Transcendance

Voir immanence ici

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Aux philtres trompeurs

d’un soleil chaud de sa seule vérité

et de son inconstance succédait pâle

l’inquiétude violette de la nuit

et le jour m’en devenait aussi inconnu

que la rumeur d’une rue qui garde l’oreille

aux aguets de l’absence

et l’alouette subtile loin de son nid

sous la scie d’un ciel vertical

 

Barbara Auzou.

Immanence

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Nuit sur le verre

et sur la poitrine d’un homme

posée vulnéraire cette fleur vulnérable

un peu plus crépusculaire que les autres

peut-être

s’étonne de sa paume renversée à toute autre pareille

comme un quart d’heure supplémentaire au soleil

arraché

Le jour se lève dans ses lignes oubliées

qui iront bientôt rejoindre toutes les vallées

et la tentation de tous les pommiers qu’au loin on devine

comme des promesses de paroles claires

interchangeables

 

Barbara Auzou.

 

Aigle ou Soleil/ Octavio Paz

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Je commence et recommence. mais je n’avance pas.

Chaque fois qu’elle atteint les lettres fatales, la plume recule: un interdit implacable me ferme le chemin. Hier, investi de pleins pouvoirs, j’écrivais sans peine sur la première feuille disponible: un fragment de ciel, un mur (impavide devant le soleil et mes yeux), un pré, un autre corps.Tout me servait: l’écriture du vent, celle des oiseaux, l’eau, la pierre. Adolescence, terre labourée par une idée fixe, corps tatoué d’images, cicatrices resplendissantes! L’automne menait paître de grands fleuves,accumulait des splendeurs sur les sommets, sculptait des plénitudes dans la vallée de Mexico, phrases immortelles gravées par la lumière dans les roches purs de l’étonnement.

Aujourd’hui, je lutte seul avec une parole. Celle qui m’appartient, celle à laquelle j’appartiens: pile ou face, aigle ou soleil?

Octavio Paz/ Liberté sur parole.

« Proust, prix Goncourt. Une émeute littéraire. Essai de Thierry Laget. »

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Parution : 04-04-2019
Collection Blanche, Gallimard.

Ma très simple

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Depuis que nous luttons contre l’apparence

Ma très simple

Et que nous creusons le rêve jusqu’à sa source

Davantage de lumière entre dans la maison

Et y couche partout son empreinte.

On a battu les horizons d’innombrables cerfs-volants

Et fait notre lit en amont de sa course- en plus de la vie.

Ma très simple pourtant qu’il te soit dit pour toute étreinte

Que l’immobile secousse qui me trahit

Quand de ta robe tu promènes l’imperturbable transparence

N’est que distraction feinte

Et qu’elle fait sourire la pierre sous la mousse.

 

Barbara Auzou.

Préparation des portes ouvertes du collège ce matin…

C’était préparation des portes ouvertes qui se tiendront demain au collège, ce matin…Quelques élèves ont accroché les panneaux Poésie de l’atelier ( j’ai supervisé tout en faisant cours en même temps…), et je disposerai demain matin sur une table des exemplaires du livret « N’arête pas ton Char« , ainsi que la nouvelle historique de mon élève Kimi…Peut-être aussi d’anciens livrets puisque une quarantaine ont été réalisés depuis que j’anime cet atelier (20 ans à la rentrée…)

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Quelques élèves viendront présenter leur travail aux parents et aux futurs élèves…

A la fleur seulement

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J’ai dit oui à la fleur seulement

et j’ai suivi la courbe adorable du renoncement

quand il s’adonne à l’unique exubérance verte

Désormais je saisis mieux le geste

qui ne force rien d’autre que ce peu de vent

et le verbe vulnérable du poète un instant

comme un oiseau que quelque chose aurait touché

 

Barbara Auzou.

« L’Empreinte »d’Alexandria Marzano-Lesnevitch

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Parce qu’elle a voulu que meure un violeur et assassin d’enfant, l’auteure se confronte à ses propres souvenirs de jeune fille abusée. Remarquable.

En 2003, Alexandria Marzano-Lesnevich était une étudiante en droit de 25 ans, en stage dans un cabinet d’avocats de La Nouvelle-Orléans, lors­qu’elle se retrouva face au visage de Ricky Langley. Sur une vidéo datant d’une dizaine d’années, l’homme confessait les sévices sexuels infligés à un petit garçon de 6 ans, Jeremy Guillory, puis le meurtre de l’enfant. Fille d’avocats, intimement révoltée depuis sa prime adolescence par l’idée même de la peine capitale, la jeune femme sentit pourtant monter en elle, ce jour-là, face aux aveux de l’assassin, cette pensée effarante : « Je veux qu’il meure. »

Voilà pour le point de départ de ce livre puissant et chavirant dans lequel Alexandria Marzano-Lesnevich, s’interrogeant sur cet instant qui vit soudainement un désir de vengeance submerger et anéantir ses convictions morales les plus ancrées, remonte le temps et sonde les silences de sa propre histoire familiale. En quête non pas d’une explication, d’un secret qu’il s’agirait de mettre au jour afin que se dénouent les tensions et les langues, mais plus profondément d’un enseignement sur l’humain d’une portée qui transcende son propre cas d’enfant abusée.

Deux fils narratifs majeurs s’entrecroisent, tout au long des pages de L’Empreinte : la vie retracée de Ricky Langley et celle de l’auteure elle-même, centrée sur son enfance au sein d’une famille d’apparence lisse et ordinaire, en fait percluse de drames sur lesquels il n’était pas question de sembler s’appesantir — « ne jamais regarder en arrière », comme s’il y allait de la survie tant de la tribu que de chacun de ses membres. Nourri des actes des trois procès au cours desquels comparut le meurtrier (condamné à mort en 1994, puis à la prison à perpétuité) tout autant que des souvenirs personnels d’Alexandria Marzano-Lesnevich, le récit fait surgir peu à peu une multitude de motifs et de thèmes sur lesquels il médite : le poids du silence, la famille et l’appartenance, les violences faites aux enfants, les blessures que se lèguent les générations, la vengeance et la possibilité du pardon. Tout ceci est articulé par l’auteure avec une précision et une pertinence remarquables. « Ce qui m’a tant séduite dans le droit il y a si longtemps, c’était qu’en composant une histoire, en élaborant à partir des événements un récit structuré, il trouve un commencement, et donc une cause, écrit-elle. Mais ce que je ne comprenais pas à l’époque, c’est que le droit ne trouve pas davantage le commencement qu’il ne trouve la vérité. Il crée une histoire. Cette histoire a un commencement. Cette histoire simplifie les choses, et cette simplification, nous l’appelons vérité. » DansL’Empreinte, il est fait place au contraire à « l’ambiguïté constitutive » des êtres, à leurs actes les plus vils et à leurs élans les plus nobles.

 

| The Fact of a body : a murder and a memoir, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Héloïse Esquié, éd. Sonatine

Un article Télérama.fr

Désormais

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Comment écrire désormais

sans son visage

solution provisoire à ton souffle

qui accroche des lampes aux fleurs

et des voiles au front de la nuit noire?

Comment écrire désormais

sans sa voix trouée d’étoiles

perdue dans un bois sans âge

sans ses mains patientes comme une oeuvre d’art

que le sable traverse?

Et tu trempes ton doigt à l’encre de son âme circulaire

où le trouble qui te renverse

ressemble à s’y méprendre

à la plus grande paix

 

Barbara Auzou.