Montée des eaux.

La Vierge corrigeant l’enfant Jésus devant trois témoins(1926) de Max Ernst

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Tu t’es cru immortel, tu as cru au visage véniel de la vague, et ta mémoire infidèle allait d’un pas tranquille sous l’orage qui agitait ses grandes mains épouvantées à te voir boire la vie à même la tasse

Hier l’eau torrentielle a repris le monde entre ses grandes cuisses grasses et l’abîme entre tes seaux dérisoires s’y prélasse

 

Barbara Auzou.

Atelier poésie (suite) Eluard et Apollinaire.

Les plus jeunes doivent reprendre le vers en rouge et les plus grands, celui en bleu.

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Souvenir Affectueux.

 

 

II y eut un grand rire triste

La pendule s’arrêta

Une bête fauve sauvait ses petits.

Rires opaques dans des cadres d’agonie

Autant de nudités tournant en dérision
Leur pâleur

Tournant en dérision

Les yeux vertueux du phare des naufrages.

Paul Eluard.

 

 

 

Les élèves:

Les feuilles tombent et ruissellent

Rires opaques dans des cadres d’agonie,

L’oiseau rouge des champs a perdu ses couleurs

Un livre fermé quelque part a eu peur

que les animaux pleurent des violoncelles

Clara F, 5ème.

 

 

 

Dans le monde merveilleux de la vie

Une bête fauve sauvait ses petits

Sous les yeux de spectateurs ravis

de voir qu’on n’existe pas en amateur.

Jade, 6ème

 

 

 

Rires opaques dans des cadres d’agonie

Miniatures

Musée imaginaire d’où sortent des cris

Ensanglantés

Entre des murs

Brouhaha

Rires d’effroi

Cœurs meurtris.

Héloïse, 3ème

 

 

 

Rires opaques dans des cadres d’agonie

C’est le monde, entendez-vous, qui peine à vivre

Naufragé de la mer noire et des rivières asséchées

Portant les contrées ravagées par la guerre.

Des soldats sur leur passage ne reste qu’un goût amer

Là où la vie naît, à un autre endroit, il meurt.

L’homme est joyeux et pourtant messager du malheur.

À croire que l’espèce humaine est angélique et démoniaque

Comme elle défend ses terres pour mieux attaquer ses habitants.

Aussi,  l’on voit à quel point il est facile de mépriser

Contrairement à ce qu’on pourrait penser

Le plus dur est à venir.

Kimi, 3ème.

 

 

 

 

Les sourires sur les visages, la cause

Des rires opaques dans des cadres d’agonie

Un monde imaginaire

C’est notre raison de vivre

Nos prénoms ancrés

Sur des vieux papiers 

La peau de notre existence

Ce pourquoi nous disons oui et non

Par crainte et par croyance

Clara G, 5ème

 

 

 

 

Il défie la peur

Se cramponne à son morne destin.

Il dégaine ses pleurs

Et ravale le temps.

Sensualité brumeuse

Il vacille entre les fentes de la mort

Il réprime son rire

Rires opaques dans des cadres d’agonie

Malédiction imprécise.

Domitille , 3ème

 

 

 

 

Un double diabolique

nous observe et nous tue

Clichés maléfiques

aux rires opaques 

Dans des cadres 

d’agonie.

 

 

 

Clémence, 3ème.

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C’est

C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux
Cette réalité seule elle seule et rien d’autre
Mon cœur le répète sans cesse comme une bouche d’orateur et le redit
À chaque battement
Toutes les autres images du monde sont fausses
Elles n’ont pas d’autre apparence que celle des fantômes
Le monde singulier qui m’entoure métallique végétal
Souterrain
Ô vie qui aspire le soleil matinal
Cet univers singulièrement orné d’artifices
N’est-ce point quelque œuvre de sorcellerie
Comme on pouvait l’étudier autrefois
À Tolède
Où fut l’école diabolique la plus illustre
Et moi j’ai sur moi un univers plus précis plus certain
Fait à ton image

Guillaume Apollinaire

 

 

 

 

Les Élèves:

C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux


Voir une égyptienne cracher des bulles

et sur une barque chanter des acrobates,

Un magicien sur un âne

perdre ses couleurs magiques

et un dessin enfantin apparaître

sur une montagne rose.

