit à Michel Waldberg qui a aussitôt répondu avec même chaleur que bien sûr, celui-là aussi, « ils » le publieraient, et d’ailleurs « ils » créaient une revue, Discordance, où ils espéraient bien ma collaboration. Je leur ai envoyé des lettres de Tôkyô, qui ont donc été ma première publication. Car, mon livre sans titre n’avait pas encore paru. Il ne paraîtrait qu’à mon retour du Japon, sous le titre qui m’a été inspiré par le nom même de l’auteur fétiche de Joaquim Vital, Pessoa, Personnes et personnages. Michel Waldberg aimant le zen, et moi-même m’intéressant à la philosophie bouddhiste, je me suis mis à traduire pour lui, avec Ryôji Nakamura, de nombreux extraits de Shôbogenzô, alors totalement inédit en français, du moine du XIIIe siècle Dôgen, pour la nouvelle collection de Michel Waldberg, « Philosophia Perennis ».

Après le Japon, j’ai vécu en Angleterre, mais j’ai eu le temps de voir paraître mon livre, pendant un bref intermède parisien, où j’ai également convaincu, sans aucun mal, Colette, Michel et Joaquim de nous charger, Ryôji Nakamura et moi, de choisir des textes classiques japonais, de les traduire, de les présenter, et ce fut Mille ans de littérature japonaise. Qui remarqua cette publication (depuis reprise par Picquier) ? Claude Lévi-Strauss, Gilles Deleuze, Edmonde Charles-Roux, Michel Foucault, Hervé Guibert, Eric Alliez, Philippe Pons. Les éditions avaient grandi depuis, de nombreux auteurs arrivaient. Mais aussi les difficultés économiques, de distribution, de rétribution des auteurs, compliquaient les rapports, sans pour autant empêcher la multiplication des projets. La poésie, la peinture, les essais insolents étaient la priorité, par tous partagée.

Commençant de mon côté à travailler pour Denoël, puis Gallimard, j’ai fait l’inévitable, en proposant, après deux autres romans et un bref récit japonais publiés par la Différence, mes livres suivants à ces éditeurs. Je trahissais la Différence au moment même où elle commençait à prendre de l’ampleur. Mon frère Jean Pavans, mon amie Nathalie Castagné furent également publiés par Colette, Joaquim et Michel. De forts liens amicaux et professionnels se nouèrent particulièrement entre Joaquim et mon frère qui se retrouvait aux côtés de Michel Butor, de Gilles Deleuze, de Sophia de Mello Breyner, de Borges, de Malcolm Lowry, de Jack Kerouac, de Françoise Sagan, d’albums sur Arpad Szenes, sur Vieira da Silva.

Viviane Hamy, alors leur attachée de presse, prenait à cœur une fonction si difficile, avant de travailler pour d’autres maisons et fonder la sienne. Mais elle ne peut qu’avoir la même nostalgie des ces premières années passionnées, aventureuses et si difficiles, si « irréalistes » et si nécessaires en même temps, ainsi que Joaquim Vital devait en témoigner dans ses livres Vingt ans, bilan sans perspective et Adieu à quelques personnages, qui rendent hommage aux auteurs qu’il a publiés et rencontrés, glorieux ou simplement talentueux, mais également aimés. La peinture moderne que tous trois, Joaquim, Colette et Michel, connaissaient parfaitement fut durablement le sujet majeur. Et l’on vit les locaux successifs, occupés au gré des fluctuations économiques, à travers Paris, envahis de lithographies et de carreaux de faïence quand Joaquim se mit en tête de demander à des artistes des modèles d’azulejos qu’il faisait fabriquer dans son Portugal natal.

Des historiens de l’édition sauront raconter précisément les audaces, les déboires, les succès de cette entreprise, les brouilles, les procès, les réconciliations et les sacrifices qu’ils ont imposés à ses directeurs, tenaces et désintéressés, même s’ils n’ont pas été des gestionnaires de la plus grande rigueur. Des piliers essentiels de cet édifice ont été plus proches que moi de ses fondateurs, comme Marcel Paquet, Claude-Michel Cluny, Michel Journiac, Julio Pomar, Gonzague Raynaud, Harry Jancovici, Salim Jay, et bien sûr toute une série de collaborateurs plus récents, qui les ont aidés à tenir en vie une maison constamment menacée, parce que exigeant son indépendance.

