Pour celle qui a les mots / Reprise

pour celle qui a les mots

Pour celle qui a les mots et dont le regard s’inquiète

de la poussière

tu remontes le cours du temps celui des tempêtes

et quand elle est submergée par l’importance du peu

tu lui opposes la conscience d’un tout

Remontant de son genou à ses yeux

pour y lire la lisière de ton nom

les prémices de l’oiseau

 

Barbara Auzou.

Dessine-moi l’arbre / Joséphine Bacon

Dessine-moi l’arbre
que tu es

Dessine-moi la rivière
que tu as racontée

Dessine-moi le vent
qui t’a fait voyager

Dessine-moi le feu
qui brûle en nous

Dis-moi que je suis ton au-delà
toi, l’animal blessé,
tes ancêtres m’ont conduit à moi
pour me raconter les images
de tes rêves

Reste un peu dans ma mémoire
toi, l’homme, l’animal blessé,
reste un peu dans ma mémoire.

Tes murmures sonnent
la sagesse d’une vie vécue,
ton regard devine la paix ,
ton cœur bat au rythme
des battements d’ailes de l’aigle

Au pied d’un seul arbre X

le temps aura pris son temps

pour nous offrir le printemps

de ses pierres de lune

la seule étoile qui n’existe qu’au terme des saisons

tu sais ce n’est jamais la même réponse au bout de la neige

et l’acte poétique est transformation

que nous puisons à vif au creux de nos mains

il me semble aujourd’hui que je n’ai jamais écrit le premier mot

ailleurs qu’auprès de toi dans toutes ces choses qui touchent

le crépuscule et les oiseaux

tu resteras le seul quand seront érodés le pied et le chemin

d’un vaste non-lieu

à me prendre par les yeux

à caresser ma quotidienne approche comme un chat furtif

cheveux par-dessus les sources je reviendrai à la plèvre de ton logis

fauve définitif

venu respirer

 

Barbara Auzou.

Chatterie / Reprise 2018

chat cimetiere

À jeter le verbe au chat

embaumé sans preuve

à la morgue d’un faux numéro

on se démène muet en de mornes obsèques

griffant aux allées droites la pensée neuve

et les entrailles d’eau froide d’un volcan assoupi sur le dos

Dans l’angle des corps sagement alignés les doutes intraveineux

au marbre ronronnent comme des clavecins brisés au bec

puis violemment s’émeuvent

et dénombrent les réincarnations félines sur les bouquets de peu

et de plastique que le vent impassible dissémine

recrachant le fruit mort des adieux

comme des pépins de poire à la face des aïeux

 

Barbara Auzou.

Un extrait de La Chatte / Colette

Il parlait à la chatte qui, l’œil vide et doré, atteint par l’odeur démesurée des héliotropes, entrouvrait la bouche, et manifestait la nauséeuse extase du fauve soumis aux parfums outranciers..

Elle goûta une herbe pour se remettre, écouta les voix, se frotta le museau aux dures brindilles des troènes taillés. Mais elle ne se livra à aucune exubérance, nulle gaîté irresponsable, et elle marchait noblement sous le petit nimbe d’argent qui l’enserrait de toutes parts.

Barbara chante Brel / Il nous faut regarder

Derrière la saleté s’étalant devant nous
Derrière les yeux plissés et les visages mous
Au delà de ces mains ouvertes ou fermées
Qui se tendent en vain ou qui sont poing levé
Plus loin que les frontières qui sont de barbelés
Plus loin que la misère il nous faut regarder

Il nous faut regarder ce qu’il y a de beau
Le ciel gris ou bleuté, les filles au bord de l’eau
L’ami qu’on sait fidèle, le soleil de demain
Le vol d’une hirondelle, le bateau qui revient
L’ami qu’on sait fidèle, le soleil de demain
Le vol d’une hirondelle, le bateau qui revien

tPar delà le concert des sanglots et des pleurs
Et des cris de colère des hommes qui ont peur
Par delà le vacarme des rues et des chantiers
Des sirènes d’alarme, des jurons de charretier
Plus fort que les enfants qui racontent les guerres
Et plus fort que les grands qui nous les ont fait faire

Il nous faut écouter l’oiseau au fond des bois
Le murmure de l’été le sang qui monte en soi
Les berceuses des mères, les prières des enfants
Et le bruit de la terre qui s’endort doucement
Les berceuses des mères, les prières des enfants
Et le bruit de la terre qui s’endort doucement

La boucle du rêve XXV

la netteté du givre au matin

s’estompe sur l’arbre de bonne volonté maintenant

aérienne et un peu folle ta main

passe au clavier des voyages creuse l’hiver

dessine les routes de l’éternel sous un ciel incendié

couleur de peau

la neige se met à l’herbe soudain

pour nous mettre à l’abri de ce temps

danser sera un envol les yeux ouverts

 

Barbara Auzou.