Grand comme (VII)

vois comme on égale les dieux

là parmi les arbres tapis d’enfance

qui se partagent les noyaux

et les étoiles qui dansent là-haut

en jouant avec l’anarchie montante

et descendante de nos vies

la parole décroît à mesure que grandit

le désir de lumière

à mesure que s’installe le souci de l’eau

on fait le recensement des oiseaux

dans le corps lointain

et celui des fleurs extravagantes

dans le cerveau

le silence à son tour veut mûrir

avec l’ordinaire passé sous la peau

qui prend peu à peu un parfum de lilas

seul ce qui est superflu vieillit très vite

près de toi je ne sais plus

que la tenace réalité du rêve

et de son cuivre sur les joues le matin

reste la pudeur quitte du constat

 

le temps n’est qu’une infime torsion

vécue par une autre que moi

 

Barbara Auzou.

Nuancier . Bordeaux

il faut ceindre le monde pour l’aimer un peu

fût-ce dans un verre

sur les mains le tanin et la mouche sur le sucre du piège tendu

tournons nos vies ingénues sur le grand pivot des cieux

et gardons en bouche encore un peu nos âmes d’oiseaux

avant qu’elles s’embrasent dans le soleil et qu’elles s’abrègent dans des petits goulots de feux clairs

 

Barbara Auzou.

Les fumeurs meurent / Valérie Rouzeau

Les fumeurs meurent je ne vois pas la suite
Sur le paquet de cigarettes légères
Quelle nouvelle ça alors les fumeurs meurent
Comme tout le monde toi moi le buraliste
Qui vivra vieux sans pratiquer du tout
Pour sa santé une saine activité
Physique chaque jour manger bouger voilà
Aux heures de pointe j’assure jusque dans le métro
Publicité pour des chewing-gums sans sucre
Une fille sourit aux heures de pointe sourit
Dessus l’affiche collée un peu partout
Ainsi les chewing-gums gomment votre mauvaise haleine
Les chômeurs pleurent et les hommes d’affaires ferrent
Le train et ses wagons le requin capital.