Derrière le pelage du monde ( XXIII)

je vois mieux chacun

des oiseaux levés dans cet été de stupeur

j’entends mieux l’animale inquiétude

qu’ils colportent à l’extrême bord

de tout ce qui veut enclore les cœurs

et je pose mes mains sur le ventre de la terre

en pensant à ce que ta main dévêtue a comblé

quand tu m’as touchée d’une exception

toute fraîche encore d’enfance

cette année l’automne en avance

prépare ses feux sur des feux anciens

encore chauds

il faudra bien que la paix éclate quelque part

sur des bouquets de tessitures sincères

sur des sourires radieux où se presse

la foule contenue de mots nouveaux

prends-moi par la taille de la vie

et interdis moi pour toujours le moindre négoce

 

Barbara Auzou.

L’elfe endormi / Une sculpture de Francine Hamelin accompagnée de mon poème et de ma voix.

L’elfe endormi / Une sculpture de Francine Hamelin

Et Francine Hamelin c’est ici

je pressens le début lent de la lumière 

j’entends les arpèges d’eau 

les yeux tournés vers ce côté 

du monde où chaque rêve d’humanité 

est un chant clair

et chaque amour un oiseau

j’ai vu le vent évaluer les pâles déformations

de sa déraison

puis s’endormir serein sur un talus déserté

de toute défiance

j’ai vu des fleurs pressées comme des bluettes

attendre encore un peu 

pour éprouver la vérité en balance 

des saisons

rétif à toute audience 

qui voudrait m’éteindre au coeur

l’incendie

de mon repos

je viendrai confiant et ouvert 

en temps voulu

vers ceux que l’on rencontre toujours

à l’orée d’un lieu 

à l’orage des yeux

et qui détiennent l’évidence 

de ce qui nous manque et nous complète

sonnant à tous les vides

leur beauté nue 

debout 

Barbara Auzou

Soixante deuxième lettre pour toi

après avoir marqué un temps d’arrêt août s’enfuit

je t’écris

dans mes cellules coulent l’eau douce de l’ardeur l’eau dure de l’évidence

entre les deux quelque poisson vorace file la houle d’un mauvais coton ou d’une tristesse de soie

des tambours endeuillés battent partout dans le coeur des roses et c’est avec une impression de dernière fois que je refais les choses

j’ai embrassé la mamie tu sais si petite soudain et c’est comme si ma bouche embrassait une source ou une résurgence de ciel

quelque part se chantait un refrain éternel

une mélodie de plein vent ou une aile partagée

et il n’y avait rien de froid

j’ai su que que l’autre monde est bien de ce monde et que la mort est un pas de la danse comme on te l’avait enseigné autrefois

mais il faudra que je te dise encore l’industrie de la mort qui vient tuer la mort même

je me laisse reprendre pourtant par les prés à bout de seins et par les forêts enjouée encore par l’absence des dieux parmi nous

ce que je sais en pure perte nourrit toutes mes folies et mon dégoût des anathèmes

peut-être qu’il ne faudrait savoir jamais les vœux que l’on étrangle sur la pierre foudroyée

peut-être qu’il faudrait laisser l’enfant au bleu de son heureuse ignorance

en attendant je cultive une fleur de joie primitive qui est aussi une fleur de silence

je l’ai nommée l’imperceptible

elle te ressemble un peu

 

 

 

B.

Nuancier . Caramel

vient le songe impatient et onctueux libéré de sa gangue et la brûlure déjà d’un autre versant avec ses grâces accordées

s’étire la peau du coeur

son roux décidé étage ses séductions ses sucres et ses douceurs

le temps est un faune ivre au palais stupéfié qui nous apprend du bout de la langue avant de nous lancer vers d’autres soleils

 

Barbara Auzou.