Nos âmes à l’abri XXXV

L’Arbre de vie / Gustav Klimt

je tourne un poème dans mon coeur

avec le secrets bleus d’un retour de planètes

éblouies et de complicité solaire

depuis que je me retrouve avec un peu

plus de ciel je suis attentive à ses bruits

qui me parlent tous un peu

à fleur d’aile à hauteur d’oiseau

avec la lumière de ta nuit et celle de tes yeux

j’atteins un autre rêve où je recommence le cercle

la belle architecture du désir

et celle bien plus grande encore de la simplicité

ton sourire?

une rose dans un verre d’eau

cueillie par une main qui sait choisir

 

Barbara Auzou.

Terre d’estuaire

Honfleur / Calvados

seuls les bateaux

et seule l’étreinte

et contre les sommeils sans images encore

tu m’inventes de grands genoux de mers

à déployer sans crainte

un visage à vivre

ce peu de matière élue

suivant l’horaire du désir et celui des marées

une lumière inattendue

ricoche de colombages en colombages

avant de saisir les poumons du vieux port

de Honfleur et les chevalets

comme un pont à haubans

qui caresserait longtemps

une terre d’estuaire

je me retrousse l’âme sur le cœur

pour te regarder exister

 

Barbara Auzou.

Le pétale qui manque au soleil / Reprise

je t’ouvre au pétale qui manque au soleil

comme la mer rêvée deux fois finit par entrer en gare

si tu n’étais pas là je t’écrirais quand même

sur la pointe des fleurs d’amandiers en retard

et sur les ponctuelles fleurs de lin

les mots de jardins sont plus intimement germés

que les autres et toujours leurs mains volent comme

 

Barbara Auzou.

Je me lève aujourd’hui / Gabrielle Althen

Trois cyprès sont vigiles

Où le pardon fera la porte

Les plantes simples qui s’étreignent

Habitent

On ouvrira bientôt le cran de nos désirs

Ce paysage est admirable mais que lui ôte sa beauté ?

Parfois je me demande où l’on y bêche encore

Le terreau de la faute

D’introuvables pans de ciel baignent la terre

La mort aura juste un peu traversé le plancher

Pour offrir à chacun sa grappe de baies noires

J’entends toujours le bourdon de l’orgueil

Et je ne sais si je rattraperai mon nom

Mon pauvre nom de tête rebâtie sur le cœur

Le recours se prononce et la vigile insiste

Moi je me tiens où le roseau se penche

Attention donc le ciel commence ici

Les choses sont pourtant bien étroites sous l’aplomb

Je fixe avec effort le sol entre la vigne et la maison

Mais le ciel trop léger commence à s’en aller

Est-ce que l’histoire en a parlé ?

Il a déjà quitté nos pieds

Sans doute le pardon est-il comme le ciel

Route et couronne partout avec portes ouvertes

Qui donnent à manger leur fruit manquant et vert

La chose est à la fois absente et colossale —

Tu pleures, je pense, ô mon désir…

La sentinelle heureuse près du bord qui chavire

Ne touche rien

N’a rien à nous ôter

J’ai pris sur l’arbre une amicale baie

La route est brève je me suis levée

Nos âmes à l’abri XXXIV

L’Arbre de vie / Gustav Klimt

je lis l’émotion ronde

de nos âmes à l’abri

dans la forêt de nos visages

et à la porte de notre maison

qui regarde de l’autre côté du temps

et nous met dans le dos un soleil tout entier

avec toi reprendre le tangage le tango

et le clair vaisseau de la vie

comme on prend un jardin en espaliers

comme on pose un sein sur le monde

 

Barbara Auzou.

L’espace d’une vocation

île Lombok / Indonésie

depuis le mal que tu te donnes

à m’apprendre la sérénité

j’apprends à asseoir un ciel

et sa contemplation je m’y appuie

j’ai mené des voyages plus loin que moi

dont j’ai oublié le poids et l’intention

et je m’étonne

oui je m’étonne

de mon visage devenu désormais

une escale majeure

une île heureuse

une cocoteraie de quiétude

au beau milieu d’une faille océanique

peut-être est-il un âge

où nous menons davantage

notre vie qu’elle nous mène

on y compose sa propre musique

devenue le refuge d’une habitude

bien plus qu’une plainte

et vois comme la clarté en est moins

parcimonieuse

l’excès de beauté file un bon coton

pacifique et se fond dans son étreinte

 

aux pentes douces des rizières de nos mains

je veux qu’aimer devienne

l’espace entier d’une vocation

 

Barbara Auzou.