L’intégrale des nouvelles de Henry James, voilà une entreprise éditoriale que seul permet, aussi stupéfiant que cela paraisse, un tempérament « fou ». Cela devrait pourtant revenir aux grandes maisons soucieuses de fond. Eh bien non, il a fallu un éditeur « fou » pour faire confiance à un traducteur unique pour s’en acquitter. De même les œuvres complètes de Michel Butor. On les aurait attendues dans la Pléiade. C’est la Différence qui a révélé la multiplicité des talents de l’auteur de la Modification, critique, poète, enseignant, et a pris au sérieux le devoir de mémoire. De même c’est à la Différence que s’est adressée la traductrice tchèque Erika Abrams pour faire connaître Ladislav Klima et Jan Patocka. C’est la Différence qui a fait confiance à Jean-Loup Rivière et à Jean-Louis Schefer pour créer la collection et la revue Café.

C’est la Différence qui a établi les œuvres complètes de la plupart des écrivains maghrébins. C’est à la Différence qu’a paru l’œuvre d’August von Platen. C’est la Différence qui a restitué au grand poète belge Jacques Izoard une visibilité en France en publiant les trois volumes de son œuvre merveilleuse d’étrangeté. C’est vers la Différence que se sont tournés Jocelyne François et William Cliff quand leurs éditeurs habituels les boudaient. La Différence était le recours des poètes orphelins et de tous les écrivains qui étaient perçus comme dérangeants, peu identifiables, et dont pourtant le talent avait été et serait clamé par une presse oublieuse.

Un éditeur se définit plus par tous les livres qu’il a su ne pas refuser, que par tous ceux qu’il a publiés. Pour être plus clair, savoir reconnaître le talent d’un inconnu est plus important que d’avoir publié un livre inutile. Tous les éditeurs publient des livres inutiles. Mais seuls certains savent reconnaître les livres qu’il ne fallait pas manquer. Et la Différence faisait partie de cette deuxième catégorie, moins répandue, mais aussi moins visible immédiatement, car le propre de ces livres-là et de ces auteurs-là, difficiles, que d’autres ont refusés, est qu’ils ne sont pas perçus sur-le-champ et que leurs auteurs n’obtiendront qu’une reconnaissance tardive.

Que s’est-il passé pour qu’une crise économique, qui n’était pas la première, devienne définitivement la dernière? Sans doute, la mort de Joaquim Vital, il y a sept ans, a été un premier coup tragique, bientôt suivie par celle de Michel Waldberg. Mais la survivante, Colette Lambrichs, n’avait pas flanché pour autant, obtenant la confiance et l’aide du financier Claude Mineraud. C’est que l’édition française (et que dire de l’italienne ou de l’américaine ?) ne fonctionne plus dans l’indépendance des systèmes de distribution qui sont des machines lourdes, exigeant une rentabilité qui fait du livre un produit de marketing, quelle que soit la qualité de son auteur. Le courage des librairies indépendantes, qui soutiennent des entreprises strictement littéraires, ne suffit plus. Des médias qui se plient aveuglément à un système de vedettariat peu regardant sur le contenu des livres, à condition que ceux qui les représentent jouent le jeu superficiel d’une personnalité « porteuse », copiée sur le modèle des hommes politiques, des chanteurs, des acteurs, ont une part énorme de responsabilité dans cette démolition généralisée de la littérature.

Bien entendu, il y a, dans les « grandes » maisons, dans les rédactions de journaux (et bien plus rarement dans l’audiovisuel) quelques tempéraments de résistants, quelques critiques authentiques. Mais ils sont devenus presque clandestins et travaillent en contrebande. Ils passent au second plan, et leur efficacité est donc moindre. Ce n’est plus eux que l’on prend au sérieux. Le cas de la Différence n’est sans doute pas unique. Bien des éditeurs ont dû mettre la clé sous le paillasson. Mais après quarante et un ans de combat ? Avec un tel catalogue ? Maurice Nadeau, Christian Bourgois, Georges Lambrichs, Paul Otchakovsky, tous ont connu des difficultés et ont certainement été tentés de jeter l’éponge. Mais un effondrement total pourrait-il avoir lieu dans une autre société que celle que nous connaissons depuis quelques années, où les journalistes littéraires exigeants ont été gentiment ou violemment priés de céder la place à des esprits plus dociles, plus accommodants, moins singuliers ?