Des rochers bleus se déchirent

et les acrobates reculent.

Clara F, 5ème.

 

 

 

 

C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux

Malheureusement il est pris au jeu

Des cadrans et des clés

Sans espoir

Sans jamais espérer

Il se réfugie dans le noir

Et ne veut rien voir

Mais les souvenirs

me font revenir 

À la réalité que je veux.

Fanette, 6ème.

 

 

 

 

C’était un photographe

Une pauvre phrase à la recherche  de son paragraphe

dénué de maturité dénué de virtuosité

Ce n’était qu’un enfant malheureux

qui répétait sans arrêt:

Et moi c’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux.

Suzanne, 6ème.

 

 

 

 

 

Pensées échappées

Nostalgie revenue

Ces doux moments qui n’arrivèrent plus

Joie et incommensurable tristesse mêlées

Peu importe le destin

Seul compte le passé

Clé du cœur

Flèche du bonheur

Dont la pointe est indolore.Cicatrice qui me brûle

Feu intérieur qui gronde et me foudroie.

Et, de nouveau frappée

Rien ne pourrait plus m’égayer.

Un sourire triste sur mes lèvres

Caressant du bout de mes doigts

Les souvenirs d’un monde incertain

À faire briller chaque lendemain

Je ne désire rien de matériel

Je ne désire rien…

C’est la réalité des photos qui sont sur mon cœur que je veux.

Kimi, 3ème

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« Trois enfants du tumulte  » de Yves Bichet

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Collection Bleue, Mercure de France
Parution : 30-08-2018
272 pages

Dupin du jour. Deux poèmes.

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le réel en retour, offre toutes ses faces,
ensemble, à ta seule étreinte fixe,
nulle prise tenue, retenue, mais l’excavation blanche,
la lettre volée, le rapt éclairant,

un chavirement de l’étendue dans la lumière,
seule à répercuter
l’embolie du ciel

à donner espace à ce bleu désuni qui s’allège
ce bleu de fonte, béant, de substance musicale,
comme d’un mur de terre et de fleurs

s’écroulant contre nos genoux

et resurgissant, lavé, bleu, sans nom

Jacques Dupin, Contumace, in Ballast, Poésie/Gallimard, 2009, p. 101.

 

 

Écrivant rune
comme précipice

écriture
de l’absence
de gouffre

où glisse la loutre empanachée

toi
surveillance de tous les instants
aux frontières
quand les cristaux sont à nu

équidistants
de la rage
et de la famine

l’illusion mesure
l’avancement des travaux

rien qu’une image

qui s’enfonce

dans le glacier

*

Consumé ou en partance
un amour de bruyère, un genou
dans l’humidité
les fougères bordant l’eau

j’ai cueilli tôt le matin
la mirabelle
et donné l’orge aux chevaux

les rêves sont insipides
quand ils dorment seuls

mais il prennent appui sur le corps
sur la forêt, sur la mer

ils ne parlent pas ma langue
ils ahanent, ouvrent des yeux

il tirent
la force, de cette invisible

poussée de poussière
de ma vie détruite

dans la commotion de l’air
le sommeil troué

Jacques Dupin, Ballast, Poésie/Gallimard, 2009, pp. 52 et 244. Le premier poème est extrait du livre Contumace, le second de Le Grésil

Les Mots-Peints: Le Chaos.

Vous pouvez retrouver ce tableau ici.

Le Chaos

IN TEMPORALIBUS
NIALA/1983
Le chaos
Huile s/toile 92×73

Puis la nuit a grandi sur le désaccord

de tes seins de terre

brandis comme des racines

aveugles et le couvert

reste mis sur une table sans convive.

Où ira t-on par la ruine

sinon vers un peu plus d’humanité encore?

L’orage et l’explosion au cœur du désir

déjà nourrissent les chancres du souvenir

et la brouette triste de nos corps

gémit sur le fer et sur la mort.

