Si lentes les métamorphoses

si lentes les métamorphoses

Elles sont si lentes les métamorphoses dans le maintien tiède et trop courtois de vos jardins

que je préfère fleurir au cœur d’une saison ardente dans un buisson connu de toi

Seul et que la brume veille comme sur l’unique rose qui tient tête aux mains

Du jardinier et à sa brouette féroce roulant de pâles copies du soleil

 

Barbara Auzou.

Ingrid Bringas / Rien ne m’a été étranger

ingrid bringas

Nous perdons trace de nous-mêmes
sens de nous-mêmes
diaspora
nous avons une pièce en notre sein
un cœur de porc, un lieu peuplé de morts et de vivants
une terre qui toutes ces années nous a ensevelis pleine de songes terrifiants
de rires d’une fête qui jamais ne prend fin
je les entends crier avec leur peau orangée face au soleil
et leur question est :
qu’as tu déterré de toi durant toutes ces années ?
mon troisième œil me dit que jamais je n’ai été seule
que seul ce qui reste est trace de nous-mêmes
(exil exil)
de ce que j’ensevelis rien ne devra mourir

 

Perdimos el rastro de nosotros

el significado de nosotros

diáspora

tenemos una habitación en el pecho

un corazón de cerdo , un lugar de muertos y de vivos

una tierra que nos ha sepultado todos estos años llena de sueños espantosos

de risas de una fiesta que nunca termina

yo los oigo gritar con su piel anaranjada de frente al sol

y su pregunta es :

¿ que has desenterrado de ti todos estos años?

mi tercer ojo me dice que nunca he estado sola

que sólo  lo que queda es el rastro de nosotros

(exilio,exilio)

nada de lo que sepulte debe morir.

 

Ingrid Bringas est une poétesse mexicaine. 

– Antologia de Escritores por Santa Catarina (CONARTE,2014)

– Antologìa “Extática” de poesía femenina ( SaltoMortal,2015)

– La Edad de los Salvajes ( Editorial  Montea ,2015)

 

 

Siffleur de vent/ André Velter/ Lu par Bernard-Pierre Donnadieu

 

Siffleur de vent voilà que vient l’ombre sans ombre la fugace amoureuse, l’éphémère celle qui marche sur la vitre pilée du temps et s’étonne de n’être ni morte ni vive prisonnière est-ce toi ou ton chant? l’envol du rapace a foudroyé la fauvette qui toujours redoute les feux du couchant toujours s’alarme au silence des fauves parole sur peur et sur parole dit que la tragédie du monde est agonie légère sous l’ongle rouge du soleil que brûle une seule fougère et c’est déjà la fin d’une énigme violente où se noircir les yeux mirage dans le désert du sang il y a ce jeu d’incertitude comme déroute angulaire, ce peu d’âme aux croisées de la terre voilà que vient l’ombre sans ombre

Automne X

automne 10

On nous attend

de l’autre côté du crépuscule

qui couve l’automne dans sa vague dorée

Le soleil dans sa frise ondule

et ta main dans la mienne

laisse ses cuivres chanter

comme un désir d’aplomb

sur des signes brefs qui rouillent

Je me donnerai aux graines

pour voir la greffe triompher du tesson

Tu protégeras le feu rapide sur sa quenouille

 

Barbara Auzou.

Soudaine écorce / Paul Chaulot

paul chaulot

Là-bas s’épanchera
dans le vol régnant
d’une libellule
un long jour torride.

N’approche pas cette ferveur :
c’est toujours en toi que tu brûles,
toujours en toi
le ravage et le glissement.

Le sagittaire des marais
au fond d’un dieu
t’égare.

Paul Chaulot, Soudaine Écorce

 

Né en 1914 à Lanty-sur-Aube et mort en 1969, Paul Chaulot est un poète et écrivain français.

Gagnant sa vie comme fonctionnaire, il fut chroniqueur dans de grandes revues : les Cahiers du Sud, Esprit, Le Mercure de France et collaborateur de plusieurs revues étrangères.

En tant que poète, il publia de nombreux recueils dont les deux premiers, avant 1940 étaient plutôt d’inspiration surréaliste. Après-guerre, sa poésie devint plus humaniste et en 1951, par l’entremise de Jean Rousselot, son collègue au ministère de l’Intérieur, il se lia d’amitié avec les auteurs de l’École de Rochefort. En 1949, il se vit récompensé par le Prix Apollinaire pour Contre-terre et obtint le Prix Max Jacob en 1967 pour Soudaine écorce.

Paul Chaulot exista également en tant que romancier et comme traducteur de hongrois.

Histoire de coeur

histoire de coeur.jpg

Depuis longtemps attelé à son vice le coeur mauve de l’incertitude a rendu son arythmie aux ronces ce matin

lieu propice aux vains combats où se bousculent les enchères

Ce qu’il fit de ses mains ainsi libérées est un secret d’alcôve laissé au lait chaud de ses rêves qui craignent les courants d’air

On murmure pourtant que bouillie la peau était douce

 

Barbara Auzou

Un autre poème de Joyce Mansour/ « J’écrirai avec deux mains »

joyce mansour

J’écrirai avec deux mains
Le jour que je me tairai.
J’avancerai les genoux raides
La poitrine pleine de seins
Malade de silence rentré.
Je crierai à plein ventre
Le jour que je mourrai
Pour ne pas me renverser quand tes mains me devineront
Nue dans la terre brûlante.
Je m’étranglerai à deux mains
Quand ton ombre me léchera
Écartelée dans ma tombe où brillent des champignons.
Je me prendrai à deux mains
Pour ne pas m’égoutter dans le silence de la grotte.
Pour ne pas être esclave de mon amour démesuré,
Et mon âme s’apaisera
Nue dans mon corps plaisant.

« le surréalisme, même 2 » printemps 1957