« La vie princière » de Marc Pautrel.

 

«Puisque le Domaine est une propriété privée et qu’il ne passe ici qu’un ou deux véhicules par jour, nous marchons en plein milieu de la chaussée, la route nous appartient, on dirait qu’elle a été tracée pour nous seuls au milieu des vallons, percée à flanc de coteau puis parfaitement aplanie, égalisée et goudronnée uniquement pour que toi et moi puissions y marcher tous les deux côte à côte le plus confortablement possible, et parler, parler sans cesse, expliquer, imaginer, se souvenir, inventer, interroger, démontrer, raconter, échanger nos idées, nos mots, nos vies.»

« La séparation est devenue une constante de mon existence qui m’a forcé à changer de vie, et c’est pour ça que je me suis retrouvé romancier : je veux tout transformer en légende, créer une boucle continue, doubler l’éternité. » (Marc Pautrel)

La vie princière, c’est celle que l’on mène en silence, dans une île enchantée, loin des médisances et des compromissions.

La vie princière, c’est une intelligence partagée, des rires en commun, du vin échangé.

C’est ce qui a lieu quand deux être se rencontrent par hasard, et se reconnaissent immédiatement.

La vie princière, c’est un petit livre merveilleux de Marc Pautrel, un presque rien prenant la densité d’un destin.

Les premières ligne écrites sous la forme d’une lettre à l’aimée disparue sont d’une douceur incroyable : « Je voudrais pouvoir te remercier pour tout. Rester à tes côtés pendant ces quelques jours a été merveilleux, de la première à la dernière minute. Hier, j’étais si désespéré que tu sois partie, et si abandonné quand je me promenais sur les routes désertes du Domaine, j’ai erré toute la journée, je ne savais plus pourquoi j’étais vivant, je n’étais plus vraiment vivant d’ailleurs, j’étais une simple chose animée, un automate privé d’étincelle, et c’est seulement le soir que j’ai enfin compris que je ne pouvais plus faire qu’une chose, la seule chose que je sache faire dans la vie : me nourrir de mes propres phrases, et qu’il allait me suffire de t’écrire une lettre, de t’expliquer que j’étais tombé amoureux de toi, de te dire ce qui s’était passé et comment c’était arrivé, et qu’alors je serais soulagé. »

Repousser le sentiment de perte par l’anamnèse, analyser la naissance d’un coup de foudre, voilà l’ambition de qui ne cherche pas à se donner le beau rôle, ou à taire ce qui le tue : « C’est à la fois cruel et comique : j’ai l’impression qu’en moi un autre moi aveugle a utilisé les longues heures du sommeil pour tout effacer soigneusement, dans le seul but de le débarrasser du manque de toi. »

La vie princière aura donc la forme d’une empreinte, de l’inscription d’un ça a été sur les parois horizontales du livre.

Parution: janvier 2018. Gallimard/l’infini.

Une réflexion sur “« La vie princière » de Marc Pautrel.

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