L’orgueil sculpté par l’envie

pend désormais comme un cri

arraché à nos bouches sinistres.

Au galop, l’apocalypse

à cru sur les chevaux du désastre,

en piétine toujours le caillot humide.

Les traîtres fenêtres de la dépossession

s’ouvrent sur des gouffres vastes

que l’on reconquiert lentement

sur le tumulte de l’initiation.

 

Barbara Auzou.

 

 

 

 

Barbara Auzou.

« Frère d’âme »de David Diop

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Un matin de la Grande Guerre, le capitaine Armand siffle l’attaque contre l’ennemi allemand. Les soldats s’élancent. Dans leurs rangs, Alfa Ndiaye et Mademba Diop, deux tirailleurs sénégalais parmi tous ceux qui se battent alors sous le drapeau français. Quelques mètres après avoir jailli de la tranchée, Mademba tombe, blessé à mort, sous les yeux d’Alfa, son ami d’enfance, son plus que frère. Alfa se retrouve seul dans la folie du grand massacre, sa raison s’enfuit. Lui, le paysan d’Afrique, va distribuer la mort sur cette terre sans nom. Détaché de tout, y compris de lui-même, il répand sa propre violence, sème l’effroi. Au point d’effrayer ses camarades. Son évacuation à l’Arrière est le prélude à une remémoration de son passé en Afrique, tout un monde à la fois perdu et ressuscité dont la convocation fait figure d’ultime et splendide résistance à la première boucherie de l’ère moderne.

Né à Paris en 1966, David Diop a grandi au Sénégal. Il est actuellement maître de conférences à l’université de Pau.

« Dorotea Lange. Politiques du visible »

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Présentant des œuvres majeures de la photographe américaine de renommée mondiale Dorothea Lange (1895, Hoboken, New Jersey ; 1966, San Francisco, Californie), dont certaines n’ont jamais été exposées en France, l’exposition « Dorothea Lange. Politiques du visible » est articulée en cinq ensembles distincts. Ceux-ci mettent l’accent sur la force émotionnelle qui émane de ces photographies ainsi que sur le contexte de la pratique documentaire de la photographe. Plus d’une centaine de tirages vintage, réalisés de 1933 à 1957, sont mis en valeur par des documents et des projections qui élargissent la portée d’une œuvre déjà souvent familière au public grâce à des images emblématiques de l’histoire de la photographie comme White Angel Breadline (1933) etMigrant Mother (1936). Les tirages exposés appartiennent pour l’essentiel à l’Oakland Museum of California, où sont conservées les archives considérables de Lange, léguées par son mari Paul Schuster Taylor et sa famille.

À l’instar du célèbre roman de John Steinbeck paru en 1939, Les Raisins de la colère, l’œuvre de Dorothea Lange a contribué à façonner notre vision de l’entre-deux guerres aux États-Unis et à affiner notre connaissance de cette période. Mais d’autres aspects de sa pratique, qu’elle considérait comme archivistique, sont également mis en avant dans l’exposition. Resituant les photographies de Lange dans le contexte de son approche anthropologique, l’exposition offre au public la possibilité de comprendre que la force de ces images s’enracine également dans les interactions de la photographe avec son sujet, ce qui se manifeste à l’évidence dans les légendes qu’elle rédige pour accompagner ses photographies. Lange a ainsi considérablement enrichi la qualité informative de ses archives visuelles, produisant une forme d’histoire orale destinée aux générations futures.

En 1932, pendant la Grande Dépression débutée en 1929, Lange, observant dans les rues de San Francisco les chômeurs sans-abris, abandonne son activité de portraitiste de studio, la jugeant désormais inappropriée. Au cours de deux années qui marquent un tournant dans sa vie, elle photographie des situations qui décrivent l’impact social de la récession en milieu urbain. Ce travail novateur suscite l’intérêt des cercles artistiques et attire l’attention de Paul Schuster Taylor, professeur d’économie à l’université de Californie à Berkeley. Spécialiste des conflits agricoles des années 1930, et plus particulièrement des travailleurs migrants mexicains, Taylor utilise les photographies de Lange pour illustrer ses articles, avant que les deux ne travaillent ensemble à partir de 1935 au profit des agences fédérales instituées dans le cadre du New Deal. Leur collaboration durera plus de trente ans. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Lange pratique sans discontinuer la photographie, documentant les problèmes majeurs de l’époque, notamment l’internement des familles nippo-américaines, les évolutions économiques et sociales imputables aux industries engagées dans l’effort de guerre, la justice pénale vue par le truchement du travail d’un avocat commis d’office.