Les rédactions, pour la plupart consensuelles, s’imitent et célèbrent les auteurs qui bénéficient de mises en place importantes en librairies ou de pressions de leurs agents, quand ils sont étrangers. Des gloires factices sont alors chantées. Et des inconnus le demeurent. Quant à la renommée passée, elle ne représente plus une garantie de qualité et de durée, mais au contraire une marque d’infamie : démodés, ringards, hors circuit, hors réseau. L’idée même de mémoire éditoriale ne vaut guère plus qu’un boulet à traîner, une honte, un poids mort qui n’est plus rentable. Le pilon a remplacé les archives. C’est cette idéologie-là qui peu à peu tend à gagner les rédactions, les comités de lecture, les services de vente, les conseils d’administration et certaines librairies. Et c’est cette logique-là qui veut qu’un éditeur qui a assuré la publication de nombreuses œuvres complètes, qui a suscité des études majeures sur des artistes contemporains, qui a abrité une collection poétique bilingue, source incomparable de connaissance, qui s’est chargée de rassembler pour la première fois tant d’œuvres complètes, voie son travail nié au bout de quarante ans. Certes une maison d’édition est une entreprise qui doit obéir à une logique économique que peuvent contredire certains risques artistiques. Après tout on a vu ainsi disparaître de grands studios hollywoodiens. Mais la production cinématographique n’a jamais caché son aspiration au gain.

Qu’une initiative privée puisse être considérée comme une part inaliénable du patrimoine, au simple vu d’un catalogue, voilà qui devrait aller de soi. L’Etat ne rachète-t-il pas parfois une maison d’artiste pour en faire un lieu de mémoire ? Pourquoi ne le ferait-il pas d’une édition qui ne s’est pas contentée d’abriter, mais qui a suscité, stimulé et accompagné des écrivains ? Car quel auteur peut oublier qu’un coup de téléphone et une lettre ont changé sa vie ? Il y a, comme certaines rencontres personnelles, des éditeurs qui donnent l’idée du destin. Non pas en faisant « accoucher » d’un livre, non pas en transformant un inconnu en « écrivain », non pas en amenant un auteur à « rencontrer son public », non pas en « flairant ce qu’attend le lecteur », non pas en « trouvant le succès » — cela laissons-le aux agents de communication et de marketing, désormais capables de faire élire un président de la République—, mais simplement en sachant reconnaître une voix à son originalité et à sa détermination et en lui permettant de se faire entendre. De qui a une oreille. Et la Différence savait jouer ce rôle-là, qui, on l’apprend, dans notre nouvelle société de « gagnants », peut coûter la vie à un éditeur et à ses collaborateurs.

Un article de René de Ceccatty pour Les Lettres françaises.

Ma Vive.

marelle

Pour Alain.

 

Personne ne nous entend

Et le vent est décevant

Ma vive, fais-toi mer un instant

Stoppée au ciel de ta marelle.

Les vrais accidents

À la cheville de tes nuits

rôdent à pas pesants

Explorateurs errants

de l’entrave de tes ailes

Et des escaliers d’autrefois.

Les ciseaux tranchants

De tes sursauts compliqués

Ont, ma Vive, la couleur pâle des instants

Qui roulent au caillou de l’absence

Sur tes jours de faïence ébréchée

Et puisque personne ne nous attend

Et que le vent est décevant

Ma vive, fais-toi mer un instant.

Barbara Auzou.

« D’une main composée pour moi… » De Paul Eluard.

(Marc Chagall, Autour d’elle.)

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D’une main composée pour moi
Et qu’elle soit faible qu’importe
Cette main double la mienne
Pour tout lier tout délivrer
Pour m’endormir pour m’éveiller
D’un baiser la nuit des grands rapports humains
Un corps auprès d’un autre corps
La nuit des grands rapports terrestres
la nuit native de ta bouche
La nuit où rien ne se sépare

Que ma parole pèse sur la nuit qui passe
Et que s’ouvre toujours la porte par laquelle
Tu es entrée dans ce poème
Porte de ton sourire et porte de ton corps

Par toi je vais de la lumière à la lumière
De la chaleur à la chaleur
C’est par toi que je parle et tu restes au centre
De tout comme un soleil consentant au bonheur

Paul Eluard.

(Poésie ininterrompue) 

« La Folie Elisa » de Gwenaëlle Aubry.

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Collection Bleue, Mercure de France
Parution : 23-08-2018

Complaisante.

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Complaisante encore

à vous ressembler

en tous gestes et sans remord

le soleil m’aura suivie

dans la constance qui mène le corps

au cœur d’une ronde de lumière

et à l’hirondelle du jour qui se construit

et qu’on allume

 

Complaisant encore

mon objet rare à bout de bras porté

comme une offrande, fragile boussole par vous investie

ravie à la forêt de mon étonnement et au gris

des corridors qu’il me faudrait suivre

sans refuser rien pourtant du rêve

et des choses mortelles qui se consument

 

Complaisantes de terre rude

mes mains inquiètes tendues aux preuves de la nuit

qui cadastrent les corps et cultivent le fruit

au guéret des certitudes où je m’endors.

 

Barbara Auzou.