LE REVE EN ACTION. PAR GHÉRASIM LUCA.

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la beauté de ton sourire ton sourire

en cristaux les cristaux de velours

le velours de ta voix ta voix et

ton silence ton silence absorbant

absorbant comme la neige la neige

chaude et lente lente est

ta démarche ta démarche diagonale

diagonale soif soir soie et flottante

flottante comme les plaintes les plantes

sont dans ta peau ta peau les

décoiffe elle décoiffe ton parfum

ton parfum est dans ma bouche ta bouche

est une cuisse une cuisse qui s’envole

elle s’envole vers mes dents mes dents

te dévorent je dévore ton absence

ton absence est une cuisse cuisse ou

soulier soulier que j’embrasse

j’embrasse ce soulier je l’embrasse sur

ta bouche car ta bouche est une bouche

elle n’est pas un soulier miroir que j’embrasse

de même que tes jambes de même que

tes jambes de même que tes jambes de

même que tes jambes tes jambes

jambes du soupir soupir

du vertige vertige de ton visage

j’enjambe ton image comme on enjambe

une fenêtre fenêtre de ton être et de

tes mirages ton image son corps et

son âme ton âme ton âme et ton nez

étonné je suis étonné nez de tes

cheveux ta chevelure en flammes ton âme

en flammes et en larmes comme les doigts de

tes pieds tes pieds sur ma poitrine

ma poitrine dans tes yeux tes yeux

dans la forêt la forêt liquide

liquide et en os les os de mes cris

j’écris et je crie de ma langue déchirante

je déchire tes bras tes bas

délirant je désire et déchire tes bras et tes bas

le bas et le haut de ton corps frissonnant

frissonnant et pur pur comme

l’orage comme l’orage de ton cou cou de

tes paupières les paupières de ton sang

ton sang caressant palpitant frissonnant

frissonnant et pur pur comme l’orange

orange de tes genoux de tes narines de

ton haleine de ton ventre je dis

ventre mais je pense à la nage

à la nage du nuage nuage du

secret le secret merveilleux merveilleux

comme toi-même

toi sur le toit somnambulique et nuage

nuage et diamant c’est un

diamant qui nage qui nage avec souplesse tu nages souplement dans l’eau de la matière de la matière de mon esprit dans l’esprit de mon corps dans le corps de mes rêves de mes
rêves en action

 

GHÉRASIM LUCA.

 

 

J’ai oublié mon nom.

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Sur la lame exacte

d’un matin de pierres fendues,

j’ai oublié mon nom

et la moitié de mon visage

a laissé l’autre de poussière nue.

 
J’ai oublié mon nom

sur un cou étranglé d’écume

sur des débris de coquillages

criant la plainte sèche des noyés

et l’amertume du sel

dans des cheveux à la dérive.

 

Au loin la mer brandit son poing

qui retombe mort sur mes pas égarés.

 

J’ai oublié mon âge

sur une hélice tranchante

vive et à l’aile du doute

et sur la peau qui nuage

dans l’aigle de l’oeil

en pleine déroute

à la recherche de son centre clair

avant l’assaut sévère

de l’orage.

 

Barbara Auzou.

 

« Cris écrits » de Jean -Michel Ribes.

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“L’aphorisme ne se cherche pas, ne se trouve pas, il apparaît.”
Par son sens de l’aphorisme percutant ou poétique, Jean-Michel Ribes donne à penser : sursauts rieurs ou vérités secouées, de petits cris écrits qui tiennent leur pouvoir de séduction de la liberté qui les inspire et de leur immédiate fantaisie.

Rêves en caramboles, vérités secouées, pensées fantasques, éclats de songes, sursauts rieurs, tristes galipettes parsèment mes jours, les piquent, les picorent, jaillissent.
Pas de notes ou contre-notes pour les jeter en cage ou les épingler comme je ne sais quel papillon rare sur un liège mortuaire. Ils dansent et se mêlent libres dans la pièce la plus claire de ma mémoire d’où ils sortent parfois pour prendre l’air.
Je vous offre tous ceux qui ont voulu s’amuser à se montrer un instant sur les pages d’un livre, murmures, petits cris, gémissements éphémères, grimaces de nuages, rires adolescents… Ils ne vous encombreront pas longtemps mais vous indiqueront peut-être, sans le vouloir, des issues de secours.

J.-M. R

Actes Sud Littérature
Un endroit où aller

Mai, 2018 .

Henri Michaux: Poésie pour pourvoir.