Si les images emblématiques prises par Dorothea Lange durant la Grande Dépression sont bien connues, ses photographies des Américains d’origine japonaise internés durant la Seconde Guerre mondiale n’ont pas été publiées avant 2006. Présentées ici pour la première fois en France, elles illustrent parfaitement comment Dorothea Lange a créé tout au long de sa carrière des images aussi intimes qu’émouvantes visant à dénoncer les injustices et infléchir l’opinion publique.

Parallèlement aux tirages exposés, différents objets ayant appartenu à la photographe, notamment des planches-contacts, des carnets de notes prises sur le terrain et diverses publications, replacent son travail dans le contexte de cette période troublée. L’exposition du Jeu de Paume ouvre une nouvelle perspective sur l’œuvre de cette artiste américaine de renom, dont l’héritage demeure vivant aujourd’hui encore. Tout en soulignant les qualités artistiques et la force des convictions politiques de la photographe, elle invite le public à redécouvrir l’œuvre de Dorothea Lange et son importance capitale dans l’histoire de la photographie documentaire.

Commissaires : Drew Heath Johnson, Oakland Museum of California, Alona Pardo, assistée de Jilke Golbach, Barbican Art Gallery et Pia Viewing, Jeu de Paume.

Exposition produite par l’Oakland Museum of California. La présentation européenne a été co-produite par le Jeu de Paume, Paris, et la Barbican Art Gallery, Londres.

L’exposition est en partie soutenue par l’Oakland Museum Women’s Board, la Henry Luce Foundation, le Susie Tompkins Buell Fund, Ann Hatch et Paul Discoe.

Dorothea Lange, politiques du visible, du 16 octobre au 27 janvier 2018, Musée du Jeu de paume, Paris-8.

Un Salut dominical à la mendiante du Mékong…

Duras, adolescente en robe verterecadree2

 

Elle marche, écrit Peter Morgan.
Comment ne pas revenir ? Il faut se perdre. Je ne sais pas. Tu apprendras. Je voudrais une indication pour me perdre. Il faut être sans arrière-pensée, se disposer à ne plus reconnaître rien de ce qu’on connaît, diriger ses pas vers le point de l’horizon le plus hostile, sorte de vaste étendue de marécages que mille talus traversent en tous sens on ne voit pas pourquoi.
Elle le fait. Elle marche pendant des jours, suit les talus, les quitte, traverse l’eau, marche droit, tourne vers d’autres marécages plus loin, les traverse, les quitte pour d’autres encore.
C’est encore la plaine du Tonlé-Sap, elle reconnaît encore.
Il faut apprendre que le point de l’horizon qui vous porterait à le rejoindre n’est sans doute pas le plus hostile, même si on le juge ainsi, mais que c’est le point qu’on ne penserait pas à juger du tout qui l’est.

Le Vice -Consul, Marguerite Duras.

 

« Branlebalivernes » de Hans Limon.

Tout d’abord, je tiens à remercier Bénédicte, du blog Au fil des livres qui m’a parlé d’Hans Limon que je ne connaissais pas. Je vous présente à mon tour « Branlebalivernes ».

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Jérome Bosch, Le chariot de foin.(1502)

 

Le soleil était braque et la brume était rose

Malabar saliveux. Sous un ciel de pécrose

une junge Frau doigtait par le feuillu

quelques frisquas d’emphase avec un air crouillu.

Ad libitum l’infâme et les granfants d’abord

mêlaient par monts-et-veaux le deuil du tarbabord

ensuite aux cauchements du frisson fermoulu.

C’était un brocarnage au décours invoulu

d’où les blachats de la paléopolitique

semblaient sourdre de poudre en glimpsant l’écliptique.

