Keloù de breizh ( samedi midi): Paysage/ Eugène Guillevic

Guillevic

Je m’aménage un lieu
Avec ce paysage

Assez lointain pour être
Et n’être que le poids
Qui vient m’atteindre ici.

J’émerge de ce poids,
Je m’aménage un lieu
Avec ce paysage
Qui tournait au chaos.

Dans ce qu’il deviendra
Je suis pour quelque chose.

Peut-être j’y jouerai

Des bois, des champs, de l’ombre,

Du soleil qui s’en va.

J’y régnerai
Jusqu’à la nuit.

Keloù de breizh: ( Vendredi après-midi)

Basilique Saint-Anne d’Auray

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Ainsi vont les uns et les autres ensemble

dans les ailes invisibles de l’air cherchant l’oubli

sous la tête bouclée d’un soleil austère

Déjà ils regardent moins derrière

Il y a si peu de temps pour contenir un regard agrandi

que les anges en tremblent

 

Barbara Auzou.

Keloù de breizh: ( Jeudi soir)

Presqu île de Quiberon

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De la mouette insultée au reflux

du sang par les marées

Des étoiles éteintes jetées dans les nues

aux yeux troubles posés sur le battant du mot

clandestin

Tout dans la mer me rappelle que je reste une révolutionnaire

déçue

Et c’est toujours par l’arc de ses côtes que je te rejoins

 

Barbara Auzou.

Keloù de breizh ( jeudi midi)

Les vieux lavoirs/ Vannes

Vannes_39006_Les-vieux-lavoirs

La rose reste à l’étroit

au coin de l’œil

du linge battu

comme une étoile

mais il reste assez de vent

pour s’enfuir On demandera

aux nuits l’orgueil

des voyages têtus

et le désir qui marche

aux pieds des vieux remparts

comme un grand chien amidonné

hérissé de petits poils

 

Barbara Auzou.

 

Keloù de breizh (jeudi matin)…La pointe du Raz/ Georges Perros

 

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Il est bien sûr tentant de penser que la terre finit là, en beauté. Lieu quasiment inhabitable, en raison même de sa beauté qui tire tous ses efforts d’une combinaison de lumière et d’épouvante. L’été, on y vient – l’hiver, on y va. L’été, des guides vous font visiter le lieu, qui n’en demande naturellement pas tant, puisqu’il n’y a rien à montrer, les effrayantes trouées. L’hiver, par grand vent, par tempête, il est comme un bateau accroché à la terre, au continent.
La terre avait du mal à s’emmerrer il y a une complicité, un pacte. La mer toile de fond mortuaire. La mer qui n’a pas semblance d’usure, alors que les hommes passent très fatigués de se recommencer dans le même contexte, entre ces deux pinces, naissance et mort.

[Carnet 1968, p 784-785]