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Henri Michaux, Aquarelle et encre de Chine, 1945

Henri MICHAUX, « Poésie pour pouvoir », in Face aux verrous, éd. Gallimard, 1967

Poussant la porte en toi, je suis entré
Agir, je viens
Je suis là
Je te soutiens
Tu n’es plus à l’abandon
Tu n’es plus en difficulté
Ficelles déliées, tes difficultés tombent
Le cauchemar d’où tu revins hagarde n’est plus
Je t’épaule
Tu poses avec moi
Le pied sur le premier degré de l’escalier sans fin
Qui te porte
Qui te monte
Qui t’accomplit

Je t’apaise
Je fais des nappes de paix en toi

Je fais du bien à l’enfant de ton rêve

Afflux

Afflux en palmes sur le cercle des images de l’apeurée

Afflux sur les neiges de sa pâleur

Afflux sur son âtre…. et le feu s’y ranime

Agir, je viens

Tes pensées d’élan sont soutenues

Tes pensées d’échec sont affaiblies

J’ai ma force dans ton corps, insinuée

…et ton visage, perdant ses rides, est rafraîchi

La maladie ne trouve plus son trajet en toi

La fièvre t’abandonne

La paix des voûtes

La paix des prairies refleurissantes

La paix rentre en toi

Au nom du nombre le plus élevé, je t’aide

Comme une fumerolle

S’envole tout le pesant de dessus tes épaules accablées

Les têtes méchantes d’autour de toi

Observatrices vipérines des misères des faibles

Ne te voient plus

Ne sont plus

Equipage de renfort

En mystère et en ligne profonde

Comme un sillage sous-marin

Comme un chant grave

Je viens

Ce chant te prend

Ce chant te soulève

Ce chant est animé de beaucoup de ruisseaux

Ce chant est nourri par un Niagara calmé

Ce chant est tout entier pour toi

Plus de tenailles

Plus d’ombres noires

Plus de craintes

Il n’y en a plus trace

Il n’y a plus à en avoir

Où était peine, est ouate

Où était éparpillement, est soudure

Où était infection, est sang nouveau

Où étaient les verrous est l’océan ouvert

L’océan porteur et la plénitude de toi

Intacte, comme un oeuf d’ivoire.

J’ai lavé le visage de ton avenir.

 

Henri MICHAUX, « Poésie pour pouvoir », in Face aux verrous, éd. Gallimard, 1967.

 

 

En bouquets.

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Sous un ciel soluble

tiède de sa promesse déliée

en sinueux rubans de brume

trouver éconduits et déçus

par l’impossible

et son sévère attelage

la corbeille d’osier du regard

dans les traits réconciliés

d’un visage

et les mains mystérieuses

d’une mémoire commune

essentiellement distraites

occupées à se plaire et à chercher

des fleurs d’espoir à nouer

en bouquets.

 

Quelqu’un en nous ne se résigne pas.

 

 

Barbara Auzou

Soleil au front.

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Le soleil au front

comme on veille

sur un fruit frileux,

on voit naître à l’oeil

l’oiseau du vivre.

C’est la flamme vive

et le fouet joyeux,

la première flèche de l’aube

tombée ravie

aux pieds de l’arbre

qui noue des bras de désir

autour des feuilles qui chantent

le retour de l’ordre amoureux

dans des jardins de feu.

 

 

Barbara Auzou.

Le labyrinthe des esprits de Carlos Ruiz Zafon.

51vC5OZbugL._SX195_Dans la Barcelone franquiste des années de plomb, la disparition d’un ministre déchaîne une cascade d’assassinats, de représailles et de mystères. Mais pour contre la censure, la propagande et la terreur, la jeune Alicia Gris, tout droit sortie des entrailles de ce régime nauséabond, est habile à se jouer des miroirs et des masques.
Son enquête l’amène à croiser la route du libraire Daniel Sempere. Il n’est plus ce petit garçon qui trouva un jour dans les travées du Cimetière des Livres oubliés l’ouvrage qui allait changer sa vie, mais un adulte au cœur empli de tristesse et de colère. Le silence qui entoure la mort de sa mère a ouvert dans son âme un abîme dont ni son épouse Bea, ni son jeune fils Julián, ne son fidèle compagnon Fermín ne parviennent à le tirer.
En compagnie d’Alicia, tous les membres du clan Sempere affrontent la vérité sur l’histoire secrète de leur famille et, quel qu’en soit le prix à payer, voguent vers l’accomplissement de leur destin.
Érudition, maîtrise et profondeur sont la marque de ce roman qui gronde de passions, d’intrigues et d’aventures. Un formidable hommage à la littérature.

Actes Sud Littérature
Lettres hispaniques

traduit de l’espagnol par : Marie VILA CASAS

Nommer.

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Le jour titube

à l’arc de la bouche mère

et la ferveur de l’enfance

lance sa dernière flèche rude

qui retombe dans la flaque d’un jardin de brume

où nous dormons aveugles les yeux grand ouverts.

 

Quand cette vie fut-elle nôtre en vérité?

À la mâchoire de quels mots

a t-on laissé pendre les oripeaux

des piètres chasseurs que nous fûmes

qui ne laissent que cônes d’ombres éventrées , décadentes

et grappes d’heures entre deux nuages fendus?

Dans le galop du temps se noie un soleil nu

devant l’arme blanche de l’absence à soi-même.

 

On convoque confus alors des jours de lys et d’agapanthes

pour réapprendre à donner un nom à ce qu’on aime.

 

 

Barbara Auzou.