La môme prophétesse enfifloutait ses yeux

d’un contrejour hagard sous dypnose épandieux.

 

Son trait pressa si fort qu’on vit du bas fulmir

un malfragonarchange afrusqué comme émir.

« Vlatipa Gabriel je me deutéronome,

pour te servir la messe ou te pulser le gnome !

J’ai brisé par mépris ma planche de salut,

alors je sommeillais plus ferme qu’un talus.

Ton index a tâté ma septième vertèbre.

Sur ma foi ! Ta conscience est un bien triste zèbre !

Je l’ai sentie rayer le parquet de ma nuit !

Pourquoi tant d’amertume et comment tant de bruit ? »

La Messite au babil fut prise de morbleur.

« Oh ! je te reconnais, trombiblique branleur !

C’est de ta faute enfin si le monde a splitté !

Et celle du Seigneur, en toute probité ! »

Vlatipa déplia sa vrape de genèse

et fit clasher son aile aux puits de l’anamnèse.

« Parle-moi bien, déjà » Tu es trop jeune encore

pour souiller Sa lumière et cribler mon phosphore !

Tu sauras très bientôt que si Rome a coulé,

Mexico culbuté, Washington dévalé,

si la grive a souffert et le givre fondu,

si l’ozone a vomi et l’atome mordu,

si l’Enfer a trouvé la Nature à son goût,

si l’océan n’est plus qu’un putride ragoût,

c’est à cause de toi, c’est à cause de lui,

c’est à cause de vous si le miracle a fui ! »

Le jeunotte ne put contrebrandir sa larme.

« Dis-moi ce que fut l’Œuvre avant le grand vacarme

et sur ton pied léger je tracerai mes songes !

Dis-moi ce que fut l’homme avant tous ses mensonges ! »

Le vautourniquoteur acclusa la requête.

« Voici de la bamboche une fruste maquette :

il fut un temps, pourtant, où les cyprès nimbés

murmuraient au Levant de graves alphabets,

où les rais de l’azur fécondaient les abysses,

où la paume innocente ignorait les sévices,

où la mère était mère et l’amour oblatif,

où la cime était blanche et le gouffre chétif,

où les pleutres serpents dormaient sous les talons,

où les poétereaux pressaient leurs violons

sous les balcons fleuris de l’aube élémentaire,

où la subtile dague et le lourd cimeterre

ne servaient qu’à tailler le Chêne de Mambré,

où la couleur à l’ombre infligeait sa morsure

et se gorgeait de grâce au fur et à mesure,

où chaque nouveau jour était un jour de fête,

où la bouche du vent n’enflammait la trompette

que pour solenniser les noces de l’inouï,

où le profit perdu n’avait guère réduit

la bête à la disette et l’homme à l’esclavage,

où la fraternité promenait son corsage

à fleur d’égalité, sous un jour symétrique.

Il fut un temps, pourtant, où l’homme était pudique ».

À ce récit froissé, la fifille alunaire

avala son velours calvalétudinaire.

« Et qu’a-t-on fait de l’aube ? Et que s’est-il passé ? »

Les nuptiles tendrons n’en ont jamais assez.

« L’homme a fait du serpent son plus gros bracelet.

Le libre arbitre a pris un bon coup de balai.

Voici mon pied léger. Dessine-moi Sa purge.

Dépêche-toi. J’ai la taupe au guichet. Ça urge ».

 

Hans Limon

 

Hans Limon est poète, dra­ma­turge et roman­cier, ain­si que pro­fes­seur de phi­lo­so­phie et de théâtre. Il a déjà publié plu­sieurs pièces de théâtre, dont Frères inhu­mains, lue à Avignon, contri­bue à de nom­breuses revues, en ligne ou sur papier, et a publié, à l’automne 2017, La Bataille d’Hernani, gigan­tesque fresque roman­tique et théâ­trale, aux édi­tions Les Cygnes.

Son pre­mier roman, Déchirance, texte hybride et ful­gu­rant, sort le 2 novembre 2017, aux édi­tions Le bateau ivre.